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EXCLUSIF : Le visage palestinien de l’« accord » de Trump dénonce la « propagande » américaine

Un cultivateur de fraises de Cisjordanie dont l’image a été utilisée sur le site de la Maison-Blanche pour promouvoir « l’accord du siècle » affirme que celui-ci est « un projet visant à liquider la cause palestinienne »
Une photo USAID d’Abu al-Rub et de sa fille, extraite du site web de la Maison-Blanche promouvant le plan « De la paix à la prospérité » (whitehouse.gov)
Par
JÉNINE, Cisjordanie occupée

Un cultivateur de fraises palestinien dont la photo a été utilisée dans une brochure de la Maison-Blanche vantant l’« accord du siècle » de Donald Trump a confié à Middle East Eye se sentir « insulté et en colère » et avoir été utilisé pour promouvoir un « projet politique dangereux ».

Plusieurs photos d’Osama Abu al-Rub, originaire de Qabatiya, au sud de Jénine, et de membres de sa famille ont été utilisées sur un site web qui a été lancé avant l’atelier économique intitulé « De la paix à la prospérité » organisé par les États-Unis à Bahreïn.

Cependant, Abu al-Rub (52 ans) a déclaré à Middle East Eye qu’il avait été offensé par l’utilisation faite de ces photos et a qualifié l’« accord du siècle » de « projet visant à liquider la cause palestinienne ».

Osama Abu al-Rub a refusé de montrer son visage pour les photos illustrant cet article (MEE/Shatha Hanaysha)
Osama Abu al-Rub a refusé de montrer son visage pour les photos illustrant cet article (MEE/Shatha Hanaysha)

Les photos en question sont à l’origine parues dans un article sur le site web de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) décrivant le soutien de l’organisation gouvernementale américaine au commerce de la fraise d’Abu al-Rub, mais le quinquagénaire a déclaré qu’il ne percevait plus de financement américain, et que personne ne lui avait demandé sa permission pour réutiliser les photos sur le site de la Maison-Blanche.

« Je suis très contrarié par la publication des photos de ma famille et par la manipulation américaine visant à promouvoir l’accord du siècle », a-t-il déclaré.

« Nous avons honte de ce projet visant à liquider la cause palestinienne. Il est impossible de l’accepter ou d’être l’un de ses pions. »

« Je crois que personne n’est en droit d’abandonner le moindre grain de poussière de la Palestine »

- Osama Abu al-Rub

Abu al-Rub a confié à MEE qu’il était semblable à tout Palestinien en ce qu’il rejetait « l’accord » de Trump, qui, selon lui, n’offrait aucune perspective de libérer les Palestiniens de l’occupation israélienne.

« Je ne comprends pas la politique et je ne peux pas en parler. Néanmoins, je crois que personne n’est en droit d’abandonner le moindre grain de poussière de la Palestine. Je refuse de négocier la terre de Palestine. »

Abu al-Rub a comparé « l’accord du siècle » à l’accord Sykes-Picot, le traité secret franco-britannique qui a transformé le Moyen-Orient en sphères d’influence en 1916 et qui a conduit à l’occupation britannique de la Palestine.

« Depuis l’accord Sykes-Picot jusqu’à ce jour, nous, Palestiniens, avons été soumis à des politiques politiciennes similaires », a-t-il déclaré. « Cependant, notre ténacité à rester sur notre terre et notre existence continue déjoueront toutes les conspirations qui ont été tramées contre nous et contre notre cause. »

« Le roi des fraises »

L’article original de l’USAID concernant Osama Abu al-Rub l’appelait « le roi des fraises » et indiquait qu’il avait reçu un financement de l’organisation en 2013.

« Osama a commencé à cultiver des fraises il y a six ans, de manière traditionnelle », indiquait le site.

Un aperçu de l’article de l’USAID sur Abu al-Rub (stories.usaid.gov)
Un aperçu de l’article de l’USAID sur Abu al-Rub (stories.usaid.gov)

« Il a planté ses fraises dans la terre, où elles étaient sensibles aux caprices de la nature, aux sols pauvres, aux parasites et à l’irrigation imprécise. 

« Ses rendements n’étaient pas si bons. Ses fraises n’étaient pas si bonnes. »

Grâce au soutien de l’USAID, Abu al-Rub a construit des serres et a commencé à cultiver ses fraises hors-sol et à utiliser un « système d’irrigation informatisé », poursuivait l’article.

« Grâce à ses nouvelles connaissances et technologies, les fraises d’Osama sont en plein essor. Sa ferme est un modèle pour la prochaine génération d’agriculteurs et d’agronomes palestiniens. »

Entreprise prospère

Cependant, Abu al-Rub a déclaré que sa ferme était une entreprise prospère avant de recevoir une subvention partielle de l’USAID.

Il a commencé à planter des fraises sur un demi-hectare de terrain en 2008. L’année suivante, il a planté et récolté un hectare de terre et a progressivement étendu la ferme jusqu’à atteindre 8 hectares.

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Le personnel de l’USAID lui avait rendu visite en 2013 pour l’informer de la mise en œuvre d’un nouveau projet d’aide visant à stimuler la culture de la fraise en Cisjordanie.

Ils voulaient profiter de son expérience et discuter avec lui des moyens de développer la culture de la fraise et des mécanismes nécessaires à cette fin. Ils ont également présenté un exposé sur l’utilisation de la technologie pour améliorer les conditions de croissance des fraises tout au long de l’année.

« À cette époque, j’avais fait beaucoup de chemin dans la culture de la fraise, atteignant un niveau jamais vu en Palestine », a-t-il déclaré.

« J’ai déployé beaucoup d’efforts dans ce domaine. Depuis sa création, ce projet a été réussi et progressif, avant même que je reçoive un financement de l’agence USAID », a-t-il affirmé.

« [USAID] utilise ce petit projet simple pour promouvoir un projet politique dangereux. Cela m’insulte et me contrarie et je rejette totalement cette manipulation.

« J’étais l’un des milliers de Palestiniens qui ont reçu un financement avec l’approbation des institutions de l’Autorité palestinienne. Aujourd’hui, au niveau politique, il faut interroger l’agence USAID pour nous avoir utilisés comme outil de propagande pour l’’’accord du siècle’’ ».

« Nous sommes sous occupation et le monde entier a la responsabilité de nous soutenir et de se tenir à nos côtés. Toutefois, s’ils pensent que financer des projets économiques est la solution à notre cause, ils ont tort et nous ne l’accepterons jamais. »

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Abu al-Rub a déclaré qu’il avait consulté le ministère palestinien de l’Agriculture avant d’accepter le financement américain. L’USAID l’a soutenu en fournissant du matériel technologique d’une valeur de 150 000 shekels (41 700 dollars), mais il avait également investi 250 000 shekels (70 000 dollars) de son propre argent à l’époque, a-t-il ajouté.

Le soutien de l’USAID à la ferme a duré un an, a-t-il précisé. Abu al-Rub n’avait pas été contraint à accepter l’une des conditions parfois imposées aux bénéficiaires de l’aide, comme abandonner des factions palestiniennes considérées comme des organisations terroristes ou ne pas participer à une action politique.

L’USAID a déclaré en février qu’elle avait mis fin à tout financement de projets en Cisjordanie et à Gaza, dans le cadre d’un retrait plus important du soutien financier américain aux Palestiniens.

MEE a contacté l’USAID pour savoir comment les images d’Abu al-Rub en étaient arrivées à être utilisées sur le site web de la Maison-Blanche et dans la brochure « De la paix à la prospérité ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.