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Exécutions de masse en Arabie saoudite : les profils de cinq des victimes

Un étudiant, un universitaire, un manifestant et un imam comptent parmi les 37 personnes exécutées ce mardi dans le royaume
(De gauche à droite) Munir al-Adam, Mujtaba al-Sweikat, Abdulkarim Mohammed al-Hawaj, trois des hommes exécutés par l’Arabie saoudite mardi (réseaux sociaux, photos de famille)
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Trente-sept personnes ont exécutées ce mardi en Arabie saoudite. Parmi elles, trente-deux appartenaient à la minorité chiite du royaume et un certain nombre étaient mineures lors de leur arrestation.

Le groupe de défense des droits de l’homme Reprieve a indiqué à Middle East Eye que plusieurs des personnes exécutées avaient été arrêtées pendant des manifestations pacifiques.

L’agence de presse officielle saoudienne (SPA) a annoncé que « la peine de mort a[vait] été appliquée […] contre un certain nombre de personnes coupables d’avoir adopté des idéologies terroristes extrémistes et formé des cellules terroristes afin de corrompre et de perturber la sécurité, ainsi que de semer le chaos et de provoquer des conflits sectaires. »

Cependant, les organisations de défense des droits de l’homme affirment que bon nombre des personnes tuées étaient des activistes pro-démocratie ayant été soumis à la torture et à des procès inéquitables.

Pour Madawi al-Rasheed, professeure invitée à l’Institut du Moyen-Orient de la London School of Economics, « Ces dernières exécutions peuvent être considérées comme un message à l’Iran ; mais en réalité, elles portent atteinte à la coexistence pacifique et à l’harmonie au sein même de l’Arabie saoudite.

« Elles ne mettront assurément pas fin aux manifestations et à l’activisme pacifique de cette communauté, qui se bat pour l’égalité depuis plus d’un demi-siècle. »

MEE a établi le profil de certaines des personnes exécutées :

Mujtaba al-Sweikat

Mujtaba al-Sweikat n’avait que 17 ans lors de son arrestation à l’aéroport international du roi Fahd, alors qu’il se rendait aux États-Unis où il devait commencer ses études à la Western Michigan University.

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Une photo de famille de Sweikat (Twitter)

En 2012, Sweikat – chiite et originaire de Qatif, ville de la province orientale d’Ach-Charqiya – a pris part à des manifestations en faveur de la démocratie en Arabie saoudite, pour lesquelles il a été arrêté et inculpé de « désobéissance armée contre le roi » ainsi que de fabrication de cocktails Molotov, destruction de biens publics et participation à une cellule terroriste.

Reprieve rapporte qu’il a été traduit devant le tribunal pénal spécialisé de Riyad en 2015. Là, il a été condamné sur la base d’aveux qui auraient été extorqués sous la torture, selon l’ONG.

Il n’a pas été autorisé à consulter un avocat ni informé à l’avance de l’audience, précise Reprieve.

Au moment de son arrestation, le président de l’American Federation of Teachers (AFT), Randi Weingarten, avait demandé l’intervention du président américain Donald Trump.

« Si de telles exécutions avaient lieu, l’Arabie saoudite devrait être considérée par le monde comme une nation paria », déclarait Weingarten dans un communiqué.

« Nous implorons le président Trump, en tant que porte-drapeau de notre grande nation, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire cesser les atrocités qui pourraient autrement se dérouler en Arabie saoudite. »

Mohammed al-Attiyah

Mohammed al-Attiyah est l’un des onze hommes exécutés dans le cadre de l’affaire d’espionnage iranien, dans laquelle de nombreux chiites saoudiens ont été reconnus coupables de « haute trahison » et d’avoir rencontré des « agents des renseignements » iraniens, tout en essayant de susciter un sentiment antigouvernemental dans la province d’Ach-Charqiya, qui abrite une grande communauté chiite.

Religieux chiite populaire et doyen du département d’anglais de l’université de Djeddah, Attiyah entretenait une image de promoteur de l’unité entre les différentes confessions du royaume, à majorité sunnite.

Les 37 Saoudiens exécutés le 23 avril

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Ahmed Hasan Ali al-Rabee, Ahmed Hussien Ali al-Aradi, Ahmed Faisal Hasan al-Darwish, Jaber Zouhir Jaber al-Marhoun, Hussien Hasan Ali al-Rabee, Hussien Ali Jassim al-Hamidi, Hussien Qassem Ali al-Aboud, Hussien Mohammed Ali al-Meslim, Haider Mohammed Ibrahim al-Leef, Khaled Hammoud al-Farraj, Khaled Abdelkarim Saleh al-Touijri, Salem Abdullah Awad al-Amri al-Harbi, Saeed Mohammed Saeed al-Skafi, Salman Amin Salman al Quriash, Taleb Meslim Suliman al-Harbi, Taher Meslim Suliman al-Harbi, Abbas Hajji Ahmed al-Hasan, Abdulaziz Hasan Ali al-Sahwi, Abdelkarim Mohammed al-Hawaj, Abdullah Suliman Saleh al Esraih, Abdullah Adel Hasan al-Oujan, Abdullah Hani Abdullah al-Tareef, Aziz Mahdi Abdullah al-Rafe al-Omari, Ali Hussien Ali al-Ashour, Ali Hussien Ali al-Mihna, Fadel Hasan Abdulkarim Labbad, Mujtaba Nader Abdullah al-Suwayket, Mohammed Hussien Ali al-Ashour, Mohammed Saeed Abdrab al-Rasoul al-Khatem, Mohammed Ayed Mohammed al-Namlan al-Qahtani, Mohammed Abdelghani Mohammed Attyieh, Mohammed Mansour Ahmed al-Naser, Mustafa Ahmed Abdelatif Darwish, Mutadher Ali Saleh al-Sabieti, Munir Abdullah Ahmed al-Adam, Hadi Yousif Reda al-Hazeem et Yousif Abdullah Awad al-Omari.


Dans un discours prononcé en 2011, il insistait sur le besoin d’acceptation et de tolérance entre sunnites et chiites.

« Tant que nous vivons dans le même pays, nous n’avons d’autre choix que de nous accepter et de vivre les uns avec les autres, quel que soit le degré de différence entre nous », affirmait-il.

Selon Human Rights Watch, Mohammed al-Attiyah a été accusé de « comploter avec un agent des services de renseignement iraniens […] en vue de créer une société chargée de propager les activités chiites dans [la province d’Ach-Charqiya] ».

S’exprimant devant le tribunal avant son exécution, Attiyah avait clamé qu’il niait « toutes les preuves contre [lui] ».

Abdulkarim Mohammed al-Hawaj

Abdulkarim Mohammed al Hawaj a été arrêté le 16 janvier 2014 à l’âge de 19 ans, mais les accusations portées contre lui englobent des faits commis à l’âge de 16 ans.

Selon la European Saudi Organisation For Human Rights (ESOHR), Hawaj était notamment accusé d’avoir tiré sur un policier, d’avoir lancé des cocktails Molotov et de « sympathie avec l’opposition bahreïnie ».

En prison, il a été « battu à l’aide de bâtons et de fils électriques et a reçu des coups de pieds par des policiers chaussés de lourdes chaussures », alors que ses mains étaient « enchaînées en hauteur pendant plus de douze heures et qu’il n’était pas autorisé à utiliser les toilettes pendant ce temps-là ».

L’ESOHR a indiqué qu’il avait été « accusé d’infractions non violentes alors qu’il était mineur » et que « les aveux relatifs à ces accusations lui ont été extorqués sous la torture ».

Khaled bin Abdel Karim al-Tuwaijri

L’un des rares sunnites exécutés lors de cette exécution de masse mardi, Khaled bin Abdel Karim al-Tuwaijri, était accusé d’entretenir des liens avec des groupes militants.

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Abdulkareem al-Hawaj (ESOHR)

D’après le réseau de télévision officiel Al Arabiya, Tuwaijri aurait été arrêté pour le meurtre de son oncle, le général Nasser al-Othman, perpétré en 2007.

Les procureurs ont rapporté que Tuwaijri, imam d’une mosquée à Buraydah, dans le nord de l’Arabie saoudite, avait des liens avec Abou Moussab al-Zarqaoui, alors dirigeant de l’État islamique en Irak, qui deviendrait en 2014 le groupe État islamique (EI).

Contrairement aux autres exécutés, Tuwaijri a été condamné à une peine spéciale : la crucifixion de son corps à la suite de l’exécution.

Le royaume utilise couramment le terme « crucifixion » pour désigner le processus d’exposition publique d’un cadavre après une exécution.

« En Arabie saoudite, la pratique de la “crucifixion”, ordonnée par le tribunal, fait référence à l’exposition publique du corps après l’exécution – ainsi que la tête séparée s’il y a eu décapitation. Elle a lieu sur une place publique soi-disant pour avoir un effet dissuasif », expliquait le groupe de défense des droits de l’homme Amnesty International en 2013.

Munir al-Adam

Également originaire de Qatif, Munir al-Adam était un manifestant handicapé ayant participé aux manifestations de 2012 appelant à une plus grande démocratie et à la fin de la discrimination à l’égard des chiites.

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Munir al-Adam (photo de famille)

Avant son exécution, il a été sévèrement battu et soumis à la torture. Au moment de son arrestation, il avait 18 ans.

Déjà partiellement aveugle et sourd, il a perdu ce qui lui restait d’audition à la suite des coups qu’il a reçus, selon l’ESOHR.

Sa mère avait rapporté au Washington Post en 2017, qu’il avait « reçu l’ordre de se tenir debout pendant de longues périodes […] avait été battu à l’aide de bâtons et de câbles » et avait été « électrocuté et empêché de manger ou d’aller aux toilettes ».

Sa condamnation reposait sur des aveux obtenus sous la torture.

L’ESOHR estime qu’Adam a été puni pour avoir exercé « ses droits fondamentaux tels que la liberté de réunion ».

« L’Arabie saoudite ne respecte absolument pas les critères stricts qui garantissent des exigences de fond et de procédure en ce qui concerne la peine de mort pour les États non abolitionnistes », a ajouté le groupe.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.