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La Chine monopolise le marché des drones dans le monde arabe

Face à des concurrents américains trop chers et soumis à des contraintes trop lourdes, les drones chinois ont su séduire le marché des gros clients de l’industrie militaire 
Alors qu’un Predator, drone américain, est facturé seize millions de dollars, son équivalent chinois, WingLoong ou Ch4 coûte seulement un à deux millions de dollars (capture d’écran)

L’image s’est beaucoup répétée ces derniers mois. Un missile décolle du sol poussiéreux et rocailleux quelque part au nord du Yémen, quelques secondes s’écoulent alors que le missile trace une longue courbe avant d’exploser. La déflagration à plus de deux kilomètres, signe que le missile a atteint sa cible, met alors en transe la petite équipe de combattants yéménites qui assistent à l’exploit.

Sur la scène suivante, on voit des débris gris joncher le sol : il s’agit généralement des restes d’un drone chinois, largement utilisé par l’armée saoudienne pour faire de la reconnaissance ou des frappes.

Comment est-il possible que le plus gros client de l’industrie militaire occidentale et particulièrement celle des États-Unis achète ses drones en Chine ? La réponse est simple : les Saoudiens font comme la plupart des pays arabes.

Un autre acteur majeur du conflit au Yémen a enrichi les carnets de commandes des sociétés d’aviation chinoises : les Émirats arabes unis (EAU), devenus le plus gros client de la Chine avec l’acquisition de 40 drones d’attaque à long rayon d’action.

L’Égypte et la Jordanie ont eux aussi succombé à l’attrait des drones chinois, tout comme l’Algérie, un ancien utilisateur de drones, qui a longtemps testé les CH4 et CH5 chinois, avant d’en acquérir une dizaine.

Des prix imparables

Comment la Chine a-t-elle pu s’imposer sur le marché mondial des drones Male (Medium-altitude long-endurance) en aussi peu de temps ?

D’abord parce que pendant longtemps, les États-Unis ont émis des restrictions à l’exportation de ces équipements qui leur donnaient une avance considérable sur les autres pays. Lorsque l’intérêt se faisait sentir, les Américains imposaient même des conditions très sévères à l’achat.

Ce fut le cas avec l’Algérie il y a une dizaine d’années. En 2010, les États-Unis, qui voyaient arriver le danger islamiste armé dans le Sahel et qui comprenaient le besoin exprimé par l’armée algérienne d’acquérir des drones Predator, avaient demandé en contrepartie la possibilité d’avoir une base dans le Sud algérien.

L’autre raison du succès des drones chinois, c’est leur prix. La qualité et la fiabilité des drones américains est telle qu’ils coûtent le prix d’un avion de chasse chinois ou russe. 

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Pendant qu’un Predator est facturé seize millions de dollars, son équivalent chinois, WingLoong ou Ch4 coûte seulement un à deux millions de dollars et est livrable sans conditions ni questions en un temps record.

Stratégiquement, les États-Unis ont aussi commis l’erreur de privilégier l’exportation de drones d’observation et de reconnaissance au détriment des versions armées. 

La Chine a très vite compris l’attrait du bombardement à distance et a développé une large gamme de bombes et missiles pour ses drones, là encore à des prix imparables.

C’est justement cet argument qui a fait basculer l’Égypte, la Jordanie, les Émirats et l’Arabie saoudite dans le camp de Pékin. En tout, 75 appareils ont été exporté vers les pays arabes, ce qui représente 40 % des exportations chinoises de drones dans le monde (source : revue Flight International, 11-17 juin 2019).

Mais depuis juin 2019, les États-Unis préparent leur riposte : les conditions d’exportation de drones ont été allégées, rendant le Predator accessible à de nombreux pays.

Malgré ses difficultés dans la région, la Turquie qui a aussi senti les opportunités d’un tel marché, commence à devenir un acteur important en particulier sur le marché des drones d’attaque : elle a déjà vendu au Qatar, à la Libye et à d’autres pays ce type de technologie.