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L’Arabie saoudite accusée de torturer des détenus rohingyas pour mettre fin à leur grève de la faim

Les Rohingyas protestent contre leur expulsion et détention pour une durée indéterminée en Arabie saoudite
L’Arabie saoudite continue d’expulser des détenus rohingyas malgré les appels de l’ONU, qui exhorte le royaume à leur donner refuge (photo fournie)

Des dizaines de réfugiés rohingyas apatrides retenus dans un centre de détention saoudien ont entamé une grève de la faim pour exiger la fin de leur détention illimitée dans le royaume du Golfe.

Par le biais de téléphones introduits clandestinement au centre de détention d’al-Shumaisi à Djeddah, des détenus rohingyas ont indiqué à Middle East Eye que plusieurs dizaines de réfugiés avaient entamé une grève de la faim pour s’opposer à leur détention prolongée et à leur potentielle expulsion. 

Des membres de la minorité apatride ont été raflés par la police saoudienne lors d’un raid contre les travailleurs sans papiers après leur arrivée dans le royaume avec des passeports obtenus par le biais de faux documents. 

« Si nous ne sommes pas libérés, nous nous laisserons mourir de faim »

– Hasan, détenu rohingya 

Nombre d’entre eux ont passé jusqu’à cinq ans dans des centres de détention saoudiens sans procès ni accusation. Certains détenus rohingyas ont développé des problèmes de santé mentale en raison de leur détention prolongée. 

Cette grève de la faim survient après que des centaines de Rohingyas possédant des documents de résidence saoudiens ont été libérés par Riyad en mars après avoir passé plusieurs années en détention. 

Craignant les représailles des autorités saoudiennes, les détenus rohingyas qui se sont entretenus avec MEE ont demandé à apparaître sous un nom modifié pour protéger leur identité.

« Nous n’avons qu’une seule revendication : notre liberté », a déclaré Hasan, un détenu rohingya entré en grève de la faim.

« Les Saoudiens disent qu’ils peuvent nous expulser vers les pays où nos empreintes digitales sont enregistrées, mais nous leur disons que nous ne pouvons pas y retourner.

« Si nous ne sommes pas libérés, nous nous laisserons mourir de faim. »

Depuis le début de la grève de la faim samedi 13 avril, au moins six détenus rohingyas ont été hospitalisés, selon des activistes et des détenus.

Des détenus ont déclaré à MEE que les autorités saoudiennes avaient commencé à les « torturer mentalement » le lundi suivant en les privant de leurs couvertures et de leur literie. 

« La climatisation fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et maintenant, ils ont emporté nos oreillers et nos draps », a déploré Hasan.

« Nous sommes assis sur nos cadres de lit en métal, nous avons la tête qui tourne et nous sommes faibles à force de ne pas manger.

« Ils essaient de rendre les choses aussi inconfortables que possible pour nous forcer à arrêter. »

Des vidéos mises en ligne par des activistes ont corroboré les informations selon lesquelles les autorités saoudiennes auraient privé les détenus rohingyas de literie. 

D’autres détenus ont déclaré avoir été emmenés de force dans des « pièces chauffées », où la police saoudienne les a informés qu’ils pourraient sortir s’ils arrêtaient leur grève de la faim.


Traduction : « La climatisation fonctionne 24h/24 et 7j/7 à l’intérieur du centre de détention et rendra les conditions plus difficiles pour les réfugiés. Cette vidéo montre les réfugiés #rohingyas obligés de dormir sur des cadres en métal. »

Sayed, un autre détenu emprisonné au centre de détention d’al-Shumaisi au cours des cinq dernières années, a raconté à un autre détenu qu’il avait été emmené dans une « pièce chauffée ». 

« Ils nous ont mis dans une pièce extrêmement chaude et ils nous ont dit d’arrêter notre grève de la faim », a déclaré Sayed dans une note vocale transmise par l’autre détenu anonyme à MEE

« Je ne sais pas combien de temps nous pourrons tenir. La chaleur est insupportable mais nous n’avons pas d’autre choix. »

Des détenus ont ajouté que les autorités saoudiennes avaient confisqué un certain nombre de téléphones portables à des Rohingyas dans la prison d’al-Shumaisi depuis le début de la grève de la faim. 

Enfermés indéfiniment 

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et des activistes, des centaines de Rohingyas sont détenus indéfiniment par l’Arabie saoudite.

Des dizaines d’entre eux s’en sont remis à des passeurs pour obtenir un passeport, souvent via des documents falsifiés, le Myanmar ayant interdit aux Rohingyas d’obtenir un passeport birman. 

De nombreux Rohingyas emprisonnés dans le centre de détention d’al-Shumaisi sont arrivés en Arabie saoudite avec un passeport bangladais, tandis que d’autres sont entrés avec des passeports de différents pays d’Asie du Sud, notamment du Bhoutan, d’Inde, du Pakistan et du Népal.

Rohingya
Les Rohingyas ont été privés de leurs couvertures par les autorités saoudiennes (photo fournie)

À leur arrivée, les réfugiés se sont vu prendre leurs empreintes digitales et ont été enregistrés avec le passeport utilisé à leur entrée sur le territoire. Cela signifie que des dizaines de Rohingyas enregistrés avec des passeports obtenus à l’aide de faux documents risquent maintenant d’être expulsés vers les pays en question, même s’ils n’y sont jamais allés auparavant.  

Nay San Lwin, un activiste rohingya de la Free Rohingya Coalition, a exhorté Riyad à libérer les détenus incarcérés sans procès ni accusation. 

« C’est la troisième fois que 650 détenus rohingyas font une grève de la faim pour réclamer leur liberté », a déclaré Lwin à MEE

« L’Arabie saoudite a accueilli plus de 300 000 réfugiés rohingyas ces dernières décennies. Aucun de ces réfugiés n’est venu en Arabie saoudite avec un passeport birman, puisque les Rohingyas ont été privés de leur citoyenneté en 1982.

« Riyad doit réviser sa décision et libérer ces détenus rohingyas pour manifester sa solidarité et son soutien aux milliers de survivants du génocide birman qui se trouvent actuellement au Bangladesh. »

L’ONU souhaite accéder aux détenus rohingyas 

Selon un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’agence suit de près les informations relatives à la détention indéterminée de Rohingyas en Arabie saoudite depuis que MEE a révélé l’affaire en octobre 2018. 

« [Le] HCR a exprimé sa préoccupation et cherché à obtenir la confirmation de ces informations faisant état de la détention et de l’expulsion d’un nombre important de Rohingyas du Myanmar », a déclaré à MEE Marco Roggio, représentant régional adjoint du HCR dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

« Le HCR a également demandé à plusieurs reprises aux autorités saoudiennes un accès aux Rohingyas du Myanmar placés en détention afin de déterminer leurs besoins en matière de protection internationale et la possibilité de trouver des solutions pour les cas les plus vulnérables. » 

Marco Roggio a ajouté que le HCR avait adressé des requêtes au gouverneur adjoint de La Mecque en mars afin de discuter de la situation de la communauté rohingya de la ville. 

Au moment de la rédaction de cet article, l’ambassade d’Arabie saoudite en Grande-Bretagne n’avait pas répondu aux demandes de commentaires qui lui avaient été adressées. 

Yanghee Lee, rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, a condamné plus tôt cette année la décision de Riyad d’expulser treize détenus rohingyas au Bangladesh. 

Lors d’une conférence de presse au Bangladesh, Lee a exhorté Riyad à donner refuge aux Rohingyas apatrides au lieu de les envoyer dans des pays tiers. 

« L’Inde et l’Arabie saoudite doivent veiller à la protection des Rohingyas à l’intérieur de leurs frontières et à la reconnaissance de leur statut de réfugiés dans l’incapacité de rentrer au Myanmar », a déclaré Yanghee Lee après une visite de dix jours dans les camps de réfugiés rohingyas du sud du Bangladesh.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.