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L’Égypte accusée d’enfreindre ses propres lois en condamnant à mort des mineurs

Les exécutions ont grimpé en flèche en Égypte depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi, des enfants et des femmes figurant parmi les victimes
Ahmed Saddouma (à gauche) et Karim Youssef (à droite) étaient mineurs au moment de leur arrestation (photos fournies)
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Au moins 2 443 personnes, dont des individus mineurs au moment de leur arrestation, ont été condamnées à mort par des tribunaux égyptiens au cours des cinq premières années du règne du président Abdel Fattah al-Sissi, selon Reprieve, un groupe de défense des droits de l’homme basé au Royaume-Uni.

L’ONG a répertorié douze cas d’enfants de moins de 18 ans confrontés à la peine de mort, en violation de la législation égyptienne relative à l’enfance et de la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant.

Ahmed Saddouma, un des mineurs condamnés à mort, était déjà en détention au moment d’une tentative d’assassinat qu’il est accusé d’avoir commis.

« Lorsqu’il a nié les accusations, un agent de sécurité l’a électrocuté à plusieurs reprises sur tout le corps jusqu’à le faire avouer de force »

- Ali Hemeida Youssef, père d’un prisonnier

Âgé de 17 ans au moment de son arrestation, Ahmed Saddouma a été victime d’une disparition forcée pendant 80 jours avant de pouvoir revoir sa famille.

Son père, Khaled Mostafa Saddouma, a déclaré à Middle East Eye qu’Ahmed avait été « battu et torturé » jusqu’à être contraint d’avouer les faits.

« C’est un procès politique basé sur des accusations inventées de toutes pièces », a-t-il ajouté. « J’ai vu des marques de torture sur son corps, reçues selon ses dires pendant des interrogatoires. »

En février 2018, malgré les preuves faisant état de son absence au moment des crimes reprochés et alors même qu’il était mineur lors de son arrestation, Ahmed Saddouma a été condamné à mort avec trois accusés adultes. Le verdict est actuellement en appel.

Selon Reprieve, il est possible que la détention du jeune homme soit due à sa participation à des manifestations pacifiques aux côtés d’un groupe de supporters de football, les « Ultras ».

Ahmed Saddouma (photo fournie)
Ahmed Saddouma (photo fournie)

« En réalité, Ahmed n’est pas un criminel. C’est un lycéen qui excelle en karaté et qui adore étudier le français », a déclaré l’ONG.

Des aveux forcés

Le dernier Égyptien en date condamné à mort malgré son âge est Karim Hemeida Youssef, aujourd’hui âgé de 20 ans.

Sa peine a été prononcée par le juge Mohamed Nagi Shehata le 6 avril dernier, comme pour six autres individus accusés d’incendie criminel et de détention d’armes. Le verdict final devrait être annoncé le 22 juin.

Youssef ne figure pas dans le rapport de Reprieve, qui ne porte que sur les années 2011 à 2018.

D’après sa famille, il avait 17 ans lorsque les crimes dont il est accusé auraient été commis. Il était alors lycéen.

Le jeune homme a été arrêté en janvier 2016 et victime de « disparition forcée » pendant 42 jours, a affirmé Ahmed Attar, chercheur spécialiste des droits de l’homme basé à Londres.

Il est actuellement incarcéré à la prison de Qanater, dans le gouvernorat de Menoufia, au nord de la capitale Le Caire.

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Le père de Youssef, Ali Hemeida Youssef, a déclaré que comme Ahmed Saddouma, son fils avait subi des actes de torture lorsqu’il était porté disparu.

Selon son père, suite à son arrestation, Youssef a subi des interrogatoires visant à savoir s’il avait participé à un attentat dans un hôtel du Caire en janvier 2016.

« Lorsqu’il a nié les accusations, un agent de sécurité l’a électrocuté à plusieurs reprises sur tout le corps jusqu’à le faire avouer de force », a raconté le père de Youssef.

Lorsqu’Ali Hemeida Youssef a vu des marques de torture sur le corps de son fils lors de la première visite qui a suivi son placement en détention, il lui a demandé de réclamer un examen médico-légal. Le ministère public a néanmoins rejeté la requête.

Reprieve estime qu’au cours des cinq dernières années, l’Égypte a exécuté au moins 144 personnes et recommandé initialement la peine capitale pour plus de 2 000 autres individus, principalement dans le cadre de procès politiques.

Parmi les condamnés à mort, au moins dix personnes ont été reconnues coupables de crimes commis avant l’âge de 18 ans. Au moins 32 femmes ont également reçu des condamnations à mort confirmées sous le régime de Sissi, d’après Reprieve.

Abdel Fattah al-Sissi a accédé au pouvoir en 2013 en menant un coup d’État contre Mohamed Morsi, premier président civil librement élu en Égypte.

Au cours des années qui ont suivi, le gouvernement de Sissi s’est lancé dans une vaste répression contre toute forme d’opposition ou de dissidence, emprisonnant des dizaines de milliers de prisonniers politiques.

Au moment de la publication de cet article, le gouvernement égyptien n’avait pas répondu à la demande de commentaires formulée par Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.