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Dahlan abandonne son action en diffamation contre MEE à propos d’un article sur son implication dans le coup d’État turc

Le dirigeant du Fatah en exil doit payer les frais de justice de MEE après avoir abandonné son action concernant un article indiquant qu’il avait agi en tant qu’intermédiaire entre les EAU et les conspirateurs du coup d’État en Turquie en 2016
Mohammed Dahlan a abandonné « quelques heures avant l’expiration de l’ordonnance du tribunal lui enjoignant de divulguer des documents soutenant sa requête » (AFP)
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Le dirigeant du Fatah en exil Mohammed Dahlan a abandonné son action en diffamation à l’encontre de Middle East Eye et de son rédacteur en chef David Hearst quelques heures avant d’être légalement contraint de dévoiler tous les documents électroniques et informations pertinents dans cette affaire.

Dahlan doit désormais payer les frais de justice de MEE, ainsi que ses propres frais, pour un total estimé à bien plus de 500 000 livres sterling (560 000 euros).

« Notre journalisme a été innocenté »

- David Hearst, rédacteur en chef de MEE 

L’action en diffamation visait un article écrit par David Hearst deux semaines après la tentative de coup d’État en Turquie en juillet 2016, dans lequel il citait une source haut-placée dans le domaine de la sécurité turque alléguant que les Émirats arabes unis avaient collaboré avec les conspirateurs du coup d’État, et que Dahlan avait servi d’intermédiaire.

Hearst avait rapporté que Dahlan aurait transféré de l’argent dans les semaines précédant la tentative de coup d’État et communiqué avec Fethullah Gülen, le religieux exilé qui selon la Turquie serait derrière le complot, via un homme d’affaires palestinien basé aux États-Unis.

Dahlan a entamé les poursuites près d’un an plus tard. Dans la citation directe soumise à la justice, Dahlan se présentait comme un « homme politique, homme d’affaires et philanthrope » et dans la correspondance précédant le procès, ses avocats affirmaient que leur client avait une « relation parfaitement ordinaire avec les EAU ».

Dans le cadre de sa défense, MEE a fait valoir que publier cette allégation relevait de l’intérêt public de premier ordre, concernant les tentatives d’ingérence d’un pays dans les affaires d’un autre.

MEE allait également faire valoir devant le tribunal que, en tant que Palestinien exilé condamné par contumace pour fraude, en tant qu’ancien chef de la tristement célèbre police secrète de Gaza et actuellement en tant que personne qui règle les problèmes du prince héritier d’Abou Dabi, Mohammed ben Zayed, Dahlan n’avait pas de réputation à protéger, ni dans ce pays ni dans une grande partie du Moyen-Orient.

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MEE aurait fait valoir devant le tribunal qu’au vu de la mauvaise réputation de Dahlan en Angleterre, au Moyen-Orient et dans la région du Golfe, l’ensemble de l’action en diffamation – et de toute demande en dommages-intérêts – était indéfendable. 

Après dix mois de report de la procédure et à la demande de MEE, le tribunal a fixé un calendrier strict qui devait aboutir à un procès de neuf jours en novembre, au cours duquel Dahlan aurait dû témoigner et être soumis à un contre-interrogatoire concernant les questions contenues dans la défense de MEE.

Carter-Ruck, représentant MEE et Hearst, a déclaré dans un communiqué : « Face à la perspective de témoigner et de faire examiner sa plainte et sa réputation, et quelques heures avant l’expiration de l’ordonnance du tribunal lui enjoignant de divulguer des documents soutenant sa requête, les avocats de M. Dahlan ont signifié un avis d’abandon, renonçant à leur demande et assumant pleinement la responsabilité des frais de justice de MEE et de M. Hearst. »

Dans un communiqué de presse publié sur son compte Twitter, Dahlan a affirmé avoir « atteint ses objectifs » devant les tribunaux anglais et engagé à présent des poursuites judiciaires contre Facebook devant le tribunal de grande instance de Dublin.

Le communiqué de presse en arabe indique : « Ses efforts consistent à poursuivre activement les poursuites judiciaires contre Facebook devant le tribunal de grande instance de Dublin, également pour avoir publié des informations inexactes sur Dahlan, donc après avoir atteint ses objectifs devant les tribunaux anglais, il a décidé de mettre fin aux poursuites judiciaires en cours à Londres. »

En réaction à cette victoire juridique, Hearst a déclaré : « Notre journalisme a été innocenté. L’article que nous avons publié en 2016 est toujours sur notre site dans sa forme originale. »

« Cette action visait à nous intimider et nous réduire au silence. Lorsque Dahlan s’est rendu compte que nous étions tout à fait prêts à défendre devant le tribunal ce que nous avions écrit, il a d’abord cillé et il va maintenant payer nos frais de justice. Le fait qu’il n’était pas prêt à défendre sa réputation devant un tribunal de grande instance britannique lorsqu’il s’est vu offrir cette opportunité est révélateur », a ajouté le rédacteur en chef de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.