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Libye : le croissant pétrolier à nouveau sous tension

Les terminaux de Ras Lanouf et Al-Sedra sont au cœur d’affrontements entre l’armée de Haftar et des milices rivales. Plus de vingt morts ont été recensés par le Croissant-Rouge
Le commandement de l'ANL a publié vendredi sur sa page Facebook une photo du maréchal Haftar aux côtés du commandant de la région du croissant pétrolier, en train d'examiner une carte posée sur une table. Les deux hommes « examinaient les derniers développements dans la région [du croissant pétrolier] en vue de repousser les groupes voyous qui ont tenté de s'infiltrer dans le croissant pétrolier », est-il indiqué (Facebook/LibyanNationalArmy17)
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Que se passe-t-il autour des terminaux pétroliers ? 

Un pompier libyen devant un réservoir pétrolier après que des combattants du groupe État islamique ont attaqué l’installation dans la région de Ras Lanouf à la fin du mois de janvier 2016 (AFP)

L'histoire se répète pour le croissant pétrolier libyen, une zone qui renfermerait 70 % des réserves d’or noir connues du pays.

L'armée nationale libyenne (ANL), autoproclamée et dirigée par l'homme fort de l'est libyen Khalifa Haftar, a annoncé dimanche une « grande offensive » pour chasser des groupes rivaux des sites pétroliers dans le nord-est du pays.

Ces groupes armés avaient attaqué jeudi les terminaux de Ras Lanouf et Al-Sedra, à environ 650 km à l'est de Tripoli, déjà endommagés par des violences similaires en 2016 et 2017.

Le Croissant-Rouge d'Ajdabiya (150 km à l'est de Ras Lanouf) a indiqué avoir reçu vendredi 28 corps, sans préciser à quel camp appartenaient les victimes. 

Qui se dispute le contrôle de la zone ? 

L'ANL accusent la Brigade de défense de Benghazi (BDB), commandée par Ibrahim Jedran et formée de combattants chassés de la ville de Benghazi (est) par les pro-Haftar, d'être derrière l'attaque.

C’est Ibrahim Jedran, qui pendant l’été 2013, se lance le premier dans la course. Alors chef des Gardes des installations pétrolières (PFG) de la région Centre, il se dégage de la tutelle du gouvernement libyen d’Ali Zeidan. Il bloque les sites pétroliers, ralentit la production et exige la mise en place d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur la gestion des revenus pétroliers sous Kadhafi. Ce trentenaire au crâne rasé, vêtu de costumes italiens taillés sur mesure, défend surtout le fédéralisme, une idée en vogue en Cyrénaïque, la région orientale libyenne.

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En septembre 2016, il sera chassé par Khalifa Haftar. 

Jeudi, Ibrahim Jedran avait indiqué sur une vidéo avoir formé une alliance pour reprendre le contrôle des sites pétroliers.

Des analystes n'excluent pas une alliance entre les BDB et les GIP, tous les deux hostiles à Haftar.

Sept citernes d’al-Sedra ont pris feu lors de combats en décembre 2014 (MEE/Maryline Dumas)

La « cellule d’opération des forces aériennes » de l'ANL a appelé dimanche les habitants de la zone du croissant pétrolier à rester à l’écart « des zones de rassemblement de l’ennemi, de stockage de ses munitions et de ses véhicules armés ».

« Les (avions) de combats mènent des raids contre les positions et les rassemblements des terroristes dans la zone d’opérations militaires qui s’étend de Ras Lanouf aux abords de la ville de Syrte », a-t-elle indiqué sur sa page Facebook.

Quel est le risque ? 

Le budget du gouvernement dépend à 90 % du pétrole. Le patron de la compagnie nationale de pétrole (NOC), Mustafa Sanallah, a averti vendredi que la production pourrait chuter de 400 000 barils/jour (b/j).

La Libye produisait 1,6 million de b/j avant la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. La production de brut avait ensuite été divisée par cinq, avant de reprendre et de dépasser un million de b/j fin 2017.

Mustafa Sanallah, a d'ailleurs mis en garde il y a quelques jours contre « un désastre national » si l'arrêt des exportations, en vigueur depuis cette attaque, se poursuit.

Traduction : « Les forces de la #BDB [Brigade de défense de Benghazi, mouvance islamiste] affirment avoir pris #AlSedra à l’#ANL et être entrés dans #RasLanouf. L’économie en Libye est déjà dans un état désastreux. Encore plus de pertes aujourd’hui. Les Libyens sont ceux qui souffriront le plus »

Par ailleurs, la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC) s'est inquiétée d'une « catastrophe environnementale » à cause d'un incendie provoqué par les combats dans le terminal de Ras Lanouf où un réservoir a été touché.

La NOC qui avait annoncé jeudi l'arrêt des exportations depuis Ras Lanouf et Al-Sedra en raison des violences, a appelé au « retrait immédiat et inconditionnel des milices d’Ibrahim Jedran », selon un communiqué sur son site internet.

#Libya's National Oil Corp. (NOC) confirms Harouge Oil Co. storage tank No. 12 at Ras Lanuf (Libya's largest oil terminal) has been significantly damaged by militia attack under Ibrahim Jadran and calls for unconditional and immediate withdrawal, warns of environmental disaster pic.twitter.com/z1MctmTHgI

Traduction : « La #NOC (compagnie publique pétrolière) confirme que le réservoir de stockage n°12 de Harouge Oil Co à Ras Lanouf (le plus grand terminal pétrolier de Libye) a été sérieusement endommagé par une attaque de milice sous le commandement de Ibrahim Jhadran. Elle appelle à un retrait inconditionnel et immédiat, et met en garde contre un désastre environnemental »