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Libye : Alger mène une médiation entre Ankara et Le Caire 

Afin d’éviter un affrontement direct entre les forces turques et égyptiennes sur le terrain des opérations libyen, l’Algérie a lancé depuis quelques semaines des contacts suivis avec les deux parties 
Les présidents algérien et égyptien, Abdelmadjid Tebboune et Abdel Fattah al-Sissi, lors du sommet sur la Libye, à Berlin, le 19 janvier 2020 (AFP)  

Selon une source diplomatique algérienne, Alger a entamé depuis peu une médiation directe entre Ankara et Le Caire « afin d’éviter toute détérioration de la situation » en Libye. 

Le président égyptien a invité son homologue algérien pour une visite officielle alors que le président turc sera à Alger les 26 et 27 janvier 

Un risque qui inquiète l’Algérie au point que les autorités ont insisté à trois reprises auprès des parties concernées : lors de la visite du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, à Alger le 6 janvier, lors de la visite du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, trois jours plus tard, et enfin lors des échanges entre les présidents algérien et égyptien, Abdelmadjid Tebboune et Abdel Fattah al-Sissi, en marge du sommet de Berlin, le 19 janvier.      

Lors de ce sommet de Berlin consacré à la Libye, le président algérien avait averti : « Les luttes d’influence régionales et internationales et la multiplicité d’agendas contradictoires jouent en faveur du statu quo, ce qui est de nature à mettre en échec les efforts onusiens et régionaux pour parvenir à une solution politique. » 

Éviter tout contact entre les forces armées égyptiennes et turques

Le président égyptien a invité, le 9 janvier, son homologue algérien pour une visite officielle alors que le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, sera à Alger dimanche 26 et lundi 27 janvier.  

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Selon les informations recueillies auprès d’un haut diplomate algérien qui a requis l’anonymat, des contacts ont été activés entre l’Algérie, l’Égypte et la Turquie bien avant la tenue du sommet de Berlin.

« L’idée que nous défendons est d’éviter tout accrochage ou contact physique entre les forces armées égyptiennes et turques, terrestres, marines ou aériennes », explique le diplomate, qui précise qu’Alger veut « éviter un tel cas de figure qui déboucherait sur un conflit plus large et plus important ». 

Le 2 janvier, réagissant à la décision turque d’envoyer des troupes en Libye, les Affaires étrangères algériennes avaient signifié leur refus catégorique : « L’Algérie n’accepte aucune présence étrangère sur le sol du pays voisin quel que soit le pays qui veut intervenir. » 

Le second axe de la médiation algérienne vise à garantir aux parties égyptienne et turque la « préservation des intérêts de leurs alliés en Libye ». 

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Ces bons offices, selon notre source, s’inscrivent dans la continuité des efforts de l’Algérie qui « ont abouti à la cessation des opérations militaires égyptiennes en Libye ».

En mai 2017, l’Égypte a bombardé plusieurs sites dans la région libyenne de Derna, appuyée par l’aviation de son allié Khalifa Haftar – visant des dépôts d’armes et des camps d’entraînements du groupe État islamique (EI) qui venait de revendiquer l’assassinat d’Égyptiens coptes.

À l’époque, l’ex-président algérien Abdelaziz Bouteflika avait envoyé un message à Sissi : « Les attaques sur la Libye ne régleront pas les problèmes sécuritaires que connaît l’Égypte. »

Alger voulait surtout éviter que le projet politico-militaire mené par Haftar et son allié égyptien n’aboutisse : exclure, par la force, les entités islamistes de la scène politique libyenne.  

Le timing de Haftar

L’Algérie estime que les islamistes libyens doivent être intégrés au jeu politique une fois les armes déposées, via un dispositif de réconciliation nationale.

« Pour Haftar et ses alliés, l’accord tacite imposé par Alger en 2017 afin d’éviter une escalade serait rendu caduc par le départ de Bouteflika »

- Un diplomate algérien

Plusieurs observateurs ont d’ailleurs lié le timing du début de l’offensive de Haftar contre Tripoli en avril 2019 à la crise politique en Algérie qui a emporté l’ex-président Abdelaziz Bouteflika

Plus de 280 civils ont été tués depuis, de même que plus de 2 000 combattants, selon l’ONU. Quelque 146 000 Libyens ont dû fuir les combats.

Une cessation des hostilités, globalement respectée, est en vigueur depuis le 21 janvier. 

« Pour Haftar et ses alliés, l’accord tacite imposé par Alger en 2017 afin d’éviter une escalade serait rendu caduc par le départ de Bouteflika, or l’Algérie a toujours tenté via des contacts secrets d’œuvrer à éviter l’escalade, malgré une situation interne compliquée », soutient la source diplomatique. 

Ce jeudi, Alger a accueilli une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye : la Tunisie, l’Égypte, le Soudan, le Mali, le Tchad et le Niger. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, dont le pays a abrité la conférence internationale de Berlin sur la crise en Libye, a aussi participé à cette réunion. 

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En mai 2014, l’Algérie a initié le « mécanisme des pays voisins de la Libye », qui a tenu sa première réunion à Alger, ainsi que différents cycles de dialogue qu’elle a abrités depuis mars 2015 entre les dirigeants des partis politiques libyens dans le cadre des processus de dialogue supervisés par l’ONU.

« Nous sommes, en Algérie, attachés à la nécessité d’encourager les parties libyennes à régler pacifiquement leur crise et nous rejetons toute ingérence étrangère dans ce pays », a déclaré ce jeudi le ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum.

« Nous sommes d’autant plus confiants que les parties libyennes ont accueilli favorablement la proposition de l’Algérie d’abriter les rounds du dialogue interlibyen à l’avenir. »