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Donald Trump dévoile son plan pour le Proche-Orient

Le président américain a présenté ce mardi un plan pour « deux États » en réalité très favorable aux Israéliens
Donald Trump et Benyamin Netanyahou présentent, ce mardi 18 janvier, ce qu’ils appellent un « plan de paix » qui n’a jamais été cautionné par les Palestiniens (AFP)
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Donald Trump a dévoilé ce mardi son plan pour le Proche-Orient : « Nous faisons un grand pas vers la paix », vers une solution « réaliste à deux États », a déclaré le président américain. Mais cette feuille de route n’a que peu de chances d’aboutir tant elle est rejetée d’avance, avec force, par les Palestiniens, qui dénoncent un « plan déséquilibré ». 

Comme pour mieux souligner à quel point Washington s’est rapproché d’Israël sous sa présidence, Donald Trump était accompagné du Premier ministre israélien, son « grand ami » Benyamin Netanyahou, pour cette annonce solennelle au cours de laquelle ils se sont surtout longuement congratulés.

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Dans un discours émaillé d’ambiguités, Donald Trump a déclaré que Jérusalem resterait « la capitale indivisible d’Israël » tout en restant évasif sur les moyens de concilier cette promesse avec la proposition qu’il a reprise à son compte de créer une capitale de l’État palestinien à Jérusalem-Est. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, partie de la ville occupée depuis 1967 par Israël puis annexée, la capitale du futur État auquel ils aspirent.

Mais « il est impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem » comme capitale d’un État palestinien, a répondu le président Abbas pour signifier l’étendue, selon lui, du refus palestinien de voir Jérusalem devenir la capitale « indivisible » d’Israël.

Le Premier ministre israélien a de son côté souligné que le plan de la Maison-Blanche octroierait à Israël la souveraineté sur la vallée du Jourdain, vaste zone stratégique de la Cisjordanie occupée où l’armée israélienne vient de renforcer sa présence.

Les réfugiés palestiniens n’auront pas droit au retour en Israël, a ajouté Benyamin Netanyahou. Ce dernier s’est dit prêt à négocier avec les Palestiniens pour leur accorder « un chemin vers un futur État », mais a posé comme condition qu’ils reconnaissent Israël comme un « État juif ».

Ce plan est surtout une feuille de route économique qui prévoit environ 50 milliards de dollars d’investissements internationaux dans les territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans. 

« Une vie meilleure »

La carte des États israélien et palestinien du plan de paix de Donald Trump prévoit également un tunnel reliant la Cisjordanie occupée à la bande de Gaza.

« Tous les musulmans aux intentions pacifiques seront bienvenus pour visiter et prier à la mosquée al-Aqsa », troisième lieu saint de l’islam, précise la légende de la carte qu’a tweetée le président américain.

Martelant sa conviction que les Palestiniens méritaient « une vie meilleure », Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’exhortant à saisir « une chance historique », et peut-être « la dernière », d’obtenir un État indépendant.

« Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel État resterait ouvert et sans développement » de colonies israéliennes « pendant une période de quatre ans », a-t-il précisé.

Selon de hauts responsables palestiniens, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a refusé au cours des derniers mois les offres de dialogue du président américain et juge son plan « déjà mort ».

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Le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a appelé par avance la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international. « Ce n’est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient », a-t-il martelé, jugeant que l’initiative visait avant tout à protéger « Trump de la destitution » et « Netanyahou de la prison ».

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël, où Benyamin Netanyahou est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison-Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.

Dimanche, Saeb Erekat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a indiqué à l’AFP qu’il se réservait le droit de se retirer des accords d’Oslo, qui encadrent leurs relations avec Israël.

Aux termes de l’accord intérimaire dit d’Oslo II de septembre 1995 entre l’OLP et Israël, la Cisjordanie avait été partagée en trois zones : A, sous contrôle civil et sécuritaire palestinien ; B, sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien ; et C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien.

Or le plan de Donald Trump « va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente », a dénoncé Saeb Erekat.

Le projet américain a aussi été rejeté par le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d’habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie occupée, où se limite l’autorité de Mahmoud Abbas.

Malgré son hostilité au Fatah du président palestinien, le mouvement islamiste a confirmé sa participation à une rencontre « d’urgence » mardi à Ramallah, où Mahmoud Abbas doit diriger en soirée une réunion des factions palestiniennes.

Le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, a mis en garde contre une « nouvelle phase » de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne.

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Plusieurs milliers de personnes ont commencé mardi à manifester dans la ville de Gaza contre ce plan censé régler le conflit israélo-palestinien mais déjà rejeté par les Palestiniens. Scandant « le plan ne passera pas », les manifestants ont brûlé des pneus, des drapeaux américains et des portraits de Donald Trump.

À Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, des contestataires ont brandi des drapeaux palestiniens et piétiné des portraits du président américain.

Des rassemblements sont également prévus à Naplouse et Ramallah en Cisjordanie occupée, territoire palestinien occupé depuis 1967 par Israël, et devraient se poursuivre dans la nuit.

La colère des Palestiniens s’exprime aussi sur les réseaux sociaux à travers le hashtag « le hold-up du siècle ».