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Après les attentats terroristes de Paris, il est urgent de prévenir les crimes de haine

Alors que les musulmans du monde entier sont la cible de crimes de haine et de vengeance, le bon sens exige une meilleure réponse

Que ce soient les attentats de Paris du 13 novembre, ceux de New York du 11 septembre ou ceux de Mumbai du 26 novembre, les attentats terroristes ont toujours entraîné un retour de bâton que leurs auteurs voient sans l’ombre d’un doute comme de simples dommages collatéraux : aux quatre coins du monde, les musulmans ordinaires sont la cible de crimes de haine et de vengeance.

Après le 11 septembre, les musulmans américains ont longtemps vécu dans la peur tandis que le nombre de crimes de haine grimpait en flèche. Au cours des années qui ont suivi le 11 septembre, les crimes de haine contre les musulmans ont été multipliés par plus de cinq aux États-Unis. Le FBI a récemment constaté une baisse du nombre total de crimes de haine aux États-Unis en 2014 par rapport aux années précédentes. En réalité, contre tous les groupes ethniques à l’exception des musulmans.

Il y a deux semaines, une jeune femme musulmane portant un voile a reçu des coups de poing et des coups de cutter à Marseille parce que son agresseur a conclu qu’elle était une « terroriste ». Une publication sur les réseaux sociaux d’Ashley Powys, un jeune Londonien, dans laquelle il a raconté avoir défendu une jeune femme musulmane vêtue d’un hijab d’un passager qui l’insultait dans le métro, a également été largement relayée. La jeune fille semblait visiblement secouée, a noté Powys, alors que le passager la qualifiait de « terroriste » et de « racaille » tout en continuant de proférer des insultes racistes avant que Powys intervienne pour le repousser.

La haine irrationnelle et la dangereuse ignorance de ceux qui souhaiteraient perpétrer un « massacre de vengeance » ne se sont pas limitées aux victimes musulmanes. La haine englobe tous ceux qui ont l’air assez « semblables » pour les esprits aigris.

Dans une affaire qui a fait les gros titres du monde entier peu de temps après les attentats du 11 septembre, Erika Menendez, 31 ans, a tué un jeune homme appelé Sunando Sen en le poussant devant une rame de métro en mouvement à New York. Lors de son arrestation le lendemain (elle a été repérée à l’aide des images de la sécurité), elle a affirmé l’avoir tué pour venger les attentats terroristes qui ont touché les États-Unis en 2001. Dans sa déclaration à la police suivant son arrestation, Menendez a déclaré qu’elle rejetait la responsabilité des attentats de 2001 à la communauté musulmane mais aussi à la communauté hindoue (Sen, la victime, était hindou). Elle a ajouté qu’elle les « tabassait » depuis les attentats du 11 septembre.

Il y a ensuite les sikhs, qui sont souvent confondus avec des musulmans et qui sont par conséquent victimes de la haine injuste dont ces derniers sont la cible aux États-Unis. En septembre dernier, Inderjit Singh Mukker, un sikh américain, a été qualifié de « terroriste » et de « ben Laden » et passé à tabac jusqu’à perdre connaissance. Cette agression n’a fait que s’ajouter à la longue liste de crimes de haine commis contre la communauté. De toute évidence, la haine et le sectarisme excluent tout semblant de pensée rationnelle ou d’équité.

Un déchaînement de violence

Mumbai, ville où je suis née et où j’ai grandi, n’est pas étrangère à la violence intercommunautaire, aux attaques terroristes ou aux crimes qui en résultent, et les politiciens opportunistes attisent la haine qui alimente les terribles retours de bâton. La démolition de la mosquée de Babri en 1992 et les attentats à la bombe perpétrés en représailles par le grand gangster musulman Dawood Ibrahim ont abouti au carnage des émeutes intercommunautaires entre hindous et musulmans, lors desquelles plusieurs centaines d’innocents ont perdu la vie au cours d’une valse mortelle de violence.

Quand une section marginale d’une communauté est à l’origine d’un crime, il devient facile pour les fomentateurs de haine et les aigris de cibler des innocents appartenant à ladite communauté. De même, les hommes qui sont assoiffés de sang trouvent soudain un support pour justifier leurs tendances odieuses. Dans des villes telles que Mumbai et ailleurs, indépendamment de la religion, des leaders au programme fondamentaliste parviennent à attiser tout juste assez de soutien pour que celui-ci devienne mortel lorsque la soif de sang les frappe. Des figures politiques aux quatre coins du monde semblent avoir reconnu le potentiel inhérent qu’a la religion pour diviser et conquérir.

Il est donc impératif que les voix plus libérales et rationnelles se fassent entendre et empêchent que la responsabilité soit rejetée sur les innocents de toute une communauté.

N’avons-nous pas tous vu des personnes apparemment assez lues et bien éduquées exprimer une colère sans fond contre toute une religion sur des plateformes telles que Facebook ou Twitter, où être incendiaire est tellement plus facile que lorsque l’on exprime de telles pensées par le bouche à oreille ?

Un appel au discernement et à la modération dans l’expression de ses opinions en ligne et dans la « vie réelle » est pour l’heure la principale urgence. Heureusement, il y a également un certain nombre de voix sensées qui critiquent les esprits sectaires et haineux. Mais leur tribu doit s’agrandir si nous voulons tous un monde réellement laïc et pacifique.

Aux États-Unis, en Inde, au Pakistan et partout ailleurs, les citoyens musulmans ordinaires ont maintes et maintes fois indiqué clairement qu’ils dénonçaient la violence perpétrée par des organisations telles que le groupe État islamique et al-Qaïda. Ceux qui voient cela comme des déclarations pour la forme feraient bien de se poser quelques questions : si des millions de musulmans ordinaires travaillent vraiment dur, se marient, élèvent des enfants et nourrissent des rêves dans un pays étranger, est-ce pour œuvrer dans le même temps en secret contre les communautés qui les entourent ? Semblent-ils réellement n’avoir rien d’autre à faire que de détruire ces mêmes villes qui les ont soutenus ?

Les parents d’Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats de Paris du 13 novembre, ont paraît-il été choqués que leur fils ait attaqué le continent même où sa famille avait prospéré. Est-ce un réel effort d’imagination que de croire que la plupart des gens préfèrent se concentrer sur leur propre vie plutôt que s’attacher à détruire celle des autres ?

Il est préférable (et plus intelligent) de renoncer à la haine

Voici quelques questions supplémentaires pour toutes ces personnes apparemment assez lues et bien éduquées qui appellent à la soumission de toute une communauté : comment voyez-vous ces attaques continuelles prononcées en ligne et hors ligne se développer dans le long terme ? N’est-ce pas contre-productif, puisque vous aliénez et isolez des personnes d’une communauté, ces mêmes personnes qui auraient normalement condamné autant que vous les attentats terroristes ?

Qu’est-ce qui se passe quand de plus en plus d’innocents se sentent aliénés et privés de leurs droits ? N’est-il pas simplement plus intelligent de se montrer sensibles à leur malheur, alors que beaucoup s’empressent de leur rejeter la faute ? Oubliez pendant une minute l’appel à plus d’inclusivité. Il est complètement stupide de ne pas reconnaître les torts causés par le racisme. Les crimes de haine ne font que perpétuer le cycle de haine. Discerner les vrais auteurs et protéger les innocents de ceux-ci est ce qui va réellement vous aider à sauver la vie d’autres personnes, dont peut-être celle de vos propres proches.

Des mesures positives et fermes prises par les autorités contre les agressions haineuses, comme celles qui ont été prises par la police écossaise, contribuent grandement à assurer une plus grande prise de conscience et à apaiser davantage les tensions intercommunautaires. La police écossaise a averti les citoyens au sujet des crimes de haine, en prévenant que ces crimes ne seraient pas tolérés et en permettant aux citoyens de signaler à la police les agressions haineuses dont ils sont témoins. Une législation plus stricte sur les crimes de haine, combinée à des efforts tenaces visant à promouvoir l’appréciation et le respect de la diversité, pourrait un jour éradiquer les agressions haineuses.

Les gens sont en deuil, et en période de deuil, il est facile et il pourrait même sembler nécessaire (bien que cela ne le soit pas) de trouver une personne ou communauté qu’il est pratique de blâmer. Surmonter cette pulsion est ce qui nous rend civilisés. Plus encore, c’est ce qui nous rend humains.

- Bhakti Mathew est une journaliste indépendante basée à Oxford (Royaume-Uni). Elle a écrit précédemment pour Marie Claire USA, Business Standard, CNN.com et le South China Morning Post.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : un soldat français monte la garde devant la Grande Mosquée de Strasbourg, dans l’est de la France, pendant la prière du vendredi, le 20 novembre 2015 (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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