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La vérité sur Jeremy Corbyn, Seumas Milne et le nouveau maccarthysme

Les fausses accusations à l'encontre du chef du Parti travailliste et de son conseiller constituent un effort visant à empêcher un leader populaire de devenir Premier ministre, subvertissant ainsi cyniquement la démocratie britannique
Jeremy Corbyn et Seumas Milne, directeur de la communication du Parti travailliste britannique, arrivent à la conférence annuelle du parti à Liverpool, le 23 septembre 2018 (Reuters)

En 1954, année de ma naissance, la guerre froide était à son comble et un sénateur américain dévastait la carrière d’innocents en les dénonçant comme des sympathisants communistes, des rouges cachés.

Son nom, Joseph McCarthy, est entré dans le lexique de la notoriété politique. Le maccarthysme est défini aujourd’hui comme la « pratique consistant à accuser de subversion ou de trahison sans tenir dûment compte des preuves ».

C’est exactement ce qui arrive au leader travailliste Jeremy Corbyn et à son conseiller Seumas Milne, un de mes anciens collègues au Guardian. McCarthy n’est plus. Mais l’ancien chef du MI6, Sir Richard Dearlove, est toujours là.

Un génie du mal

Le dimanche 24 février, Dearlove a fait la une des journaux nationaux en déclarant au Mail on Sunday que Milne constituait une menace pour la sécurité et qu’il devait être licencié si Corbyn accédait au poste de Premier ministre.

« Quiconque présente ce genre d’antécédents ne pourrait être laissé à proximité d’informations classifiées. Ce serait hors de question », a lancé Dearlove. « Cela signifie que Corbyn ne pourrait pas rendre les jugements et décisions qu’un Premier ministre doit rendre à moins de cesser de le consulter. »

Corbyn ou Milne peuvent se défendre seuls. En écrivant ces lignes, mon souci est la vérité : c’est une quête singulière et minoritaire de nos jours

L’éditorial du Mail on Sunday est allé plus loin. Milne n’est pas un idiot comme son patron Corbyn, ont-ils décrété. L’idée reçue à propos du leader populaire du Labour est qu’il n’est pas une lumière. Non, Milne est beaucoup plus dangereux que cela parce qu’il est intelligent, parce qu’il a été éduqué à Oxford et parce qu’il est un fils de l’establishment. Il est l’un des leurs.

« M. Milne n’est pas ce genre de pigeon naïf. Il est sérieux et il sait y faire. Il sait ce qu’il fait quand il sympathise avec des groupes terroristes du Moyen-Orient et quand il fréquente le régime de Vladimir Poutine.

« Son hostilité permanente et très sélective à l’égard de l’État d’Israël est une caractéristique de longue date de la gauche dure intellectuelle à laquelle il appartient. Mais elle contribue à maintenir l’isolement croissant des juifs au sein du parti travailliste de Corbyn et les mauvais traitements auxquels ils sont soumis. »

La racine de l’antisémitisme

À ceux d’entre vous qui tournent autour de la Terre à bord de la Station spatiale internationale et dont les yeux doivent être exorbités face à ce discours politique cru et mensonger, je peux jurer que je n’invente rien de tout cela. C’est écrit noir sur blanc.

Ainsi, le péché de Milne n’est pas seulement d’être un trotskiste doublé d’un terroriste palestinien et d’un sympathisant de Poutine, ni seulement d’être devenu en quelque sorte la racine du cancer de l’antisémitisme au sein du Parti travailliste, mais avant tout d’être un traître parmi leur classe.

« À la différence de son chef inepte et mal informé, M. Milne est issu de l’élite britannique et est un homme bien instruit et très intelligent. C’est ce qui rend sa carrière extraordinaire et ses positions politiques non conventionnelles si importantes », a écrit le Mail on Sunday.

Cette attaque a été suivie d’une autre. Quelques minutes plus tard, Tom Watson, l’adjoint de Corbyn, a déclaré au « Andrew Marr Show », une émission de la BBC : « Pour [Corbyn], en tant que leader, le test consiste à éradiquer l’antisémitisme. Ce ne sera pas aux membres du Parti travailliste d’en juger, mais à la communauté juive britannique. Je pense qu’il comprend désormais que s’il veut devenir un jour Premier ministre, il doit rétablir cette confiance. »

Où est la vérité ?

Permettez-moi de clarifier ma position dans tout cela. Comme beaucoup de Londoniens, je ne suis pas d’accord avec Corbyn à propos du Brexit, lui qui a fermement soutenu lorsque je l’ai interviewé au début de son mandat à la tête du parti qu’il serait regrettable d’organiser un second référendum.

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De même, je n’ai rien à voir avec l’antisémitisme. Contrairement à Luciana Berger, la députée qui a démissionné en affirmant que l’antisémitisme avait pris racine dans le parti, je sais ce que signifie être chassé d’une ville en tant que juif. Ma mère et mon père ont fui Vienne respectivement en 1936 et 1938 et j’ai dans mon loft une pile de documents nazis répertoriant le matériel saisi dans le cabinet dentaire de mon grand-père.

Les Nazis ont fièrement répertorié leurs crimes. Chaque page de l’inventaire soigneusement rédigé à la machine se termine par les mots « Heil Hitler » (vive Hitler). Lorsqu’un slogan antinazi a été barbouillé sur le mur à l’extérieur du cabinet dentaire de mon grand-père, un gang nazi l’a contraint de le nettoyer… avec une brosse à dents.

Corbyn ou Milne peuvent se défendre seuls. En écrivant ces lignes, mon souci est la vérité : c’est une quête singulière et minoritaire de nos jours, j’en conviens, mais à laquelle je m’accroche comme à un caprice. Pourquoi ? Parce que pour au moins deux des trois accusations portées contre Milne, j’ai été moi-même impliqué dans les faits ou témoin de la même chose en tant que journaliste.

L’acte d’accusation

L’acte d’accusation contre Milne est le suivant : en tant qu’étudiant à Oxford, il est resté à Beyrouth au plus fort de la guerre civile en 1977 avec une clique de militants palestiniens de gauche ; lors d’un voyage à Jérusalem avec Corbyn payé par MEMO, une organisation britannique qui défend la cause palestinienne, il a rencontré deux membres du Hamas ; peu après l’annexion de la Crimée par la Russie, Milne a présidé une réunion inaugurée par Vladimir Poutine à Sotchi, aux frais des Russes.

Permettez-moi de traiter ces questions dans l’ordre inverse. La réunion présidée par Milne était organisée par le Club de discussion international Valdaï, un groupe d’une quarantaine de spécialistes de la Russie – journalistes, universitaires et analystes – qui rencontrent Poutine une fois par an.

Milne était en bonne compagnie – The New York Times, The Economist, le Financial Times, The Times ou encore la Brookings Institution étaient des habitués, pour des raisons diverses.

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Pour les journalistes, c’était un accès. Pour les analystes américains, c’était du renseignement. Les médias ont appliqué des politiques différentes en matière d’acceptation de cette hospitalité luxueuse. The New York Times et le Financial Times ont insisté pour payer eux-mêmes le voyage. Les autres médias, dont The Guardian, ont fait preuve de moins de délicatesse.

L’unique raison pour laquelle Milne a été invité en tant que journaliste du Guardian était mon abandon. C’est lorsque j’ai entendu Poutine répéter les mêmes répliques que l’année précédente que j’ai décidé que cela suffisait. Milne avait d’abord été invité à Sotchi en tant qu’intervenant, bien qu’il ait découvert à son arrivée qu’il allait présider une réunion – une situation assez courante dans ce genre de boulot.  

Au départ, The Guardian s’agitait parce qu’il se rendait à Sotchi alors que la Russie était accusée d’avoir dépassé les bornes suite à sa prise de contrôle d’une partie de l’Ukraine. Jonathan Freedland, éditorialiste du journal, a téléphoné à Milne lorsque son avion était sur le tarmac, alors même que le voyage avait déjà été approuvé par le système de voyage à l’étranger de l’entreprise, qui oblige à déclarer où l’on va et qui paie. Curieusement, la même attention n’avait pas été accordée aux voyages tous frais payés d’un autre collaborateur du Guardian, Timothy Garton Ash, puisqu’ils avaient été payés par des gouvernements considérés comme des alliés.

Les fréquentations entre le MI6 et Poutine

Toutefois, cette liste d’organisations fréquentant Poutine n’est pas exhaustive. J’ai quelques renseignements à fournir à Dearlove et au Mail on Sunday au sujet d’une autre personne coupable de s’être rendue au Club de discussion Valdaï et d’avoir « fréquenté Poutine ».

C’est une personne que Dearlove ne peut pas ignorer : son successeur au MI6 et au Joint Intelligence Committee, Sir John Scarlett. J’ai bu un verre avec lui. Scarlett a voyagé avec un nouveau passeport britannique tout propre pour la visite.

La rencontre entre Scarlett et Poutine s’est déroulée dans un contexte étrange, décrit avec précision par d’autres membres du Club de discussion Valdaï, Fiona Hill et Clifford Gaddy de la Brookings Institution, qui ont co-écrit une biographie du président russe.

L’unique raison pour laquelle Milne a été invité en tant que journaliste du Guardian était mon abandon

Hill, elle aussi Britannique, s’est assise aux côtés de Poutine en 2010 et officie aujourd’hui en tant que conseillère en chef de Donald Trump pour la Russie. Son influence est considérée comme modératrice. Vraisemblablement, Hill n’est pas considérée par le MI6 comme une menace pour la sécurité, bien qu’elle soit récidiviste en matière de fréquentations avec Poutine. 

La rencontre entre Poutine et Scarlett s’est déroulée dans une ancienne laiterie soviétique transformée en centre équestre pour la nouvelle élite russe, dans le cadre discret d’un bois à l’extérieur de Moscou. Poutine en avait assez de se présenter devant nous dans des lieux officiels et voulait se dépeindre en tant que représentant de la Nouvelle Russie – riche, confiante et tape-à-l’œil.

Le décor, un pavillon de chasse en bois, s’est avéré être celui d’une nouvelle performance théâtrale présidentielle élaborée. Nous avons découvert qu’il avait été reconstruit juste pour ce repas.

Le président russe Vladimir Poutine participe à une réunion avec des journalistes à l’issue d’une émission diffusée en direct à l’échelle nationale à Moscou (Russie), le 15 juin 2017 (Reuters)
Le président russe Vladimir Poutine participe à une réunion avec des journalistes à l’issue d’une émission diffusée en direct à l’échelle nationale à Moscou (Russie), le 15 juin 2017 (Reuters)

Nous étions une quarantaine à être assis à une longue table à tréteaux qui formait un grand carré. Poutine était assis à environ sept couverts de moi. Nous avons vu son attaché de presse, Dmitri Peskov, transmettre deux notes que son patron a glissées dans sa poche supérieure lors d’une séance de questions-réponses qui a duré plus de deux heures et demie.

Sur l’une d’elles, Peskov a alerté son patron de la présence de Scarlett, assis en face, dans le coin gauche du carré. L’ancien homme du KGB voulait mettre un point d’honneur à souhaiter la bienvenue au MI6 à sa table d’élite. Comme le veut la tradition, la rencontre entre les deux maîtres-espions a déraillé.

Ainsi, si Milne serre la main à Poutine, c’est une trahison. Mais si Scarlett du MI6 fait de même, n’est-ce pas pareil ? 

Peskov a indiqué à Poutine que Scarlett était celui qui portait le coquelicot rouge. Le problème était que la réunion avait lieu à l’anniversaire de l’Armistice qui avait mis fin à la Première Guerre mondiale et qu’un certain nombre de Britanniques présents au dîner arboraient un coquelicot.

Ainsi, Poutine, qui est myope mais trop vaniteux pour porter des lentilles de contact, a posé son regard sur Anatol Lieven, un universitaire britannique, et lui a accordé l’honneur d’avoir dirigé le MI6 de 2004 à 2009. Poutine a décrit Lieven comme un « ancien collègue », à la grande confusion de ce dernier.

Dearlove ne peut pas avoir effacé cela de sa mémoire. Il ne peut pas non plus oublier que lui-même, Sir Richard Dearlove, a fait en sorte que son patron, Tony Blair, approuve Poutine lorsque ce dernier n’était que Premier ministre. Un jour, il a avoué regretter d’avoir organisé une rencontre entre Blair et Poutine à Saint-Pétersbourg.

Ainsi, si Milne serre la main à Poutine, c’est une trahison. Mais si Scarlett du MI6 fait de même, n’est-ce pas pareil ?

Le troisième homme

Le récit de la rencontre de Milne et Corbyn avec deux membres du Hamas lors d’un voyage financé par MEMO comporte un autre trou de mémoire important. Être invité par MEMO n’est pas un péché. Les hommes politiques Jack Straw et Paddy Ashdown ont tous deux pris la parole lors de conférences de MEMO.

Les deux hommes du Hamas étaient des membres élus du Conseil législatif palestinien qui avaient planté une tente à Jérusalem en signe de protestation contre une ordonnance d’un tribunal israélien les expulsant vers la Cisjordanie. Tous les journalistes que je connais sont allés les voir à l’époque, y compris moi-même.

Mais le trou de mémoire est beaucoup plus gros. Il y avait un troisième homme présent, qui a depuis été évincé de cette rencontre désormais compromettante. Ce n’était nul autre que le député travailliste « modéré » Andy Slaughter, qui dirigeait le groupe.

Slaughter a démissionné du cabinet fantôme de Corbyn et n’est donc manifestement pas un corbyniste, mais il a rencontré et conversé avec ces deux membres du Hamas avec autant d’attention que Corbyn et Milne. Pourquoi a-t-il été exclu du souvenir que chacun conserve de cette preuve accablante ?

Des membres de la communauté juive protestent contre le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn et l’antisémitisme dont le parti est accusé devant le Parlement britannique, le 26 mars 2018 (AFP)
Des membres de la communauté juive protestent contre le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn et l’antisémitisme dont le parti est accusé devant le Parlement britannique, le 26 mars 2018 (AFP)

Milne a participé au voyage de MEMO en tant que chroniqueur. Lorsque la pression s’est intensifiée pour que The Guardian fasse reconnaître les voyages payés, Milne a découvert que le lobby britannique pro-israélien, le BICOM, avait organisé plus de 50 visites de journalistes du Guardian en Israël au cours des dernières années sans qu’aucune visite payée ne fût reconnue par le journal.

De nombreux journalistes du Guardian ont bénéficié plus d’une fois des cadeaux du BICOM, dont moi-même.

Je n’ai pas connu personnellement ce que Milne a vécu avant de rejoindre The Guardian. Il est allé à Beyrouth en 1977 alors qu’il était étudiant à Oxford. La zone était en pleine guerre civile et il circulait parmi un certain nombre de factions palestiniennes de gauche, contrôlées par une organisation pas plus radicale que l’OLP qui a ensuite reconnu Israël. Fin de l’histoire.

Enfin, pas tout à fait. Aucun détail du casier judiciaire de Milne n’est trop petit pour être omis.

Tout tourne autour d’Israël

Je terminerai simplement par deux observations. Le Parti travailliste pourrait très bien se fendre si d’autres défections avaient lieu. Les interventions des fantômes du passé ne sont ni anodines, ni inopportunes. Elles constituent un effort visant directement à empêcher un leader populaire et élu démocratiquement de devenir Premier ministre. 

Ainsi, elles subvertissent activement, consciemment et cyniquement la démocratie britannique. Vous pouvez aimer Corbyn ou le haïr. C’est à vous de voir, mais peut-être que vous ne pourrez jamais exprimer votre opinion dans les urnes si ces gens-là parviennent à leurs fins. Et comment vous sentiriez-vous si la tactique employée contre Corbyn était utilisée contre vous ? Que feriez-vous si votre personnage était assassiné à plusieurs reprises sans que vous ayez le moindre recours ? Est-ce comme cela que vous voulez voir les affaires politiques être menées au sein de la « mère des Parlements » ?

Ma seconde observation est que dans ce débat sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste, tout tourne autour d’Israël et de la question de savoir si l’antisionisme est réellement de l’antisémitisme. De nombreux juifs britanniques soutiennent Corbyn, ne se sentent pas menacés par la position pro-palestinienne de Corbyn et ont affirmé leur soutien par écrit dans une lettre adressée au Guardian.

Dans ce débat sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste, tout tourne autour d’Israël et de la question de savoir si l’antisionisme est réellement de l’antisémitisme

Le problème réside au sein du Board of Deputies qui prétend parler au nom de tous les juifs de Grande-Bretagne. Ce sont ces dirigeants qui se sont nommés juges, jurés et bourreaux dans chacune des allégations d’antisémitisme.

Leur revendication est fatalement bancale dès lors qu’ils ne peuvent même pas se résoudre à condamner Benyamin Netanyahou pour avoir formé une alliance politique avec Otzma Yehudit, fondé par les fidèles du rabbin assassiné Meir Kahane.

Son parti, Kach, a été déclaré hors-la-loi après qu’un de ses sympathisants, Baruch Goldstein, a massacré 29 Palestiniens en train de prier dans la mosquée du tombeau des Patriarches à Hébron il y a 25 ans. Ce massacre a donné lieu aux premiers attentats-suicides du Hamas.

Même l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), proche du Likoud, a condamné le Premier ministre israélien pour cette alliance. Le Board of Deputies a été incapable de le faire. Le partenaire américain du Board of Deputies, l’American Jewish Committee, a écrit : « Les opinions d’Otzma Yehudit sont répréhensibles. Elles ne reflètent pas les valeurs centrales qui constituent le fondement même de l’État d’Israël. »Le Board of Deputies a gardé le silence. L’un de ses membres, Tal Ofer, a tweeté : « Le @BoardofDeputies a déclaré ne pas souhaiter formuler de commentaires sur les partis politiques et les candidats lors des scrutins. »

Vraiment ? Ils n’ont pas cessé de faire des commentaires et de condamner Corbyn et les travaillistes au début, au milieu et à la fin des campagnes électorales. Ce sont là de la lâcheté morale et de l’hypocrisie de tout premier ordre qui forment le cœur même de la lutte qui déchire non seulement le Parti travailliste, mais également la communauté juive britannique.

McCarthy doit bien sourire dans sa tombe. 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

David Hearst
David Hearst is the editor in chief of Middle East Eye. He left The Guardian as its chief foreign leader writer. In a career spanning 29 years, he covered the Brighton bomb, the miner's strike, the loyalist backlash in the wake of the Anglo-Irish Agreement in Northern Ireland, the first conflicts in the breakup of the former Yugoslavia in Slovenia and Croatia, the end of the Soviet Union, Chechnya, and the bushfire wars that accompanied it. He charted Boris Yeltsin's moral and physical decline and the conditions which created the rise of Putin. After Ireland, he was appointed Europe correspondent for Guardian Europe, then joined the Moscow bureau in 1992, before becoming bureau chief in 1994. He left Russia in 1997 to join the foreign desk, became European editor and then associate foreign editor. He joined The Guardian from The Scotsman, where he worked as education correspondent.