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Les enfants soldats recrutés par les militants kurdes en Turquie et en Syrie sont oubliés

La communauté internationale ferme les yeux sur les rapports incessants de recrutement d’enfants soldats par le PKK et les YPG

De violents combats entre l’armée turque et les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), désigné comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’UE, se poursuivent à Nusaybin, une ville à majorité kurde du sud-est de la Turquie.

Ce qui semble également perdurer est le recours aux enfants soldats par le PKK. Mercredi 25 mai, 25 militants du PKK se sont rendus à l’armée turque à Nusaybin. Le lendemain, 42 autres militants du PKK se sont rendus. Certains des militants du PKK qui se sont rendus à Nusaybin seraient des mineurs.

En Syrie, on signale également que la branche syrienne du PKK, le Parti de l’Union démocratique (PYD), et son aile militaire, les Unités de protection du peuple (YPG), continuent de recruter des enfants soldats. Bien sûr, cette information ne se trouve pas facilement dans les médias internationaux, qui ignorent souvent les histoires négatives sur les militants kurdes et leurs violations des droits de l’enfant.

En avril, un membre du Parlement européen, Alyn Smith, a condamné l’utilisation d’enfants soldats : « La guerre ne constitue pas une excuse pour l’utilisation d’enfants soldats sur le champ de bataille par le PYD kurde ». Il a ajouté : « L’Union européenne est une communauté fondée sur des valeurs et ne doit pas fermer les yeux là-dessus ; comme je l’ai clairement dit, nous devons condamner toutes les violations quelles que soient leurs auteurs. »

Smith, qui siège à la commission des affaires étrangères du Parlement européen, a également demandé à documenter les violations des droits de l’homme, « notamment les détentions arbitraires, le nettoyage ethnique et l’utilisation inacceptable d’enfants soldats par les forces kurdes ».

Toutefois, on n’entend guère les responsables occidentaux exprimer massivement leur indignation devant de tels actes lorsqu’ils sont le fait du PKK ou des YPG, même s’ils sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Un passif de violence

Dans le passé, le PKK a été jusqu’à recruter des enfants qui n’avaient que 8 – 12 ans. En 2010, un quotidien national danois, Berlingske Tidende, a publié un article sur les enfants soldats du PKK. Selon ce rapport, il y avait environ 3 000 jeunes militants dans les camps d’entraînement du PKK. Le plus jeune enfant dans les camps d’entraînement du PKK avait 8 ou 9 ans.

Les enfants apprenaient l’histoire de la vie du leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, et comment utiliser des armes et des explosifs. Après la publication de cet article, le PKK a suscité de vives réactions de la part des organisations des droits de l’homme dans le monde. La même année, l’UNICEF a publié une déclaration exprimant sa « profonde inquiétude » au sujet du recrutement d’enfants soldats par le PKK.

En octobre 2013, le PKK, représenté par Delal Amed, un commandant de l’aile militaire du groupe, la Force de défense du peuple (HPG), a signé l’Acte d’engagement pour la protection des enfants dans les conflits armés. Ce document a été établi par une ONG appelée l’Appel de Genève qui se consacre à la promotion du respect des normes humanitaires internationales par les belligérants non-étatiques dans les conflits armés. Malgré cet engagement, le PKK aurait continué à recruter des mineurs.

En juillet 2015, un rapport de Human Rights Watch, intitulé « Syrie : Les forces kurdes continuent d’enrôler des enfants soldats », a fourni une liste de 59 enfants, dont dix âgés de moins de 15 ans, recrutés par les forces YPG depuis juillet 2014.

La tendance se poursuit

Fin mai sont parues des informations concernant la mort d’une recruteuse notoire d’enfants soldats, Latife Kaya (nom de code « Cahide »), aux mains de la tribu Miranda à Derik, district de Kameshli, en Syrie. Kaya aurait kidnappé une jeune fille de 17 ans appartenant à l’une des plus puissantes familles de la zone, dans le but de la recruter pour le PYD.

Latife Kaya était recherchée depuis plus de dix ans par la police turque pour l’enlèvement et le recrutement d’enfants afin d’en faire des enfants soldats. Elle était accusée d’avoir recruté des enfants soldats pour le PKK et plus tard le PYD à Kameshli et Afrin en Syrie. Ses collaborateurs et elle ont recruté plus de 500 jeunes filles mineures pour rejoindre le PKK. Les familles kurdes qui refusent de remettre leurs enfants aux militants risquent toujours de voir ceux-ci emmenés de force, puis de perdre tout lien avec eux. Grâce au conditionnement, le PKK s’assure que la loyauté de ces enfants vulnérables aille en premier lieu à la cause du groupe, et non à leurs familles.

Dans les zones contrôlées par le PYD en Syrie, il y a eu quelques querelles sérieuses entre de grandes familles de la région et des militants sur l’enlèvement de jeunes filles mineures.

En mai 2014, des mères de toute la Turquie dont les enfants avaient été recrutés par le PKK ont organisé un sit-in devant le bâtiment de la municipalité métropolitaine de Diyarbakır et ont appelé le PKK à libérer leurs enfants. Ils avaient pour la plupart 14 – 15 ans à cette époque. Certaines familles ont affirmé que leurs fils et leurs filles avaient été emmenés par le PKK contre leur volonté.

L’indifférence du HDP

La municipalité de Diyarbakır, administrée par le Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, a utilisé des canons à eau pour les disperser. Le co-président du HDP Selahattin Demirtaş a même affirmé que ces mères avaient été recrutées par l’Organisation nationale du renseignement turc. Malgré la résistance venant du PKK et du HDP, les familles ont continué leurs manifestations et les enfants de certaines familles ont été libérés par le PKK.

Une recherche dans la gazette officielle du PKK, Serxwebun, révèle de nombreux articles sur les enfants soldats qui sont morts au combat. Le journal donnait les dates de naissance de ces enfants, mais a abandonné cette pratique parce qu’il veut cacher l’âge de ces enfants pour empêcher que les organisations de défense des droits de l’homme ne réagissent. En outre, mentionner les dates de naissance de ces enfants révèlerait le fait que le PKK viole l’Acte d’engagement de l’Appel de Genève. Cependant, les photos publiées sur Serxwebun et Hpg-sehit.com montrent que ces enfants n’ont pas l’air d’avoir plus de 14 – 15 ans.

Comme l’a écrit le commentateur turc Mehmet Solmaz dans Middle East Eye : « Contrairement à Daech, pour lequel le monde entier condamne à juste titre le recrutement d’enfants soldats, la communauté internationale semble moins se préoccuper du fait que des enfants kurdes puissent recevoir la mission de combattre au service du PKK et des autres groupes qui en dépendent. Les responsables mondiaux pensent rendre service à la cause kurde en passant sous silence les violences subies par les enfants kurdes livrés aux mains des dirigeants militants du PKK. »

Le PKK propose deux options aux enfants kurdes : soit aller dans les montagnes et y mourir ou y être tués, soit se rendre à l’État turc et être emprisonnés pendant de nombreuses années. Le gouvernement américain voit le PYD comme un « partenaire fiable » dans la région. Les pays de l’UE tels que la Belgique autorisent des manifestations publiques pro-PKK tandis que l’Allemagne et la France permettent aux branches du PKK d’ouvrir des bureaux dans leurs capitales, pourtant le PKK et le PYD commettent des crimes de guerre en recrutant des enfants soldats. Les médias internationaux ne voient, n’entendent ni ne disent aucun mal lorsqu’il s’agit du PKK et des enfants soldats du PYD.

 

- Beybin Somuk est journaliste pour l’émission d’actualité turque Şimdi ve Burada. Elle a étudié le droit à l’Université Yeditepe (Istanbul). Vous pouvez la suivre sur Twitter @beybinn. Une version abrégée de cet article a été initialement publiée sur le site TheKebabAndCamel.com.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : des enfants kurdes jouent sur une route à Yemişli, dans la province de Hakkari dans le sud-est de la Turquie, le 22 octobre 2011 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.