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L’école à la maison promise à un bel avenir au Maghreb et au Moyen-Orient ?

L’éducation formelle est la norme dans la région, mais à cause du coronavirus, ce qui était autrefois l’apanage des familles d’expatriés pourrait désormais apparaître comme une option plus viable et attrayante pour ne nombreux parents
Yahya, 8 ans, est scolarisé chez lui à Istanbul depuis qu’il a 4 ans. Sa mère, Arwa Eltaweel, utilise la méthode Steiner d’enseignement à domicile (Arwa Eltaweel)
Yahya, 8 ans, est scolarisé chez lui à Istanbul depuis qu’il a 4 ans. Sa mère, Arwa Eltaweel, utilise la méthode Steiner d’enseignement à domicile (Arwa Eltaweel)

Brooke Benoit commence sa journée par une séance de yoga – une activité tranquille qu’elle aime pratiquer pendant que ses sept enfants dorment encore. C’est son heure à elle, avant que ne se lève la tribu des Benoit-Elkaoui.

Les enfants les plus jeunes se réveillent ensuite et aident à préparer le petit-déjeuner, puis fixent leur propre rythme scolaire pour la journée, mêlant souvent activités artistiques, manuelles et jeux libres.

Les adolescents se lèvent généralement après midi et poursuivent l’activité qu’ils avaient prévue la nuit précédente. Il peut s’agir de peindre des paysages de collines recouvertes de palmiers et d’arganiers comme celles qui entourent leur maison, lire des livres, jouer à des jeux vidéo ou travailler sur un projet de surcyclage.

Brooke Benoit propose à ses enfants un style d’enseignement à la maison « démocratique », conforme au style de Sudbury, selon lequel les enfants s’instruisent par eux-mêmes (avec son aimable autorisation)
Brooke Benoit propose à ses enfants un style d’enseignement à la maison « démocratique », selon lequel les enfants s’instruisent par eux-mêmes (avec son aimable autorisation)

Brooke Benoit, 47 ans, vit à Aourir, une petite ville de la province d’Agadir, le long de la côte sud-ouest du Maroc. C’est en Californie, où elle a grandi, qu’elle a commencé à faire l’éducation de ses enfants à domicile, il y a dix-huit ans.

Lorsque son fils aîné, Badier, n’avait que 3 ans, une voisine est venue la voir et lui a suggéré d’inscrire son tout-petit à la crèche du quartier.

« Je n’avais pas encore pensé à mes options de scolarisation à ce stade », explique Brooke, auteure de How to Survive Homeschooling, un livre décrit comme un « guide d’autosoins » pour les mères qui pratiquent l’école à la maison.

Elle est également la fondatrice et éditrice du Fitra Journal: The Muslim Homeschool Quarterly Journal, un magazine trimestriel qui prodigue des conseils pour élever des enfants bien équilibrés.

« Après tout ce dur travail, plein d’amour, qui consiste à m’occuper de mon enfant, je ne voulais pas ensuite le remettre à quelqu’un d’autre pour continuer à l’instruire […] Je savais que je pouvais le faire moi-même – et mieux »

- Brooke Benoit, adepte de l’école à la maison

« Ce que je savais en revanche, c’est qu’après tout ce dur travail, plein d’amour, qui consiste à m’occuper de mon enfant, je ne voulais pas ensuite le remettre à quelqu’un d’autre pour continuer à l’instruire pendant la plupart de ses heures d’éveil. Je savais que je pouvais le faire moi-même – et mieux. »

En 2010, elle est partie s’installer dans le pays natal de son mari, mais le couple a été déçu par l’état des écoles au Maroc. « Celles que nous avons vues n’avaient pas d’aire de jeu, elles sentaient le désinfectant et s’enorgueillissaient de gaver de théories des enfants de 3 ans, alors que nous avions des caisses entières de matériel pédagogique gai et attrayant à la maison », commente-t-elle.

Brooke Benoit a choisi une approche d’éducation à domicile dite de type Sudbury ou « démocratique », selon laquelle les enfants s’instruisent par eux-mêmes.

« En gros, je favorise des opportunités d’apprentissage pour qu’ils étudient ce dont ils ont besoin. Ils suivent des cours, notamment en ligne, utilisent des tutoriels, des applications, des livres… pour apprendre, par tous les moyens nécessaires », explique-t-elle.

Ce qui l’a attiré vers l’école à la maison est sa croyance en « un désir inné d’apprendre ».

« Je ne voulais pas voir [ce désir] écrasé chez mes enfants par un système scolaire surchargé, alors nous avons juste gardé notre aîné à la maison un peu plus longtemps... jusqu’à ce qu’il entre à l’université. »

Apprendre au Maghreb et au Moyen-Orient

Des millions d’enfants sont scolarisés dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Mais à cause de la pandémie de COVID-19, les écoles ont dû fermer leurs portes et renvoyer les enfants chez eux. En quelques semaines, environ 100 millions d’élèves de la région ont cessé d’aller à l’école.

L’UNESCO affirme que l’éducation à domicile des enfants dans la région est confrontée à de nombreux défis, notamment l’absence de cadre juridique (UNESCO/Iason Athanasiadis)
L’UNESCO affirme que l’éducation à domicile des enfants dans la région est confrontée à de nombreux défis, notamment l’absence de cadre juridique (UNESCO/Iason Athanasiadis)

Les gouvernements de la région n’ont pas tardé à s’adapter et à introduire des moyens d’enseignement alternatifs pour permettre aux parents de faire la classe à la maison.

Le ministère égyptien de l’Éducation a par exemple proposé des leçons en ligne et des livres électroniques sur son site web ; l’Irak a créé une chaîne YouTube proposant des cours pour différents groupes d’âge ; et la Jordanie a produit plusieurs plateformes virtuelles pour enfants, parents et enseignants.

Un exploit impressionnant pour des pays qui généralement n’encouragent pas ni ne soutiennent la scolarisation à domicile pour leurs ressortissants. En effet, si aucune statistique n’est disponible sur le nombre d’élèves qui étudient à la maison dans la région, la plupart des gouvernements préfèrent – et incitent – leur population à fréquenter l’école formelle.

Au Qatar, le ministère de l’Éducation a par exemple publié un décret en 2001 stipulant que la fréquentation des écoles primaires et secondaires était gratuite et obligatoire pour les citoyens qataris, tout en demeurant facultative pour les expatriés. C’est le cas dans une grande partie du Moyen-Orient.

Arwa Eltaweel en compagnie de son mari Ali Nagy et de leur fils Yahya (avec leur aimable autorisation)
Arwa Eltaweel en compagnie de son mari Ali Nagy et de leur fils Yahya (avec leur aimable autorisation)

Ainsi en Turquie, tous les enfants dès l’âge de 6 ans doivent aller à l’école, mais les expatriés sont libres de choisir leur propre voie. C’est exactement ce que fait Arwa Eltaweel, mère d’un petit garçon de 8 ans.

Dans le jardin de son appartement situé dans le quartier d’Üsküdar, à Istanbul, la trentenaire guide son fils Yahya dans ses activités de l’après-midi. Après avoir lu un livre ensemble, Yahya joue avec un pot de vers, leur donnant des noms et leur faisant incarner des personnages, puis les examine de plus près sous son microscope.

Jouer avec des choses simples, que l’on trouve généralement dans la nature, est conforme à la méthode d’éducation Waldorf qu’Arwa privilégie dans son approche de l’enseignement à domicile.

Le fondateur de l’éducation Waldorf, Rudolf Steiner, philosophe et réformateur social autrichien, pensait qu’en jouant avec des choses simples – comme des brindilles, des pommes de pin, du sable –, on donnait à l’imagination d’un enfant la liberté créative d’inventer des histoires et des jeux à l’infini. Une connexion quotidienne à la nature est une partie essentielle de cette méthode, également connue sous le nom d’approche Steiner.

« Nous savons maintenant à quel point la nature est importante pour nourrir l’âme non seulement des enfants, mais aussi des adultes », explique Arwa Eltaweel, qui a déménagé en Turquie depuis son Égypte natale en 2013 avec son mari Ali Nagy.

Elle a commencé à faire la classe à son fils il y a quatre ans. « Être dans la nature aide un enfant à répondre à ses besoins psychiques et psychologiques. Nous vivons à une époque où les gadgets et la technologie nous aveuglent sur la beauté du monde qui nous entoure. Il y a pourtant tellement à en apprendre.

« Nous passons en fait la plupart de notre temps à l’extérieur de la maison. Nous faisons des promenades en forêt, du camping, nous étudions l’astronomie en observant réellement les constellations par nuit claire. La nature enseigne à nos enfants tellement de choses qui peuvent être mieux apprises en les vivant qu’avec un stylo et une feuille de papier », poursuit la jeune femme, doctorante en sociologie à l’Université Şehir d’Istanbul.

Elle affirme qu’en Égypte, l’enseignement à domicile est devenu une option plus viable ces dernières années. Selon elle, cela est dû au fait que les standards en matière d’éducation ont baissé alors que le coût a augmenté.

Certains pays, comme l’Égypte et les Émirats arabes unis, ont mis en place des systèmes pour soutenir les apprenants à domicile inscrits dans une école. Ces élèves suivent le programme national à la maison, et l’enfant a la possibilité de passer régulièrement des examens dans un établissement scolaire classique.

« [Les vrais défis de l’école à la maison résident dans] les taux d’analphabétisme des adultes, les programmes disponibles et la préparation des parents »

- Maysoun Chehab, UNESCO

Mais pour Arwa Eltaweel, ce n’est pas la même chose que l’enseignement à domicile, qui « permet à un enfant de suivre une éducation plus holistique, non limitée par un programme d’études établi à l’avance, et où les élèves n’ont pas à passer d’examens s’ils ne le souhaitent pas ».

Le manque de certification qu’impliquent certaines formes d’enseignement à la maison peut susciter des craintes chez les parents intéressés par cette option. Cela ne doit toutefois pas être un obstacle, estime Maysoun Chehab, spécialiste des programmes pédagogiques au sein du Bureau régional de l’UNESCO pour l’éducation dans les pays arabes.

« Aujourd’hui, il existe plusieurs programmes structurés qui permettent aux élèves à domicile de passer des examens, d’obtenir des diplômes et d’aller à l’université s’ils le souhaitent », indique-t-elle à Middle East Eye.

La spécialiste souligne toutefois que l’école à la maison est encore confrontée à de nombreux problèmes. « Cela nécessite un cadre juridique, lequel n’est pas disponible dans la plupart des pays de la région », relève-t-elle.

Les vrais défis, selon Maysoun Chehab, résident dans « les taux d’analphabétisme des adultes, les programmes disponibles et la préparation des parents ».

Si l’enseignement à domicile n’est pas très populaire dans la région, c’est peut-être également à cause d’une pénurie de ressources en langue arabe. « Tout ce que j’ai lu sur l’école à la maison était en anglais », constate Arwa Eltaweel. « Lors de mes recherches, je n’ai pas trouvé grand-chose en arabe. »

Mais il existe désormais des ressources comme Alta’leem Almarin, précise-t-elle, en référence à un site web en langue arabe qui fournit des informations sur les formes alternatives d’éducation.

« La nature enseigne à nos enfants tellement de choses qui peuvent être mieux apprises en les vivant qu’avec un stylo et une feuille de papier » (avec l’aimable autorisation d’Arwa Eltaweel)
« La nature enseigne à nos enfants tellement de choses qui peuvent être mieux apprises en les vivant qu’avec un stylo et une feuille de papier » (avec l’aimable autorisation d’Arwa Eltaweel)

Arwa Eltaweel a également créé son propre blog qui, espère-t-elle, contribuera à populariser la scolarisation à domicile dans le monde arabe. Selon elle, celui-ci souffre d’un « manque de vision ».

« Il n’y a pas d’imagination. Les gens n’arrivent pas à visualiser ce qu’ils sont capables de réaliser pour leurs enfants et pensent que l’école à la maison est impossible », regrette-t-elle.

« J’ai entendu de nombreux parents dire qu’ils ne se faisaient pas confiance pour l’éducation de leurs enfants, qu’ils n’étaient pas capables de le faire. J’ai entendu cela des centaines de fois. Mais vous en êtes capable si vous en avez l’intention ; les parents connaissent leurs enfants mieux que quiconque et sont vraiment leurs meilleurs enseignants. »

« Ça peut être solitaire »

En instruisant vos enfants à la maison, vous leur permettez également de « se connaître » et de savoir qui ils veulent être, d’après Brooke Benoit, qui élève une troupe d’aspirants scientifiques, ingénieurs et artistes.

Cette mère célibataire dit aimer voir ses enfants, âgés de 5 à 21 ans, « être librement et entièrement leur moi pur », et ce, en créant un environnement à la maison sans « influences extérieures faisant pression sur eux [pour qu’ils se conforment à] des normes artificielles ».

Ils fréquentent tous un centre pour jeunes qu’elle a cofondé, Amsmoon (qui signifie « lieu de rassemblement » en chleuh, la langue amazighe parlée dans la région), et deux d’entre eux participent activement à son fonctionnement et au travail de dialogue avec la communauté locale initié pour combattre la stigmatisation dont souffrent les enfants scolarisés à la maison, qui ont la réputation d’être maladroits sur le plan relationnel.

Badier Benoit-Elkaoui affirme que l’école à la maison lui a permis de se discipliner et de devenir autonome (avec son aimable autorisation)
Badier Benoit-Elkaoui affirme que l’école à la maison lui a permis de se discipliner et de devenir autonome (avec son aimable autorisation)

Le fils aîné de Brooke, Badier, n’a, comme tous ses frères et sœurs, jamais fréquenté une école ordinaire. Actuellement, le jeune homme de 21 ans prend des cours universitaires à distance dans l’espoir de rejoindre le campus plus tard cette année.

Bien qu’il apprécie la « liberté » que lui offre l’apprentissage à la maison, il admet qu’il y a quelques inconvénients.

« Ça peut être solitaire, ce que je n’aime pas, et parfois, il peut être difficile de s’intégrer parce qu’on n’a pas les mêmes expériences que les autres », confie-t-il. « Mais ça nous donne aussi l’occasion de mieux apprendre et de nous discipliner – cela nous rend autonomes. »

Brooke Benoit s’est inspiré du travail des réformateurs américains de l’éducation John Holt et John Taylor Gatto.

Dans son livre populaire Dumbing Us Down: The Hidden Curriculum of Compulsory Schooling (« nous abrutir : le programme caché de l’école obligatoire »), Gatto écrit : « Les enfants apprennent ce qu’ils vivent. Mettez des enfants en classe et ils vivront leur vie dans une cage invisible, isolés de leur chance dans la communauté ; interrompez constamment les enfants avec des cloches et des signaux sonores et ils apprendront que rien n’est important ou ne mérite d’être terminé. »

Selon lui, les écoles ont été conçues pour produire une nouvelle génération conforme, composée de travailleurs dociles et alphabétisés, formés pour obéir aux ordres et générer plus de bénéfices pour les entreprises pour lesquelles ils travaillaient. « L’école était considérée depuis la première décennie du XXe siècle comme une branche de l’industrie et un outil de gouvernance. »

Certains parents préfèrent toutefois suivre un programme d’études défini et recréer l’expérience scolaire à la maison. C’est le cas de Hanim Johar, une Canado-Érythréenne qui vit au Qatar. Depuis 2016, cette mère de quatre enfants scolarise à domicile trois d’entre eux, âgés de 10 à 14 ans. Son aîné fréquente une école traditionnelle à Doha dans le but de rentrer à l’université.

Contrairement à Brooke Benoit et Arwa Eltaweel, Hanim Johar préfère une méthode d’apprentissage plus structurée, suivant le cursus pédagogique de la Calvert Academy aux États-Unis.   

Ce programme est l’un des nombreux disponibles désormais sur le marché concurrentiel de l’enseignement à domicile. Moyennant finance, les parents reçoivent des plans pour structurer leur journée d’enseignement ainsi que des cours en ligne interactifs pour les enfants plus âgés, à personnaliser en fonction de leurs besoins.

« L’école à la maison fonctionne bien pour nous, nous ne l’avons jamais regretté – les enfants se comportent mieux depuis qu’ils ont quitté le système scolaire et sont moins stressés »

- Hanim Johar, adepte de l’école à la maison

C’est lundi, jour des maths pour la famille Johar. Le petit déjeuner est suivi de deux heures d’étude. Après le déjeuner et les prières de la mi-journée, la famille étudie ensemble jusqu’à 15 heures, Hanim préparant elle-même un master en psychologie générale. Le reste de l’après-midi est laissé libre ; les enfants peuvent regarder des émissions éducatives ou faire du sport.

Hanim Johar dit avoir remarqué des changements dans le comportement de ses enfants quand ils sont entrés à l’école : ils semblaient renfermés, fatigués et moins communicatifs à la maison. Ceci, combiné au manque d’infrastructures dans leur établissement – aucun équipement sportif et une aire de jeux extérieure toute petite –, a conduit la famille à choisir l’enseignement à domicile.

« L’école à la maison fonctionne bien pour nous, nous ne l’avons jamais regretté – les enfants se comportent mieux depuis qu’ils ont quitté le système scolaire et sont moins stressés », témoigne-t-elle. « Ils sont plus indépendants dans leurs études, ils adorent lire et ramènent toujours des tas de livres à la maison.

« En outre, nous nous sentons plus proches en tant que famille. J’ai aussi remarqué que les liens entre frères et sœurs étaient plus forts, ils sont plus attentionnés les uns envers les autres et s’entraident davantage. »

L’école au temps du coronavirus

Toutefois, être contraint de devenir l’enseignant de son propre enfant à la maison n’est pas pour plaire à tout le monde. À Dubaï, Marwah Elimam a dû prendre en charge la scolarité de son fils aîné durant le confinement dû au coronavirus, attendant avec impatience le retour à la normale et la réouverture des écoles.

« Notre plus grand défi a été la quantité de travail et le nombre écrasant de réunions en direct que requièrent les enseignants. De plus, qu’un enfant de 6 ans soit assis devant un iPad toute la journée pour l’école n’est ni juste ni toujours possible », estime cette Égypto-Américaine.

« Les élèves de CP ont besoin de conseils, d’explications et d’aide pour naviguer sur leur application. La vie de certaines mères s’est arrêtée et elles se sont retrouvées scotchées à leurs enfants pour s’assurer que les choses se passaient bien. »

Marwah Elimam, créatrice de mode et artiste, élève ses deux fils de 3 et 6 ans avec son mari Ahmad. Elle fait partie des millions de parents qui jonglent entre travail, tâches ménagères et enseignement – et la pression monte.

« Des mères d’enfants plus jeunes m’ont dit qu’elles passaient des journées à pleurer et d’autres qu’elles se sentaient épuisées mentalement à cause de la charge de travail, pour aider leurs enfants etc., tout en s’inquiétant des pressions financières », raconte-t-elle.

Le fils aîné de Marwah Elimam assiste quotidiennement à des cours en ligne en attendant la réouverture des écoles à Dubaï (Marwah Elimam)
Le fils aîné de Marwah Elimam assiste quotidiennement à des cours en ligne en attendant la réouverture des écoles à Dubaï (Marwah Elimam)

C’est la même chose pour Norah Quronfleh et sa famille dans la capitale jordanienne Amman.

« En Jordanie, l’apprentissage en ligne a été imposé aux écoles par le gouvernement en raison de la pandémie, de sorte que les parents n’avaient pas vraiment le choix en la matière », rapporte-t-elle.

Ses enfants, âgés d’1, 5 et 8 ans, sont plus heureux après une journée d’étude plus courte à la maison qu’à l’école, a-t-elle constaté, mais les frustrations sont nombreuses entre quatre murs.

« Qu’un enfant de 6 ans soit assis devant un iPad toute la journée pour l’école n’est ni juste ni toujours possible […] La vie de certaines mères s’est arrêtée et elles se sont retrouvées scotchées à leurs enfants »

- Marwah Elimam, créatrice de mode

« L’interaction avec leurs pairs est vraiment importante à mon avis », explique cette enseignante en primaire.

« Le coronavirus a rendu ce sentiment d’isolement plus intense parce qu’il empêche de voir ses amis et sa famille. Les enfants se figent dans leurs habitudes et risquent de ne pas être aussi tolérants et capables d’accepter ou de gérer des personnalités différentes lorsqu’ils retourneront à l’école », craint-elle.

Tandis que des pays comme l’Iran et la Palestine ont rouvert leurs écoles, d’autres attendent, surveillant la situation sanitaire. Le ministre saoudien de l’Éducation, le Dr Hamad Mohammed al-Sheik, a déclaré que les programmes d’enseignement à distance en ligne du pays se poursuivraient même après la fin de la pandémie « pour résoudre le problème du décrochage scolaire ».

Si un peu partout dans le monde, les magasins, restaurants et lieux de culte ont rouvert cet été, la possibilité d’une autre vague de contamination laisse penser que l’école à la maison pourrait rester un choix pour certains et une nécessité pour beaucoup.

Les deux fils de Brooke Benoit scolarisés à la maison, Badier (centre) et Amine (droite), avec leur ami Soulaiman Ouknart, présentent un de leurs travaux de surcyclage (avec leur aimable autorisation)
Les deux fils de Brooke Benoit scolarisés à la maison, Badier (centre) et Amine (droite), avec leur ami Soulaiman Ouknart, présentent un de leurs travaux de surcyclage (avec leur aimable autorisation)

Grâce à la pandémie, néanmoins, de plus en plus de parents ont commencé à considérer l’éducation à domicile comme une option viable à long terme, d’autant plus que des systèmes sont désormais en place.

Mais plutôt qu’une « éducation forcée des enfants à la maison » à cause du COVID-19, Arwa Eltaweel dit espérer que les parents expérimentent ce qu’elle considère comme le véritable enseignement à domicile.

« Je veux dire se mêler à d’autres familles qui pratiquent l’école à la maison, aller à des événements sportifs, des sorties culturelles dans des musées et des galeries, apprendre en même temps que vos enfants.

« Car c’est vraiment agréable et bénéfique. Pas uniquement pour les enfants, pour les parents aussi. »

Traduit de l’anglais (original).