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Des chars turcs pénètrent en Syrie alors qu’Erdoğan s’engage à cibler l’EI et les militants kurdes

Le président turc annonce une opération contre les « terroristes » en Syrie au moment où les forces spéciales turques lancent une opération pour débarrasser la ville de Jarablus de l’État islamique
Un tank et un véhicule blindé de l’armée turque sont stationnés près de la frontière entre la Turquie et la Syrie dans les environs de Karkamış, province de Gaziantep, au sud-est de la Turquie AFP)

ISTANBUL, Turquie – Les forces spéciales turques appuyées par le soutien aérien de la coalition menée par les États-Unis ont lancé une incursion en Syrie à l’aube mercredi pour reprendre la ville de Jarablus des mains du groupe État islamique (EI), a rapporté l’agence de presse officielle turque Anadolu.

Des chars turcs ont franchi la frontière avec la Syrie pour lancer l’opération « Bouclier de l’Euphrate ». Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré mercredi que ses forces cibleraient les « groupes terroristes de Daech [EI] et du PYD », en référence au Parti de l’union démocratique pro-kurde, dont l’aile militaire, les Unités de protection du peuple (YPG), continue de progresser dans le nord de la Syrie.

« Les attaques contre notre pays depuis la Syrie ont conduit à en arriver là », a expliqué le président, ajoutant que « personne ne menacera notre existence ».

« Ils sont persuadés que chaque attaque contre nous nous affaiblit. Ils ont tort. Elles nous rendent plus forts. »

L’opération a été lancée à 4 h du matin heure locale (01 h GMT) et est menée par une force conjointe de l’armée turque accompagnée du soutien aérien de la coalition menée par les États-Unis.

CNN-Türk a également signalé que la Turquie avait envoyé des forces spéciales dans la ville syrienne frontalière.

« Les forces armées turques et les forces aériennes de la coalition internationale ont lancé une opération militaire visant à nettoyer le district de Jarablus de la province d’Alep de l’organisation terroriste Daech », selon un communiqué du bureau du Premier ministre turc.

Cette opération militaire marque la présence officielle de troupes de l’OTAN sur le terrain en Syrie pour la première fois.

Des F-16 turcs ont également pilonné des cibles à Jarablus, leur premier survol de l’espace aérien syrien depuis qu’ils ont abattu un chasseur russe en novembre dernier, selon les médias locaux.

Saleh Moslem Mohammed, coprésident du PYD, a tweeté en réaction à cette incursion turque que la Turquie sera « vaincue », tout comme l’EI :


Traduction : « La Turquie est dans le bourbier syrien. Elle sera vaincue comme Daech » – Saleh Moslem (@serokepyd)

La Turquie et les États-Unis sont en désaccord sur le rôle du PYD/des YPG dans la lutte contre l’EI.

Washington considère les YPG comme la force la plus efficace sur le terrain, alors qu’Ankara les considère comme une entité terroriste, dont l’aile politique, le PYD, a des liens organiques avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

La Turquie mène depuis plusieurs décennies une guerre contre le PKK, qui est également considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’UE.

La Turquie craint de voir une bande de territoire contrôlée par le PYD sur toute sa frontière avec la Syrie après que les Forces démocratiques syriennes (FDS, une coalition dirigée par les YPG) soutenues par les États-Unis ont repris la ville de Manbij à l’EI plus tôt ce mois-ci. Ankara est déterminé à ne pas voir Jarablus tomber également entre leurs mains.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a déclaré lors d’une conférence de presse à Ankara que l’armée turque poursuivrait ses efforts contre les YPG, affirmant que ces dernières n’étaient pas différentes du PKK.

« Pourquoi Saleh Moslem et les YPG sont-ils contrariés par notre opération contre Daech ? », a-t-il demandé en référence au tweet du leader du PYD.

« Ils ont leurs propres intentions cachées. »

Il a ajouté que les YPG ne devaient « pas passer à l’ouest de l’Euphrate ».

« Les États-Unis nous l’ont promis », a-t-il expliqué. « S’ils le traversent, nous prendrons les mesures nécessaires. »

Ce n’est pas une attaque contre l’intégrité de la Syrie

Plusieurs obus de mortier tirés depuis Jarablus, contrôlée par l’EI, ont frappé la ville frontalière turque de Karkamış mardi. En réaction, l’armée turque a pilonné les positions des militants sur le sol syrien par des frappes d’artillerie.

L’objectif déclaré de l’offensive est de nettoyer la zone des militants, de prévenir une nouvelle vague de réfugiés et de créer les conditions permettant à l’aide humanitaire d’atteindre la zone.

Ankara a tenu à souligner que cette offensive ne vise pas l’intégrité territoriale de la Syrie.

Mardi soir, les autorités turques ont ordonné aux habitants d’évacuer la ville frontalière turque de Karkamış qui se trouve en face de la ville syrienne de Jarablus contrôlée par l’EI, a rapporté la télévision.

La police a averti les résidents par le biais de haut-parleurs d’évacuer Karkamış « pour des raisons de sécurité ». La ville a été touchée par plusieurs obus de mortier tirés depuis des zones contrôlées par l’EI.

Les forces turques martelaient les positions de l’EI en représailles aux tirs d’obus sur le territoire turc au cours des derniers jours. Des obus d’artillerie sont également tombés sur la ville frontalière turque de Kilis mardi.


Traduction : « Tirs nourris d’artillerie par l’armée turque tandis que des chars pénètrent en Syrie dans la région de Jarablus dans le cadre d’une offensive contre l’EIIL. » – Abdullah Bozkurt (@abdbozkurt)

Les médias locaux ont également rapporté que des chars turcs s’étaient déployés dans les environs de Karkamış.

CNN-Türk a ajouté qu’un groupe affilié à l’Armée syrienne libre, la Brigade Sultan Mourad (groupe en grande partie constitué de Syriens turkmènes), avait également pénétré en Syrie depuis le sol turc mercredi.

Le vice-président américain Joe Biden s’est rendu à Ankara ce mercredi pour rencontrer les dirigeants turcs à propos de la création d’une stratégie unifiée sur le conflit syrien.

La Turquie a reçu des représentants des puissances régionales au cours des derniers jours. Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, et Hossein Jaberi Ansari, vice-ministre des Affaires étrangères iranien, étaient tous deux dans la capitale turque mardi.

Jarablus est la dernière ville importante qui reste entre les mains du groupe État islamique le long de la frontière avec la Turquie.

Selon certaines informations non confirmées, des responsables des renseignements turcs se sont rendus à Damas plus tôt dans la semaine pour informer le gouvernement de Bachar al-Assad des détails concernant l’opération.

Erdoğan a critiqué mercredi ses alliés de l’Union européenne pour leur réticence à accueillir des réfugiés syriens.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.