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EN IMAGES : Vivre au Soudan, au-delà du cliché

Traditionnellement décrit comme à la fois le plus arabe des pays africains et le plus africain des pays arabes, le Soudan reste néanmoins très méconnu, et largement assimilé aux drames humains qui le frappent
Transport collectif soudanais pour les moins fortunés (MEE/Laurent Perpigna Iban)

KHARTOUM – Le décor est aride. La chaleur suffocante. Dans les rues qui accueillent le marché d’Omdurman, à quelques kilomètres de Khartoum, il n’est pas encore midi quand les premières boutiques baissent pavillon. Chacun semble autant accablé par les températures extrêmes que par une pauvreté devenue endémique.

Omdourman et Khartoum sont les deux cités les plus peuplées du pays. Situées de part et d’autre du Nil, les deux villes se confondent et semblent géographiquement ne faire qu’une, au-delà des différences sociales qui les distinguent.

C’est à Khartoum, capitale du pays, que sont concentrés les bâtiments officiels, les ambassades et quelques restaurants vaguement occidentalisés. Hormis ces artères néanmoins pittoresques, la ville bouillonne, envahie par le sable. De la ville aux torrides zones désertiques soudanaises, il n’y a qu’un pas.

Une fois ces deux villes passées, la vie se fait plus rare. Le Soudan est un État fédéral divisé en dix-sept États, le tout sous perfusion humanitaire constante de la communauté internationale. Entre une mauvaise répartition des richesses et les conflits qui y font rage, la situation du pays paraît bien préoccupante.

Les cicatrices du Soudan sont nombreuses. Jusqu’à sa partition en 2011, le pays possédait le plus vaste territoire d’Afrique et s’imposait comme une sorte de pivot entre deux mondes : le monde africain et le monde arabe.

Cette dualité a marqué l’histoire du jeune pays : dès son accession à l’indépendance en 1955, une guerre civile éclate au sud du Soudan. Elle s’achève en 1972 avec l’octroi d’un statut d’autonomie pour la région sud, après avoir causé la mort d’un demi-million de personnes.

Combattants du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), l'un des protagonistes du conflit au Darfour, photographiés en 2011 (AFP)

Cette première guerre civile ouvre un cycle de violences qui ne s’arrêtera plus. C’est la guerre qui sévit au Darfour depuis 2003 qui va remettre le pays au centre des préoccupations. Ce conflit politico-ethnique, qui a déjà fait plus de 300 000 morts dans l’Ouest soudanais, a également bouleversé l’équilibre du pays, et de ses voisins, puisqu’il a emmené sur les routes de l’exode 2,5 millions de personnes.

Omar Béchir, qui a pris le pouvoir grâce à un coup d’État militaire en 1989, est toujours en poste malgré le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale nourri par pas moins de dix chefs d’accusations, dont cinq de crime contre l’humanité, trois de crimes de guerre et deux de génocide, ce qui confère au pays une grande fragilité politique.

Le Soudan du Sud, indépendant de Khartoum depuis maintenant six ans, fait quant à lui face à une situation de famine extrême : ce sont près de 5 millions de personnes – soit 40 % de la population totale sud-soudanaise – qui nécessitent une aide alimentaire d’urgence. Là-aussi, la guerre civile fait rage entre les partisans du président Salva Kiir et ceux de son rival Riek Machar, et l’exode des civils semble sans limite.

À Khartoum, comme dans le reste du Soudan du Nord, la situation est calme, et chacun, réfugié ou non, semble organiser sa survie. Entre poussière, chaleur et pauvreté, le journaliste et photographe Laurent Perpigna Iban a promené sa caméra dans les paysages désolés du Soudan pour Middle East Eye en avril 2017.

Jeunes garçons devant la boutique familiale au petit matin, au cœur du souk d’Omdurman. Ici plus qu’ailleurs, le commerce est une histoire de famille.
 

Dans la banlieue sud d’Omdurman, les mêmes scènes se répètent tous les vendredis soir à la tombée de la nuit. Des centaines de personnes entrent en transe au rythme des tambours, au cœur d’un immense terrain vague où sont érigés des temples soufis. C’est ici que se trouve la tombe de Hamed al-Nil, cheikh soufi du XIXe siècle.
 

À une centaine de kilomètres au nord de la capitale soudanaise, nous évoluons dans un décor balayé par des vents brûlants. Pourtant, des familles continuent de vivre dans ces conditions très difficiles, où la quête d’eau est devenue un élément vital du quotidien.
 

À Omdurman, l’asphalte se fait rare dans le centre-ville. L’agglomération d’Omdurman rassemble pourtant plus de 2,4 millions d’habitants.
 

Près de la capitale soudanaise, se tient un immense marché aux animaux où des centaines de chameaux, de chèvres ou de béliers sont vendus sur une immense place. 
 

Des artisans, au cœur de l’immense souk d’Omdurman.
 

Une jeune Soudanaise, en zone rurale, à plus d’une centaine de kilomètres au nord de Khartoum.
 

Le pont suspendu reliant l’île de Tuti à Khartoum, achevé en 2009, se trouve à la confluence du Nil Bleu et du Nil Blanc. Il constitue la seule voie d’accès routière à l’île de Tuti. Quand tombe la nuit, alors que la vie semble s’arrêter dans la capitale soudanaise, il devient un lieu prisé de villégiature pour les familles qui s’y promènent ou qui boivent du thé sur les rives du Nil.
 

Le soufisme est un visage méconnu de l’islam, on estime ses adeptes à 300 millions sur 1,6 milliard de musulmans dans le monde. Il se caractérise par la force et la mysticité des invocations de ses croyants. À Omdurman, comme dans les autres lieux où la communauté s’adonne à ces rites, l’ambiance est mystique. Vêtus de blanc et de vert, des hommes forment de grands cercles tandis que d’autres virevoltent au rythme des tambours, bâtons à la main, en répétant à l’infini la profession de foi musulmane, la chahada.

Combien sont-ils, à Omdurman, à entrer en transe tous les vendredis ? Plusieurs centaines, mais le site accueille également beaucoup de Soudanais qui viennent assister à ce moment surprenant qui reste, situation sécuritaire oblige, totalement préservé des regards et du tourisme.
 

Ces réfugiés syriens travaillent dans un restaurant de Khartoum. Ils sont extrêmement nombreux, hommes et femmes, à s’être s’exilés au Soudan, l’un des seul pays qui ne leur demande pas de visa et qui les autorise à travailler.

Dans les rues principales de Khartoum, on les rencontre par dizaines, comme Tarek, qui a quitté le quartier damascène de Bab Touma il y a plusieurs années maintenant. Il ne regrette absolument pas d’avoir choisi le Soudan. « Ici, on parle la même langue que nous et nous sommes plutôt bien intégrés. Nous avons le droit de travailler, et nous en profitons. Nous n’oublions pas notre pays, mais nous vivons mieux que beaucoup de nos compatriotes, que ce soit en Syrie ou ailleurs, j’imagine… ».
 

Au nord de Khartoum, à quelques kilomètres de la sixième cataracte du Nil, la vie s’organise autour du fleuve. Comme l’Égypte, le Soudan doit sa survie au plus long fleuve d’Afrique (6 800 kilomètres).
 

Pour les Soudanais et Soudanaises les moins fortunés, des transports collectifs assez peu communs sont organisés. Ils sont nombreux à s’entasser sur des remorques aménagées tractées par des ânes.
 

Comme beaucoup de leurs camarades, ces jeunes étudiantes soudanaises vont passer du temps dans le mall « Afra », au centre de Khartoum, à la sortie de l’université. Ce centre commercial, ouvert en 2004, possède quelques magasins relativement modestes en plus d’un supermarché.
 

Un Soudanais se recueille sur la tombe d’un proche défunt, au cœur d’un vaste cimetière dans la banlieue d’Omdurman.

Un commerçant, dans une artère de Khartoum, à l’ombre des arcades.
 

Dans les zones désertiques soudanaises, l’eau à une valeur inestimable. Ces Soudanais remontent des sacs d’eau d’un puits grâce aux rotations effectuées par un dromadaire. Les habitants des environs traversent ces étendues désertiques afin de venir se ravitailler en eau.