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Au bazar de Tajrish à Téhéran, les commerçants font triste mine

Les commerçants, qui souffrent déjà de la crise économique qui frappe l’Iran, sont obligés de fermer plus tôt leurs magasins à cause des manifestions consécutives à la mort de la jeune Mahsa Amini
« En raison des protestations, les gens ne sortent plus après 17 h », selon un commerçant du bazar de Tajrish à Téhéran (AFP/Atta Kenare)
« En raison des protestations, les gens ne sortent plus après 17 h », selon un commerçant du bazar de Tajrish à Téhéran (AFP/Atta Kenare)
Par
TÉHÉRAN, Iran

Au bazar de Tajrish à Téhéran, les affaires ne vont pas fort depuis le début, le 16 septembre, des manifestations antigouvernementales déclenchées par la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour infraction au code vestimentaire strict pour les femmes.

« Ce n’était déjà pas brillant avant, à cause de la crise économique qui frappe notre pays depuis l’imposition des sanctions par les États-Unis, mais maintenant avec les manifestations notre travail a été réduit de moitié », bougonne Mehdi dans son échoppe de tee-shirts.

Des femmes iraniennes font leurs courses au bazar traditionnel de Tajrish dans la capitale Téhéran le 2 octobre 2022 (AFP/Atta Kenare)
Des femmes iraniennes font leurs courses au bazar traditionnel de Tajrish dans la capitale Téhéran le 2 octobre 2022 (AFP/Atta Kenare)

Assis sur un tabouret, casquette vissée sur la tête, ce commerçant de 53 ans se désole : « Certains clients venaient le soir, mais ils ne viennent plus », dit-il. 

Dans la journée, la vie est normale sur ce marché couvert du nord de la capitale iranienne. 

Les magasins se remplissent et les restaurants ne désemplissent pas. Des policiers anti-émeutes, casqués, sont debout devant leurs motos sans intervenir. 

Prudents, aucun des commerçants interrogés ne veut se prononcer sur le mouvement de protestation, qui est entré lundi dans sa troisième semaine. 

C’est le soir que ce marché est déserté.

« Quand les troubles commencent, je dois fermer la boutique quatre ou cinq heures plus tôt pour des raisons de sécurité. C’est l’heure où les commerçants baissent le rideau de leur magasin et que le bazar se vide », explique Mehdi.

« À nos risques et périls »

Après le travail, le soir tombé, les manifestants descendent dans la rue, brûlent des pneus ou des poubelles, affrontent la police ou scandent depuis les fenêtres et les toits des slogans antigouvernementaux entrecoupés de « Femme, vie, liberté ».

Le marché de Tajrish, dans le quartier huppé de la capitale, connaît deux périodes d’affluence, le matin et la fin d’après-midi jusqu’à 22 h.

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« Avant, quand arrivait l’heure de Sarcheraghi [allumage des lumières], au coucher du soleil, une autre clientèle venait faire des emplettes », explique Behzad, qui vend des casquettes, des chaussettes et des pantalons depuis trois décennies.

Il y a ceux qui sortent le soir pour éviter la chaleur de la journée, d’autres qui veulent se promener et puis les fidèles qui, après avoir prié au mausolée Saleh, viennent faire les emplettes du soir.

« En raison des protestations, les gens ne sortent plus après 17 h, surtout les femmes. La police ne nous a pas demandé de fermer, mais le syndicat de notre corporation nous a avertis : si nous restons ouverts, c’est à nos risques et périls et il ne prendra aucune responsabilité en cas d’incendie », dit-il. 

Selon l’agence de presse iranienne Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations le 16 septembre et plus de 1 200 autres ont été arrêtées. 

Selon des ONG basées à l’étranger, plus de 90 personnes ont été tuées par la répression des manifestations.

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