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« Je ne cherche pas un Superman ! » : les Algériens rêvent de leaders en qui avoir confiance

Alors que le Premier ministre Noureddine Bedoui peine à former son gouvernement, les Algériens confient leur envie de voir apparaître de nouveaux visages pour assurer la transition
Zoubida Assoul, avocate et ancienne magistrate, est une des personnalités plébiscitées par la société civile pour participer à la transition (AFP)
Par Kenza Merzoug à ALGER, Algérie

Sur la terrasse du centre commercial de Bab Ezzouar, aux abords d’Alger, Mohammed contemple les voies ferrées qui s’étendent à perte de vue. Le ciel se dégage, après une matinée pluvieuse. Son regard, illuminé par un rayon de soleil, s’assombrit lorsqu’il évoque l’avenir du pays. « Je ne sais vraiment pas qui peut diriger l’Algérie. Pour moi, c’est encore trop tôt. » 

Pourtant, il a déjà un nom à l’esprit, celui de Karim Tabbou. À 45 ans, l’ex-figure du FFS (Front des forces socialistes, opposition) qui a démissionné du parti d’Hocine Aït Ahmed pour créer son propre mouvement, l’Union démocratique et sociale (UDS), revient depuis quelques semaines dans le paysage politique. Connu pour ses positions sans compromis, a récemment quitté avec colère une réunion de l’opposition.  « Je le trouve honnête et travailleur. Il semble aimer le pays et vouloir le développer, et en plus, il est jeune ! », reconnaît Mohammed.

Alors que le pays s’apprête à vivre ce 22 mars un cinquième vendredi de contestation contre le système politique en place, les Algériens caressent l’espoir d’être dirigés par de nouvelles personnalités politiques. Itnahaou gah (qu’on les enlève tous), a-t-on pu lire sur des pancartes brandies par les manifestants durant les précédentes mobilisations. Mais par qui les Algériens souhaiteraient-ils remplacer l’équipe actuelle ?

« Un homme jeune pour comprendre les jeunes »

Adossé au mur, face à la terrasse d’un café du centre commercial, Anis 20 ans, serveur, profite d’un court moment d’accalmie. « Personne ne m’emballe vraiment » regrette-t-il. « Il faudrait un homme jeune pour comprendre les jeunes. Pourquoi pas Nekkaz ? ». Il arbore un large sourire en prononçant son nom, amusé par le personnage. « Au-delà de ses clowneries, je trouve qu’il nous comprend et j’avoue avoir été séduit par son envie de supprimer le ministère des anciens Moudjahidine ».

L’homme d’affaires de 47 ans, président du Mouvement pour la jeunesse et le changement propose effectivement de transférer le budget de ce ministère qui s’élève à 246 milliards de dinars (presque 2 milliards d’euros) vers le ministère de la Solidarité et de la Famille (70 milliards dinars aujourd’hui, soit 520 millions d’euros). 

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Nadine, 19 ans, étudiante, venue déjeuner avec deux amies, depuis le campus à proximité, rejoint Anis. « Il a su s’adapter au peuple Algérien. Il comprend notre humour et notre sarcasme ». Pourtant, elle ne le voit pas diriger le pays. « Il est rusé mais trop… extravagant ? ».  

Armé de son téléphone portable, l’homme s’est fait connaître de la jeunesse grâce à une présence agressive sur les réseaux sociaux et à de nombreux coups médiatiques. Alors qu’il tente de se rendre au Conseil constitutionnel pour déposer sa candidature, il filme son interpellation par la police lors d’un Facebook live, suivi par plus de 60 000 internautes. Il parvient à déposer sa candidature, aussitôt rejetée. Celui qu’on surnomme le « Robin des Bois de la politique algérienne » présente son cousin au Conseil constitutionnel, son parfait homonyme, espérant ainsi contourner les règles électorales algériennes, en vain. Ce tour de passe-passe déçoit ses détracteurs. « J’ai arrêté de le suivre », confie Anis.

Dans le centre d’Alger, square Port Saïd, Imane, 26 ans, lunettes rondes métallisées vissées sur le nez, Dr. Martens aux pieds, carnet à la main, attend son tour pour prendre la parole. Elle participe à un rassemblement citoyen en face du Théâtre national Algérien. 

Une jeune femme lit un poème, face au regard médusé des passants. « Tous les candidats qui sont sur le devant de la scène sont populistes », déplore Imane. Elle estime qu’il faut un changement profond, notamment de la façon de penser des Algériens. « Depuis 1962, nous héroïsons tous nos dirigeants. Nous l’avons fait avec Ben Bella, Boumediene et même avec Bouteflika. Il faut que ça cesse. »

« Les seuls qui ont un projet sociétal pour le moment, que l’on aime l’idée ou pas, ce sont les islamistes »

- Hamid

Sarah, une militante de 36 ans, écoute avec attention les interventions des citoyens qui osent se lancer dans l’agora, assise sur une feuille de journal sur les marches du théâtre. 

« Les Algériens sont à la recherche d’une personne intègre en réaction au clan Bouteflika mais je pense que n’importe quelle personne intègre devient pourrie dans un système pourri », analyse la militante. 

Elle souhaite que des organes de contrôle ainsi qu’une vraie séparation des pouvoirs voient le jour. « Le président a des prérogatives dans trois domaines : législatif, exécutif et judiciaire. C’est beaucoup trop ». Sarah rêve de voir une véritable société civile émerger « car c’est une source de contrôle indispensable dans les démocraties modernes ». 

« Le dégagisme crée un vide politique dangereux »

S’il fallait citer un nom, ce serait Zoubida Assoul « parce que c’est une femme et qu’elle a le charisme et les épaules ». Première femme nommée cadre supérieure au ministère de la Justice dans les années 1980, Assoul participa au Conseil national de transition après le départ de Chadli Bendjedid de 1994 à 1997.

Présidente d’un petit parti, l’Union pour le changement et le progrès (UCP), elle se lança d’abord dans la présidentielle en tant que porte-parole du mouvement d’opposition Mouwatana avant de rejoindre l’ex-général à la retraite Ali Ghediri. Celle qui affirme n’aimer être soumise qu’à sa conscience et à la loi est plébiscitée par de nombreux Algériens pour sa poigne et ses convictions. 

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Un peu plus loin dans un café, Islam et Hamid, deux trentenaires débattent avec passion, sur fond de musique malienne. « Je ne cherche pas un Superman ! », lance Hamid. « Oui », acquiesce Islam, « nous devons être dirigés par un collectif, ça ne peut pas être une personne, au moins, le temps de la transition ». 

Islam imagine un comité chargé de la transition avec Karim Tabbou, Mustapha Bouchachi (ex-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme et ex-député FFS), Amira Bouraoui (figure de Barakat !, le mouvement qui s’opposa au quatrième mandat en 2014), Soufiane Djilali (président de Jil Jadid et coordinateur de Mouwatana), Abdelmajdid Tebboune (ex-Premier ministre qui avait déclaré la guerre aux forces de l’argent) et Zoubida Assoul.

 « Il y a une rupture de confiance entre le peuple et le gouvernement. Eux sont des militants de la première heure qui ont montré une maturité politique et une intégrité. Ils inspireront confiance au peuple. Ils sont aptes à gouverner en temps de crise ».

Pour Hamid, le temps est venu de devenir sage. « Le dégagisme crée un vide politique dangereux ». Il souhaite un changement progressif et espère voir de nouveaux visages sortir du lot, pendant cette période de communion.

Selon le trentenaire, « la question n’est pas de savoir quel homme mais quelle équipe ». Une équipe avec des compétences et une feuille de route claire. « Car les seuls qui ont un projet sociétal pour le moment, que l’on aime l’idée ou pas, ce sont les islamistes. » 

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