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L’Algérie n’en finit plus d’alimenter les Panama Papers

Le fils de l'ex-PDG du géant pétrolier algérien, un ex-candidat à la présidentielle et le chef du patronat : en trois jours, trois nouvelles personnalités algériennes ont été citées dans des articles liés aux Panama Papers
Ali Haddad, à la tête du patronat algérien et du premier groupe privé de travaux publics, que l'on dit proche de Saïd Bouteflika, le frère du président, serait bénéficiaire d'une compagnie immatriculée aux îles Vierges britanniques (Facebook)
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Après l’ex-ministre de l’Industrie Abdesselam Bouchouareb, le neveu de l’ex-ministre des Affaires étrangère Farid Bedjaoui, le fils de l’ancien président de la République Tewfik Bendjedid, le capitaine d’industrie Isaad Rebrab, Rym Sellal, la fille du Premier ministre, ou encore le producteur de lait en sachet Zoubir Bererhi, trois nouveaux Algériens apparaissent dans les fichiers des Panama Papers provenant des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore.

Selon les révélations publiées dans Le Monde Afrique, il s’agit de Mohamed Reda Meziane, le fils de l’ex-PDG de Sonatrach, le géant pétrolier algérien, Ali Benouari, l’ex-ministre du Trésor et ex-candidat à la présidentielle en 2014 et Ali Haddad, le chef du patronat algérien.

Dans le cadre de l’affaire appelée « Sonatrach I », vaste scandale politico-financier aux ramifications internationales, Mohamed Reda Meziane avait été condamné à six ans de prison ferme et à une amende de 16 700 euros pour corruption et blanchiment d’argent, mais, « l’instruction n’était pas parvenue à recenser l’ensemble des biens et de l’argent présumés mal acquis par les inculpés. Or, d’après des documents obtenus dans le cadre du projet Panama Papers, il apparaît que Mohamed Reda Meziane a pu cacher au moins un compte en Suisse à la police judiciaire et aux magistrats instructeurs », peut-on lire sur le site le 14 mai.

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Lors de son audition par le juge d’instruction, Mohamed Reda Meziane avait déclaré qu’il disposait, à Paris, de trois comptes dans trois banques différentes (Barclays, Crédit lyonnais et Crédit agricole) et qu’il avait cédé son appartement parisien à ses deux enfants nés d’un premier mariage avec une Française. Mais d’après les documents obtenus « il avait ouvert un autre compte, dans une agence genevoise de Crédit suisse cette fois-ci, par le biais de la société fiduciaire Junod, Muhlstein, Lévy & Puder [JMLP] ».

Le lendemain de ces révélations, d’autres suivent, cette fois sur Ali Benouari, autre personnalité bien connue des Algériens même si depuis 1992, il poursuit ses activités à Genève.   

Ali Benouari, ancien candidat à la présidentielle de 2014, qui avait fait de la lutte contre la corruption un des points forts de son programme, aurait caché la vente d'actions via une société offshore (Facebook)

Les documents obtenus dans le cadre du projet des Panama Papiers mené par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) avec plus de 100 rédactions montrent qu’en janvier 2000, Ali Benouari, ancien ministre algérien délégué au Trésor, « a recouru aux services du cabinet panaméen Mossack Fonseca pour créer une compagnie offshore, Beroll Group SA, enregistrée aux îles Vierges britanniques », souline Le Monde Afrique. « Une compagnie dissoute un an et demi plus tard, le 31 octobre 2001, et destinée à servir de paravent à la cession, au profit de Khalifa Bank, des actions qu’il détenait dans le capital de Société générale Algérie (SGA), la filiale locale du groupe français Société générale. Ali Benouari ne voulait pas que cela se sache. »

Sur sa page Facebook, Ali Benouari a accusé ces révélations d’être « cousues de fil blanc ». « Contre-vérités et mensonges sont sciemment assemblés pour donner l'impression que le grand pourfendeur de la corruption que je suis n'est, au fond, pas très différent de ceux qu'il ne cesse de dénoncer. Tous pourris, en somme, semble être le message subliminal véhiculé par cette attaque inédite. » Il a également annoncé qu’il comptait déposer plainte pour diffamation contre Le Monde.

Enfin, ce mardi 16 mai, c’est Ali Haddad, 52 ans, patron du Forum des chefs d’entreprise, le patronat algérien, à la tête du premier groupe privé de travaux publics, qui est à son tour cité dans les Panama Papers.

« Selon les documents et courriels obtenus par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et le Consortium international des journalistes d’investigation, Ali Haddad apparaît comme le bénéficiaire économique d’une compagnie enregistrée par Mossack Fonseca en novembre 2004 aux îles Vierges britanniques », affirme Le Monde Afrique. « KOGC dispose d’un compte ouvert dans une agence de la banque HSBC située dans le luxueux quartier de Knightsbridge, dans le centre de Londres. Spécialisée, selon ses statuts, dans les investissements immobiliers, KOGC est elle-même, depuis janvier 2005, l’administratrice d’une autre compagnie offshore, panaméenne. »