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Le monde arabe enfin présenté sous un jour meilleur dans un film hollywoodien

Un nouveau film hollywoodien échappe au « syndrome des trois B » qui consiste à présenter les Arabes comme des millionnaires, des kamikazes ou des danseuses du ventre
Capture d’écran de la bande annonce du nouveau film « Le Prophète », tiré du livre éponyme écrit par le célèbre auteur libanais Khalil Gibran

NEW YORK – Les Américains d'origine arabe protestent depuis longtemps contre la manière dont Hollywood représente le Moyen-Orient et ses habitants.

Cette tendance a semblé s'inverser cette semaine grâce à l'actrice Salma Hayek-Pinault, à son grand-père libanais et à un recueil mystique de poésies, de prose et de paraboles des années 1920 intitulé Le Prophète.

Une version animée de ce texte rédigé par le poète libano-américain Khalil Gibran sera projetée dès vendredi dans les salles de cinéma aux États-Unis et ailleurs.

Le film d'animation, d'une durée de 84 minutes, a été accueilli favorablement et a reçu des éloges inhabituels de la part de l'Institut arabo-américain (AAI), qui se limite généralement aux questions politiques majeures, pour sa portée culturelle.

La directrice de l'institut, Maya Berry, a indiqué à MEE que « Le Prophète offre aux spectateurs un aperçu des contributions apportées à la culture et à la société américaines par Khalil Gibran et d'autres Américains d'origine arabe ».

« En célébrant cette œuvre, nous avons l'opportunité de partager notre héritage avec un public plus large encore. »

Les antécédents d'Hollywood en ce qui concerne la représentation du Moyen-Orient sur grand écran sont largement vus comme insatisfaisants.

Les critiques estiment que les studios cinématographiques de Los Angeles présentent trop souvent les Arabes comme des millionnaires, des kamikazes ou des danseuses du ventre.

Mazin Qumsiyeh, responsable des relations publiques pour le Comité américano-arabe contre la discrimination (ADC), a contesté ce « syndrome des trois B » (en anglais, « billionaires, bombers and belly dancers ») dans son étude intitulée 100 Years of Anti-Arab and Anti-Muslim stereotyping.

Le réalisateur Sut Jhally a été tellement irrité par la représentation ignoble des cheiks et des kamikazes qu'il a réalisé en 2006 un documentaire intitulé Reel Bad Arabs: How Hollywood Vilifies a People, qui traite de ce sujet.

Parmi les exemples les plus frappants, on trouve des séries télévisées comme Homeland et 24 qui mettent en scène des espions occidentaux en lutte contre des militants violents originaires du Moyen-Orient.

Le Prophète, qui a déjà été projeté lors de festivals internationaux et dans des salles de cinéma au Liban et dans le Golfe, offre aux spectateurs une vision plus bienveillante du monde arabe.

Le film raconte l'histoire de Kamila (à qui Salma Hayek prête sa voix), qui travaille comme femme de ménage dans la maison d’un poète exilé, Mustafa (Liam Neeson), tout en élevant son espiègle fille, Almitra (Quvenzhané Wallis), dans un village du littoral méditerranéen.

Les aventures de ce trio et le retour forcé de Mustafa dans son pays évoquent les thèmes poétiques chers à Khalil Gibran que sont l'amour, le travail, la liberté et le mariage, accompagnés par des mélodies interprétées par le violoncelliste Yo-Yo Ma et d'autres musiciens.

Le film est divisé en deux chapitres mis en scène par des réalisateurs différents.

L'un d'entre eux est Mohammed Saeed Harib, créateur de Freej, une série animée en 3D diffusée aux Émirats arabes unis qui raconte l'histoire d'une bande de matriarches tapageuses et irrévérencieuses et qui a été comparée aux Simpsons.

Selon Haytham Nasr, le producteur libanais du film, Le Prophète n'a pas été réalisé pour des motifs politiques manifestes.

« Nous n'avons pas réalisé ce film pour montrer au monde une région remarquable qui a bien plus à offrir que ce que l'on voit dans 24 et Homeland », a-t-il déclaré à MEE.

« Pour moi, ça va plus loin. Il s'agissait de montrer l'œuvre et les réalisations de Khalil Gibran sur grand écran afin qu'une nouvelle génération de personnes soit exposée à ses écrits et à ses enseignements spirituels. »

Khalil Gibran, un catholique maronite ayant émigré aux États-Unis avec sa famille à l'âge de douze ans, est réputé pour sa ligne spirituelle tolérante qui est compatible avec le judaïsme, le christianisme, l'islam et la laïcité.

« De nos jours, avec des problèmes tels que l'État islamique, les gens ont des tas de croyances basées sur la religion », affirme Haytham Nasr.

« L'un des principes énoncés par Khalil Gibran était : "Pitié pour la nation où existent mille croyances mais aucune religion". »

L'édition du livre, publié en 1923, n'a jamais été interrompue. Il a été traduit dans plus de 50 langues et est devenu un élément incontournable du palmarès mondial. On estime qu'il a été vendu à des dizaines de millions d'exemplaires.

Bien qu'il ait été largement ignoré par les universitaires occidentaux, les intellectuels arabes s'émerveillent de l'ingéniosité de Khalil Gibran, et le livre peut se targuer de compter parmi ses fans des personnalités telles que les Beatles, Indira Gandhi ou encore John F. Kennedy, sans oublier des cohortes de hippies dans les années 1960.

Salma Hayek, qui figure également parmi les producteurs, a confié s'être intéressée au film en souvenir de son grand-père qui conservait le livre sur sa table de chevet.

« Grâce à ce livre, j'ai appris à connaître mon grand-père », a-t-elle indiqué à des journalistes à Beyrouth en avril.

« Grâce à ce livre, mon grand-père m'a enseigné les choses de la vie. Pour moi, ce film est une déclaration d'amour envers mon héritage. »

Salma Hayek reste fidèle à la région. Dans son prochain thriller, intitulé Septembers of Shiraz, où elle partage l'affiche avec Adrian Brody, elle incarne la matriarche d'une famille qui s'effondre au lendemain de la révolution islamique d'Iran en 1979.

Alors que le prophète est très aimé, il se prête difficilement à une représentation sur grand écran.

« L'une des raisons qui nous a poussés à opter pour un film d'animation est que l'adaptation du script en un long-métrage avec des acteurs aurait été extrêmement difficile », a indiqué Haytham Nasr.

« Dans un film d'animation, vous pouvez faire entrer ou sortir les personnages de différents univers tandis que les mots défilent à l'arrière-plan, ce qui les rend beaucoup plus puissants. »

Le réalisateur principal, Roger Allers, qui a débuté sa carrière de réalisateur avec Le Roi lion, a été inspiré par l'interprétation de la « poésie et [de la] vision » offertes par le livre, comme il l'a affirmé dans une déclaration transmise par e-mail à MEE.

« Mon rôle a été d'étoffer l'histoire du court récit de Khalil Gibran et d'adapter ses chapitres poétiques pour les y intégrer », a-t-il déclaré.

« Je l'ai fait avec tout le respect dû à la philosophie de Khalil Gibran et à son désir d'unifier des peuples de confessions et de cultures différentes. »

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.