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Les promesses israéliennes d’annexer la vallée du Jourdain menacent l’accord de paix avec Amman

Les déclarations de Benyamin Netanyahou et Benny Gantz sur l’annexion de la vallée du Jourdain et l’annonce imminente du plan de Trump pour la question palestinienne accentuent la pression sur le roi Abdallah
Une pancarte indique « Le gaz de l’ennemi est une occupation » lors d’une manifestation en Jordanie contre l’accord énergétique du royaume avec Israël (Twitter)
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AMMAN, Jordanie

Des centaines de Jordaniens ont organisé des manifestations devant les bureaux de la société nationale d’électricité à Amman ce mois-ci pour protester contre l’importation de gaz israélien dans le pays, qui a commencé début janvier.

Les manifestations contre le gouvernement et Israël ont été attisées par les déclarations des dirigeants israéliens annonçant qu’ils allaient annexer la vallée du Jourdain – territoire palestinien occupé – après les élections de mars en Israël.

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La semaine dernière, Benny Gantz, dirigeant du parti d’opposition Bleu Blanc, a fait écho à la promesse du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou d’annexer la région s’il était porté au pouvoir.

La zone visée relie les montagnes de l’est de la Cisjordanie occupée et la mer de Galilée au nord à la mer Morte dans le sud.

Elle fait 2 400 km² et représente 30 % de la Cisjordanie occupée.

Des personnalités jordaniennes éminentes, dont des responsables religieux et de la jeunesse, ont participé aux manifestations de ce mois-ci, durant lesquelles étaient brandies des pancartes aux slogans hostiles à l’occupation israélienne, tels que : « Ensemble contre l’accord gazier avec l’occupation », « L’accord gazier est une occupation », « Le gaz de l’ennemi est une occupation » ou encore « À bas les tentatives d’éradiquer la cause palestinienne ».

« Accord du siècle »

Certains manifestants ont appelé le gouvernement non seulement à annuler l’accord gazier mais également le traité de paix entre la Jordanie et Israël. 

Ce traité a été signé en octobre 1994 par les Premiers ministres israélien et jordanien avec le soutien du défunt roi Hussein de Jordanie.

Le roi Abdallah II, le fils de Hussein, a déclaré à la chancelière allemande Angela Merkel en septembre que « les projets de Netanyahou d’annexer la vallée ne créeront pas l’environnement politique approprié pour une solution et transformeront une chance de solution de paix en catastrophe ».

La situation, et la réaction de la Jordanie à une quelconque annexion, revêt un caractère plus pressant encore avec l’« accord du siècle » du président américain Donald Trump, – déjà rejeté par les Palestiniens –, qui devrait être dévoilé ce mardi.

Le roi Abdallah a publié une brève déclaration dimanche rejetant l’accord proposé par les Américains : « Notre position est de notoriété publique : non, c’est clair pour tout le monde. »

Ticket gagnant

Interrogé par MEE quant à savoir si la Jordanie envisageait sérieusement de suspendre le traité de paix si Israël annexait effectivement la vallée du Jourdain, un ancien porte-parole du gouvernement, Mohammad Momani, a déclaré : « Je m’attends à la suspension de certains secteurs de coopération énoncés dans le traité de paix. Le plan prévu par Trump affectera cette coopération. »

« L’annexion de la vallée signifie confisquer des territoires occupés qui appartiennent aux Palestiniens au regard du droit international. C’est la région réservée pour leur État. L’annexion fera donc obstacle à la création d’un État palestinien indépendant, lequel est de la plus haute importance pour la Jordanie, car cela affectera les intérêts de la Jordanie dans les négociations pour une résolution définitive », a-t-il ajouté.

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La Jordanie s’accroche fermement au principe d’une solution à deux États, laquelle requiert la création d’un État palestinien indépendant basé sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

« La région de la vallée du Jourdain qui est visée rompra les liens naturels entre la Jordanie et les régions du gouvernement palestinien », a poursuivi Momani.

« Cela nuira à la Jordanie, et non seulement refusera aux Palestiniens leur État, mais refusera également aux réfugiés palestiniens la possibilité de retour. » 

Ayman Hunaiti, qui dirige le département hébreu à Petra – l’agence de presse officielle jordanienne –, croit que « les discussions sur l’annexion de la vallée du Jourdain sont un ticket gagnant en Israël pour remporter les suffrages aux élections à venir ».

« Les médias israéliens suggèrent différents scénarios relatifs à la façon dont cela affectera les relations entre la Jordanie et Israël », a-t-il déclaré à MEE. « Cependant, toutes ces éventualités ne conduiront pas à l’annulation du traité de paix… mais cela pourrait conduire à la suspension de ce traité. »

« Ce plan va encourager Israël »

Dans un communiqué jeudi, le ministère des Affaires étrangères jordanien a déclaré que l’annexion israélienne prévue allait « anéantir » les chances de paix. 

Ayman Safadi, le ministre des Affaires étrangères, a déclaré : « Ce plan va encourager Israël à poursuivre ses actions illégales qui visent à créer de nouvelles réalités sur le terrain, lesquelles anéantiront toute chance éventuelle d’une paix définitive que le peuple de la région acceptera ».

« Israël a déjà entrepris des actions graves, telles que le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem en 2017, en plus des importantes activités de colonisation, et la Jordanie s’est abstenue d’abroger le traité de paix de 1994 »

- Labib Kamhawi, analyste politique

Cependant, selon l’analyste politique Labib Kamhawi, la Jordanie n’envisage pas sérieusement de suspendre le traité de paix avec Israël et se contentera de discours de condamnation en cas d’annexion.

« Israël a déjà entrepris des actions graves, telles que le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem en 2017, en plus des importantes activités de colonisation, et la Jordanie s’est abstenue d’abroger le traité de paix de 1994 », a-t-il déclaré à MEE.

Pour Labib Kamhawi, l’annexion de la vallée du Jourdain devrait être une ligne rouge pour la Jordanie, mais le royaume « est désarmé à cet égard ».

Mentionnant l’accord gazier entre les deux nations, l’analyste a observé qu’« Israël ne s’inquiétait pas des répercussions de ses actions sur le traité de paix avec la Jordanie, [les dirigeants israéliens] ayant le sentiment que tous les Arabes sont dans la poche d’Israël et que la Jordanie est dans la poche la plus petite. »

Kamhawi a prévenu le roi Abdallah des conséquences découlant de cette annexion, estimant que cela allait « éloigner davantage les négociations entre Palestiniens et Israéliens ».

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.