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L'Espagne annule la vente de 400 bombes à guidage laser à l'Arabie saoudite

Le nouveau gouvernement espagnol de centre gauche a suspendu la vente de bombes à l'Arabie saoudite de crainte qu'elles soient utilisées pour des crimes de guerre au Yémen
Le prince héritier Mohammed ben Salmane et la ministre espagnole de la Défense à l'époque, María Dolores de Cospedal, en avril 2018 (AFP)

L'Espagne a annulé la vente de 400 bombes guidées par laser à l'Arabie saoudite par crainte de le voir utilisées contre des civils dans la guerre au Yémen, a déclaré hier le ministère espagnol de la Défense.

L'accord entre l'Espagne et l'Arabie saoudite a été signé en 2015 sous le gouvernement conservateur précédent.

Après la décision prise mardi, l'administration actuelle prévoit maintenant de rembourser 10,6 millions de dollars payés par l'Arabie saoudite dans le cadre de l'accord, selon Associated Press.

La décision de l'Espagne suit des décisions similaires prises par la Suède, l'Allemagne, la Finlande, la Norvège et la Belgique de suspendre la vente d'armes susceptibles d’être utilisées dans la guerre au Yémen.

Ce gel « montre que l’Europe n’a plus de patience face à la catastrophe humanitaire qui se déroule au Yémen » a déclaré Kristina Kausch, responsable de recherche au German Marshall Fund à Bruxelles.

L'accord a été signé par le gouvernement de Mariano Rajoy, évincé par un vote de censure parlementaire en juin et remplacé par un gouvernement de centre gauche.

Le nouveau gouvernement, dirigé par le socialiste Pedro Sanchez, a promis de revoir tous les contrats de vente d'armes signés sous le gouvernement conservateur précédent.  

« Ce changement de cap de l’Espagne est d'autant plus significatif que, sous les gouvernements conservateurs successifs, l'Espagne a été l'un des plus proches alliés de Riyad dans l'Union européenne, comme en témoigne la dernière visite de Mohammed ben Salman à Madrid en avril dernier »

- Kristina Kausch, responsable de recherche au German Marshall Fund à Bruxelles

« Ce changement de cap de l’Espagne est d'autant plus significatif que, sous les gouvernements conservateurs successifs, l'Espagne a été l'un des plus proches alliés de Riyad dans l'Union européenne, comme en témoigne la dernière visite de Mohammed ben Salman à Madrid en avril dernier » a déclaré Kausch dans un mail à Middle East Eye.

En avril, l'Espagne a signé un accord de vente de navires de guerre de 2,2 milliards de dollars avec l'Arabie saoudite.

Des groupes de défense des droits de l'homme ont critiqué l'Espagne pour ses ventes d'armes à l'Arabie saoudite dans le contexte de la guerre menée  par les Saoudiens contre le Yémen.

La société civile espagnole a également mené une campagne intensive contre les ventes d'armes à la coalition saoudienne, notamment en raison du nombre élevé de victimes civiles depuis le début de la guerre.

Les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays européens, dont l'Espagne, ont fourni un soutien militaire et des services de renseignement à la guerre du Yémen, menée par les Saoudiens en 2015 pour rétablir le gouvernement du président Abdrabbo Mansour Hadi, évincé cette année par les rebelles houthis soutenus par les Iraniens.

À LIRE ► MBS à Paris : l'ombre des crimes de guerre au Yémen

« Il existe de nombreuses preuves que les flux d’armes incontrôlés vers la coalition dirigée par l'Arabie saoudite ont causé d'énormes dommages aux civils yéménites. Mais cela n'a pas empêché les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres États, dont la France, l'Espagne et l'Italie, de continuer à transférer de telles armes pour des milliards de dollars », a déclaré Amnesty International.

Le 23 août, une frappe saoudienne a tué 27 civils, pour la plupart des enfants, fuyant la guerre dans la ville assiégée de Hodeida. En août, une bombe fournie par les États-Unis et utilisée par l'Arabie saoudite a tuéau moins 40 enfants yéménites dans un autobus scolaire.

La semaine dernière, un groupe d'experts des Nations unies a accusé les forces saoudiennes et émiraties d'avoir commis des crimes de guerre au Yémen.

Le Groupe d'experts éminents (GEE) sur le Yémen, créé en 2017 par le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a conclu dans un rapport que les membres des gouvernements du Yémen, de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pouvaient être poursuivis pour des actes qui constituent des crimes internationaux « sous réserve d'un jugement par un tribunal indépendant et compétent ».

Traduit de l'anglais (original).