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Libye : les États-Unis lancent les premières frappes aériennes contre l’État islamique à Syrte

Le Premier ministre libyen affirme que des attaques, confirmées par les États-Unis, ont occasionné « de lourdes pertes » pour les combattants de l’État islamique
Des manifestants libyens à Benghazi demandent aux forces militaires de reprendre Syrte à l’État islamique sans intervention étrangère, le 6 mai 2016 (AFP)

L’armée américaine a procédé lundi à des frappes aériennes en Libye suite à une requête gouvernementale formulée pour cibler le groupe État islamique, affirme le Pentagone.

Les frappes ont visé des positions dans la ville portuaire de Syrte, un bastion de l’État islamique, et provoqué « de lourdes pertes », a déclaré Fayez el-Sarraj, le Premier ministre du Gouvernement d’entente nationale (GEN) soutenu par l’ONU.

« À la demande du Gouvernement d’entente nationale libyen, l’armée américaine a procédé à des frappes aériennes de précision contre des cibles de l’EIIL à Syrte, en Libye, pour soutenir la force affiliée au GEN », a déclaré lundi Peter Cook, porte-parole du Pentagone.

Une frappe a détruit un char de l’État islamique qui visait des civils tandis qu’une seconde frappe a touché deux véhicules de l’État islamique qui « constituaient une menace » pour les forces locales, a expliqué Cook.

Les frappes américaines à Syrte « se poursuivront », a-t-il ajouté.

Le président Barack Obama a autorisé les bombardements à la suite de recommandations de hauts responsables du Pentagone. Les frappes sont « compatibles avec notre approche de la lutte contre l’État islamique consistant à travailler avec des forces locales compétentes et motivées », a déclaré Cook.

« Les États-Unis sont aux côtés de la communauté internationale pour soutenir le GEN dans le cadre d’efforts visant à rétablir la stabilité et la sécurité en Libye », a-t-il annoncé.

« Les premières frappes aériennes américaines contre des positions précises de l’organisation Daech [État islamique] ont été réalisées aujourd’hui, causant de lourdes pertes », a déclaré al-Sarraj dans un discours télévisé.

Ce dernier a souligné que les frappes américaines ont été menées en coordination avec le centre de commandement militaire des forces pro-GEN et qu’il n’y aurait pas de troupes étrangères déployées en Libye.

« Cela a permis à nos forces sur le terrain de prendre le contrôle de positions stratégiques », a-t-il affirmé, ajoutant que la participation américaine « [serait] limitée dans le temps et n’irait pas au-delà de Syrte et de sa banlieue ».

L’Italie, qui a soutenu l’offensive contre l’État islamique à Syrte en fournissant des soins médicaux aux membres des forces du GEN grièvement blessés, a salué les frappes américaines.

« Ces frappes ont eu lieu à la demande du Gouvernement d’entente nationale, en soutien aux forces fidèles au gouvernement, avec l’objectif commun de contribuer au rétablissement de la paix et de la sécurité en Libye », a affirmé le ministère italien des Affaires étrangères.

L’Italie a proposé de diriger une force internationale de maintien de la paix en Libye si le gouvernement d’union naissant émettait la demande d’une telle intervention.

Le GEN, basé à Tripoli, a lancé en mai une opération visant à reprendre Syrte, bastion de l’État islamique et ville natale de l’ancien homme fort Mouammar Kadhafi, qui a été tué à l’issue d’un soulèvement soutenu par l’OTAN en 2011. Les militants ont pu prendre la ville en juin 2015 et y règnent depuis d’une main de fer.

Selon l’ONU, plus de 90 000 personnes ont quitté Syrte, soit deux tiers de la population de la ville, dont 35 000 dans les deux mois qui ont suivi le début d’une offensive libyenne visant à reprendre la ville.

« L’État islamique est arrivé et la fin de notre vie a commencé », a déclaré à Middle East Eye Fatima, qui a fui la ville la semaine dernière pour échapper à l’État islamique. « Ils ont pris possession de tous les aspects de notre vie. »

Certains éléments ont précédemment pointé vers un soutien des commandos britanniques à la Libye dans sa bataille contre l’État islamique à Syrte, à travers la participation à des combats et l’organisation d’attaques sur les lignes de front, mais aussi la gestion des services de renseignement et de surveillance depuis une base à Misrata, selon des soldats libyens.

Des enregistrements que Middle East Eye s’est procurés contenaient des preuves indiquant qu’une opération militaire internationale impliquant des forces britanniques, françaises et américaines coordonnait des frappes aériennes en soutien à un général renégat, Khalifa Haftar, qui lutte contre des milices islamistes depuis une base proche de Benghazi, dans l’est de la Libye, à environ 600 km de Syrte.

Haftar a refusé de reconnaître le GEN ; ainsi, si le soutien occidental pour son opération est fermement établi, la question pourrait s’avérer extrêmement problématique pour l’Occident.

Un recul de l’État islamique ?

La chute de Syrte, à 450 kilomètres à l’est de Tripoli, serait un coup majeur porté à l’État islamique, qui a également connu une série de revers en Syrie et en Irak.

La bataille pour Syrte a tué environ 280 combattants pro-gouvernementaux et blessé plus de 1 500 autres combattants, selon des sources médicales œuvrant au centre de commandement des forces du gouvernement d’union.

La progression du GEN a ralenti après une percée initiale étonnamment rapide survenue le 9 juin dans la ville.

La ville côtière est considérée comme l’un des secteurs d’opérations les plus importants hors de Syrie et d’Irak.

Entre 2 000 et 5 000 combattants originaires de Libye, de Tunisie, d’Algérie, d’Égypte, du Mali, du Maroc et de Mauritanie ont été déployés à Syrte, Tripoli et Derna, selon un rapport présenté le mois dernier par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon au Conseil de sécurité.

Les forces pro-GEN sont principalement composées de milices originaires de l’ouest de la Libye, créées lors de la révolte de 2011 qui a entraîné le renversement de Kadhafi.

Une milice mise en place pour protéger les principales installations pétrolières du pays a également progressé contre l’État islamique.

Le GEN est le résultat d’un accord de partage du pouvoir négocié par l’ONU et conclu en décembre ; toutefois, celui-ci doit encore être approuvé par le Parlement libyen élu, basé à l’extrême est du pays.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.