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Maroc : le père de Nasser Zefzafi lance un message à son fils

Mardi soir, le père de Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans le Rif, s’est exprimé en soutien à son fils et aux autres militants arrêtés
Le père de Nasser Zefzafi le mardi 30 mai lors des manifestations à Al Hoceima (capture d'écran)
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« Je suis là pour délivrer un message à Nasser Zefzafi et à tous ceux qui ont été kidnappés. Je suis venu vous dire que vos frères dans le Rif, dans d’autres villes du Maroc et même en Europe sont tous avec vous. »

Deux jours après l’arrestation de Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans le Rif, alors que la mobilisation ne faiblit pas – des milliers de manifestants ont défié les autorités dans la nuit de mardi à mercredi à Al Hoceima pour demander sa libération – son père a pris publiquement la parole.

Dans une vidéo diffusée par Rifivision, on le voit remercier les gens qui manifestent en solidarité avec cette région du nord du Maroc, secouée depuis sept mois par un mouvement de protestation.

Ce mouvement, appelé hirak (mouvance), qui avait commencé avec la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson écrasé par une benne à ordures, a, au fil des mois, évolué en revendications socio-économiques puis politiques.

« Je suis venu pour m’assurer que le hirak continue »

-Le père de Nasser Zefzafi

« Je suis venu pour m’assurer que le hirak continue », a déclaré le père de Zefzafi au milieu des manifestants.

Aux cris de « Nous sommes tous Zefzafi », « Dignité pour le Rif », « État corrompu »... les protestataires ont une nouvelle fois envahi les rues proches du centre-ville après la rupture du jeûne du Ramadan. Ils étaient plus nombreux que la veille à descendre dans le quartier Sidi Abed, où les forces anti-émeute, casquées et prêtes à intervenir, avaient pris position en grand nombre. Après un face-à-face tendu, les policiers se sont finalement retirés du quartier, tandis que les manifestants répétaient en boucle : « Pacifique ! », affirmant ainsi leur volonté d'éviter tout incident.

Procès reporté au 6 juin

Le père de Nasser Zefzafi a d’ailleurs insisté sur l’aspect « pacifique » des manifestations en répétant plusieurs fois le qualificatif.

« Je suis fier de mon fils, il a agi en homme », a déclaré à la presse la mère de Zefzafi, présente sur les lieux au côté de son père, en pleurs. « Il n'a rien fait d'autre que de manifester pacifiquement pour des revendications légitimes », a-t-elle commenté.

Nasser Zefzafi a été interpellé lundi matin par la police pour « atteinte à la sécurité intérieure » (Reuters)

Son père a ajouté : « Je demande à l’État d’annuler tout ce qui concerne les personnes arrêtées, et kidnappées, les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion ».

Mardi soir, à Rabat, un sit-in d'environ 200 personnes devant le parlement a été violemment dispersé par les policiers, qui ont chargé au moment même où il commençait. Même scénario à Casablanca, à proximité de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), où Zefzafi a été transféré.

Vidéo d'une manifestation à Rabat, où une femme hurle « Vive le roi ! » pendant que les participants lui répondent « Vive le peuple ! »

La police a procédé depuis vendredi à une quarantaine d'arrestations, visant essentiellement le noyau dur du hirak, selon un dernier décompte officiel.

Vingt-cinq d'entre elles ont été déférées devant le parquet. Leur procès s'est ouvert mardi mais a été reporté au 6 juin, à la demande de leurs avocats qui se sont par ailleurs inquiétés de « mauvais traitements » pendant leur détention.

Sept suspects ont été remis en liberté provisoire en attendant leur procès. Sept autres ont été libérés sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux.