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Maroc : une vidéo de Nasser Zefzafi montrant les coups qu'il a reçus crée la polémique

La justice marocaine a ordonné une enquête après la diffusion d'une vidéo controversée du leader du hirak, manifestement filmée en détention
Nasser Zefzafi est emprisonné depuis fin mai, comme plus de 150 personnes appartenant au hirak (la mouvance), nom donné au mouvement de contestation dans le Rif (Reuters)

RABAT – Sur les réseaux sociaux, les Marocains sont scandalisés. Lundi 10 juillet, le site d'information Barlamane.com, proche de certaines sources sécuritaires, a diffusé une vidéo censée prouver que Nasser Zefzafi n'a pas été maltraité durant sa détention, comme l'affirment aussi bien ses avocats que le Conseil national des droits de l'homme (CNDH), instance officielle marocaine chargée des droits humains au Maroc.

La vidéo, qui n'est pas datée, montre Nasser Zefzafi soulevant sa djellaba et montrant ses bras, ses jambes, son dos et sa poitrine pour prouver qu' « il n'a pas subi de torture », selon le titre de la vidéo. Problème : des blessures et des bleus sont bien visibles sur le corps du leader du hirak. 

Diffusée peu de temps avant la comparution de Nasser Zefzafi devant le juge d’instruction de la Cour d’appel de Casablanca, la vidéo a rapidement été retirée par le site d'information Barlamane.com, au regard de la polémique qu'elle a suscité. Mais d'autres Youtubeurs l'ont mise en ligne à leur tour.

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Abdessamad al-Idrissi, avocat affilié au Parti de la justice et du développement (PJD) et président du Forum pour la dignité, une association proche du parti islamiste, va jusqu'à parler d'une « mise en scène rappelant Abou Ghraib ».

Le ministre des droits de l'homme Mustapha Ramid a pour sa part publié un post Facebook ce mardi 11 juillet où il estime que la diffusion de la vidéo est une « humiliation préméditée d'un citoyen » ainsi qu'une atteinte la dignité humaine. Et de révéler que le ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit a « exprimé sa colère » dès qu'il a, à son tour, visionné la vidéo.

La Délégation générale des prisons (DGAPR) a émis un communiqué pour démentir les informations selon lesquelles la prison aurait été tournée dans leurs locaux.

« La vidéo diffusée de Nasser Zefzafi, détenu sur fond des événements d’Al Hoceima à la prison locale Ain Sebaa 1, n’a pas été enregistrée dans cet établissement pénitentiaire ». Une manière de jeter la balle dans le camp de la police qui, pour sa part, n'a pas encore réagi. »Depuis sa mise en détention à la prison concernée », le prisonnier « n'a jamais porté la tenue avec laquelle il apparaît dans la vidéo », ajoute la direction générale des prisons.

Le procureur du roi a, de son côté, décidé l’ouverture d’une enquête « pour élucider les circonstances de l’enregistrement de cette vidéo et la finalité de sa publication, afin de prendre les mesures légales nécessaires à la lumière des résultats de l’enquête », a indiqué la Cour d’appel de Casablanca dans un communiqué.

Nasser Zefzafi a été entendu lundi par un juge d'instruction à Casablanca, étape préalable à son procès dont la date n'a pas encore été fixée. Le leader de la contestation du Rif fait face à de lourdes charges, notamment « atteinte à la sécurité intérieure ».