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Nouvelle peur sur l’Europe : le repli des combattants armés de l’EI

Depuis un an, les rapports se multiplient pour s’alarmer du retour des combattants de l’EI fuyant la Syrie et l’Irak vers leur pays d’origine

Un soldat français déployé dans le cadre du plan Vigipirate à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle, à Paris (AFP)
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Comparé au retour d’Afghanistan des combattants partis se battre en Algérie, au Yémen ou en Tchétchénie à partir de la fin des années 80, le repli des combattants du groupe État islamique (EI) alarme l’Europe.

Défaits en Syrie et en Irak, l'EI va probablement tenter de commettre de nouveaux attentats en Europe, prévient le dernier rapport d’Europol, l'agence de police de l'Union européenne (UE), selon laquelle des dizaines de combattants armés seraient déjà sur le sol européen et de nombreux autres susceptibles d'y venir.

Quelque 2 500 Européens pourraient lutter encore dans les rangs de Daech au Proche-Orient, estime le coordinateur antiterroriste de l'UE Gilles de Kerchove. Le haut fonctionnaire compare le retour de ces combattants à l'afflux de combattants chevronnés après le retrait soviétique d'Afghanistan en 1989.

Leurs atouts : une bonne connaissance des techniques de combat et de clandestinité, et des réseaux de solidarité rendant toute infiltration par les services de renseignement particulièrement difficile

« Ils pourraient essayer de revenir chez eux et nous ne voulons pas répéter l'erreur que nous avons faite à la fin des années 1980, quand les Russes ont quitté l'Afghanistan et que nous avons laissé ces moudjahidine dans la nature », argumente-t-il. 

Leurs atouts : une bonne connaissance des techniques de combat et de clandestinité, et des réseaux de solidarité rendant toute infiltration par les services de renseignement particulièrement difficile. 

Même si, nuance une source sécuritaire algérienne contactée par Middle East Eye, « le niveau d’entraînement des Afghans et des djihadistes de l’EI n’a rien de comparable – les premiers étant largement mieux formés. De plus, à la différences des années 80, l’EI est seul : il n’est pas soutenu comme l’étaient à l’époque les Afghans par des États, des services secrets, des associations islamistes etc… ». 

Un « hub » en Libye

Selon l’expert, il ne faudrait par ailleurs pas seulement envisager des attaques directes en Europe mais penser aussi à une déstabilisation du continent par un investissement de l’EI dans des pays fragilisés comme la Tunisie ou la Libye

Le rapport d’Europol n’a pas écarté l’hypothèse d’un « hub » en Libye, devenue depuis 2015 une destination prioritaire pour les combattants de l’EI : « Après la Syrie, la Libye pourrait devenir un tremplin pour l’EI, pour des attaques en Europe ou en Afrique du nord ».

Après six mois de combats acharnés, les forces libyennes sont en passe de reprendre Syrte, bastion de l'EI en Libye (AFP)

Il relève également que bien qu’assailli à Syrte, l’EI dispose toujours d’une base de pouvoir importante dans le pays où de larges stocks d’armes sont disponibles et où un nombre d’emplacement illimités permettent aux combattants de s’entraîner.

Les services de renseignements algériens, très préoccupés par la situation à leurs frontières, notent toutefois qu’entre 2015 et 2016, le nombre de combattants armés du groupe État islamique (EI) en Libye a beaucoup baissé selon un rapport sécuritaire algérien que MEE s’est procuré. En un an, il serait passé de 6 000 à 4 200 hommes.

« Le califat physique est en train de s'effondrer mais le califat virtuel est toujours là, ce qui permet à l'organisation de diriger des attaques », souligne Gille de Kerchove.

Europol dit s'attendre à ce que les combattants cherchent à importer en Europe les attentats à la voiture piégée et les enlèvements, communs en Syrie et en Irak

Dans un rapport consacré à la menace que fait peser l'EI sur l'UE, Europol souligne que le groupe peut recourir à de multiples formes d'attentats, qu'il s'agisse d'attaques simultanées comme celles qui ont ensanglanté Paris et Bruxelles ou d'initiatives de « loups solitaires ».

Mais l'agence de police européenne dit aussi s'attendre à ce que les combattants cherchent à importer en Europe les attentats à la voiture piégée et les enlèvements, communs en Syrie et en Irak.

Europol pense que l'EI va continuer à infiltrer les groupes de réfugiés syriens pour attiser les tensions au sein de l'UE, qui fragilisent déjà de nombreux gouvernements.

Gilles de Kerchove déclare pour sa part que les services de sécurité doivent être prêts à déjouer dans les années à venir des cyberattaques ou des attaques à l'arme biologique.

« Jusqu'à présent, les organisations terroristes n'ont pas utilisé internet comme une arme », constate le juriste, en mentionnant le risque de cyberattaques contre les centrales nucléaires, les barrages hydroélectriques, les réseaux électriques ou même les systèmes de contrôle du trafic aérien.

« Je n'exclus pas que nous soyons confrontés à cela avant cinq ans », prédit-il.

En poste depuis 2007, Gilles de Kerchove souligne cependant qu'au cours des deux dernières années, la coopération entre États membres en matière de renseignement a fait un bond en avant « impressionnant ».

« Nous avons pratiquement comblé la plupart des lacunes », assure-t-il.

Un quart des combattants de retour

Le renforcement des mesures de sécurité et de la coopération entre polices européennes a permis de déjouer un certain nombre de projets d'attentat ces deux dernières années, souligne quant à lui le directeur d'Europol, Rob Wainwright, tout en notant que « la menace reste élevée » et qu'elle ne pourra être efficacement repoussée que par « une coopération encore meilleure ».

En mars dernier, le Soufan Group, un think-tank américain, se disait déjà préoccupé par le nombre de combattants déjà rentrés de Syrie et d’Irak dans leur pays d’origine : à l’époque, 300 en Grande-Bretagne, 250 en France, une cinquantaine au Danemark. 

Selon une étude reprise par Die Welt, 48 % des combattants rentrés sont restés fidèles à leur « environnement extrémiste ou salafiste »

La semaine dernière, le quotidien allemand Die Welt évoquait une étude selon laquelle sur les 784 individus de 13 à 62 ans partis en Syrie et en Irak, 274 étaient rentrés et que 48 % d'entre eux sont restés fidèles à leur « environnement extrémiste ou salafiste », celui-là même qui a contribué à les radicaliser. Toujours selon l’étude, 8 % seraient donc rentrés pour « faire une pause », autrement dit, envisageraient de repartir et 10 % seraient « déçus » par l'idéologie de l’EI.

Les services de renseignement européens, très critiqués après les attaques de Paris et de Bruxelles, doivent davantage coopérer, selon Europol (AFP)

Cette année, la CIA avait aussi rendu un rapport pour avertir que des milliers de terroristes « étrangers » de Daech mais aussi de l'ex-Front al-Nosra s'apprêtaient à quitter la Syrie et l'Irak pour projeter le « combat » dans leur propre pays à travers le monde.

Sur les quelque 7 000 à 8 000 Occidentaux partis rejoindre les rangs d’Abou Bakr al-Baghdadi, un quart serait mort, la moitié y serait encore et le dernier quart serait de retour. 

En France, un nouveau plan Vigipirate, révisé à la suite des attentats qui ont frappé le pays depuis janvier 2015, est entré en vigueur jeudi dernier avec un nouvel éventail des risques terroristes en trois niveaux au lieu de deux. Au terme d'un Conseil de féfense réuni mercredi à l'Elysée, le président François Hollande a passé des consignes de vigilance à l'occasion des rassemblements et festivités de fin d'année.

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