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Polémique autour d’un futur complexe touristique saoudien où les femmes pourraient porter un bikini

La monarchie wahhabite cherche à attirer les touristes internationaux. Un nouveau secteur lucratif pour diversifier des revenus trop dépendants du pétrole
Des enfants font voler des cerfs-volants sur une plage de la mer Rouge à Djeddah, en Arabie saoudite (AFP)

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a proposé des plans pour un nouveau complexe touristique de luxe sur la mer Rouge, dans lequel des lois spéciales autoriseront les femmes à porter des bikinis – alors que les exigences requises en temps normal par le royaume en matière vestimentaire sont très strictes.

Sur les réseaux sociaux, cette décision a été rapidement critiquée, les utilisateurs affirmant que l’Arabie saoudite devrait s’intéresser davantage à assurer des droits aux femmes au lieu d’autoriser telle ou telle tenue de bain.

Certains considèrent que cette proposition est une insulte aux femmes, à qui des droits basiques devraient, pour commencer, être accordés, dont la liberté de mouvement et le droit de conduire.

Traduction : « The Times : un complexe touristique sur la côte saoudienne autorisera les bikinis. Que le seigneur de La Mecque, qui a appelé à se battre contre les Ottomans parce qu’ils avaient autorisé les non musulmans à ne pas porter le hijab, repose en paix »

Traduction : « Il y en a beaucoup qui portent des vêtements incroyablement chers sans prendre de douche ! La laïcité vient à l’esprit là où il y a de l’éducation, elle ne surgit pas de la piscine là où il y a un ‘’bikini’’ ! »

D’autres utilisateurs sur les réseaux sociaux évoquent l’ambassadeur émirati aux États-Unis, Yousef al-Oteiba, qui a laissé entendre que les Saoudiens soutenaient la laïcité au Moyen-Orient.

« Si vous demandez aux Émiratis, aux Saoudiens, aux Jordaniens, aux Égyptiens et aux Bahreïniens quel genre de Moyen-Orient ils voudraient voir dans dix ans, leur réponse serait désormais fondamentalement opposée à celle des Qataris », a déclaré Otaiba.

« Ce que nous aimerions voir, ce sont des gouvernements plus laïcs, plus stables, plus prospères, plus responsabilisés, plus forts. »

Traduction : « La décision d’autoriser les bikinis confirme qu’Otaiba ne parlait pas en l’air quand il disait que l’Arabie saoudite allait devenir laïque dans les dix prochaines années »

Après les Émirats arabes unis, la monarchie wahhabite cherche elle aussi à attirer les touristes internationaux. Un nouveau secteur lucratif pour diversifier des revenus trop dépendants du pétrole et relancer une croissance en peine, seulement 0,1 % pour 2017 selon les prévisions.

Le projet prévoit de construire une station balnéaire de luxe sur 34 000 km2. Elle s’étendra sur une cinquantaine d'îles de la mer Rouge de la côte nord-ouest du pays, soit une surface comparable à celle de la Belgique.

Entre les villes d’Amlaj et de al-Jawh, ce grand complexe devrait voir le jour en 2022 selon le calendrier annoncé. Les travaux devraient débuter au troisième semestre 2019 et seront financés par un fonds public présidé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, d’un montant de 183 milliards de dollars (155 milliards d’euros).

Une activité qui devrait créer 15 0000 emplois

Une partie de la somme devrait provenir de la vente prévue pour 2018 de 5 % des parts de la compagnie pétrolière nationale Aramco (Saudi Arabian Oil Company). Les investissements seront dans un deuxième temps ouverts à l’international pour ce projet qui envisage l’agrandissement d’un aéroport local, la construction d’hôtels de luxe mais aussi d’une réserve naturelle. Au total, une activité qui devrait créer 15 000 emplois selon ses promoteurs. 

Fin 2015, les cours du pétrole ont largement chuté au moment même où les dépenses publiques saoudiennes augmentaient pour financer la guerre au Yémen. Le prix du baril est passé en dessous des 50 dollars, soit un prix divisé par deux. 

L’Arabie saoudite dispose assez de réserves pour faire face cette conjoncture économique difficile compte tenu d’une dette publique très basse. L’enjeu pour le pays reste pourtant sa vulnérabilité face à cette situation. Plus de 75% des recettes de l’État proviennent des hydrocarbures. 

À LIRE : 2017 : la crise existentielle de l'Arabie saoudite

« Les investissements doivent devenir la première source de revenu du gouvernement saoudien », a déclaré en 2016 le jeune prince héritier au moment du lancement du grand plan de réformes « Vision 2030 ». Réduire une dépendance maladive vis-à-vis du pétrole et diversifier l’économie sont les deux objectifs de ce programme pour l’avenir chapeauté par Mohammed ben Salmane.

Le projet du complexe touristique fait partie intégrante de cette stratégie. Le prince a annoncé que plus de la moitié des revenus des activités touristiques seraient réinvesties sur le marché intérieur pour développer des secteurs non pétroliers comme le loisir. 

Un statut de « semi-autonomie »

En dépit de ses plages vierges et de ses sites archéologiques, l’Arabie saoudite n’est pas une destination touristique. Jusqu’alors les seuls touristes admis sur le territoire saoudien étaient les pèlerins du Hadj. Au contraire, le pays attend dans le nouveau complexe de nombreux vacanciers qui seront exemptés de visa.

Ce hub touristique devrait également bénéficier d’un statut de « semi-autonomie » selon le site internet qui en fait la promotion. Un moyen de détourner une réglementation stricte qui prohibe toute consommation d’alcool et impose des normes vestimentaires peu attirantes pour les touristes internationaux. 

Les lois sur les femmes sont parmi les plus répressives au monde. L’Arabie saoudite est le seul pays dans lequel les femmes ne sont pas autorisées à conduire, ni à voyager sans la permission d’un parent masculin. Elles doivent être vêtues d’une abaya, sorte de longue robe couvrant le corps entier, ce qui peut rendre les touristes réticents à visiter le pays, en particulier à se rendre sur ses plages. Elles doivent également se couvrir les cheveux quand elles sont à l’extérieur.

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Le gouvernement a indiqué par ailleurs que le complexe touristique prévu sur la mer Rouge serait « régi par des lois égales aux standards internationaux ». Un communiqué du gouvernement a précisé que le complexe serait « un environnement extrêmement sûr, à même d’assurer la protection de tous les visiteurs, conformément à ce qui se fait de mieux en termes de pratiques internationales ».

La monarchie saoudienne planifie la création de centaines de lieux d’attractions et d’amusement à travers le pays d'ici 2020.  Le programme « Vision 2030 » a brisé plus d’un tabou en affichant la volonté d’élever de 3 à 6 % les dépenses des foyers pour le divertissement.

Reste à savoir jusqu’où la transition post-pétrole et la diversification économique apportera des changements concrets dans le royaume où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans. 

Traduit de l'anglais (original).