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Qatar : les pays à l’origine de la crise publient leurs conditions pour mettre fin au blocus

Les treize doléances formulées par l’Arabie saoudite, les EAU, l’Égypte et Bahreïn comprennent la fermeture d’Al Jazeera et d’autres médias, dont Middle East Eye
Selon le ministre des Affaires étrangères des Émirats ares unis, Anwar Gargash, le Qatar est devenu un « refuge » pour extrémistes (AFP)
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Quatre États arabes qui boycottent le Qatar, l’accusant de soutenir le terrorisme, ont envoyé au gouvernement qatari une liste de treize doléances qui comprend la fermeture de la chaîne télévisée Al Jazeera, la réduction des liens avec l’Iran et la fin de la coopération militaire avec la Turquie, selon un haut fonctionnaire de l’un des quatre pays.

La liste demande également la fermeture de Middle East Eye, qui, selon le document, est soutenu « directement ou indirectement » par le Qatar.

Les quatre pays exigent en outre une indemnisation et la rupture de tous les liens du Qatar avec le groupe des Frères musulmans.

Les pays à l’origine de ces demandes semblent chercher à mettre fin à la politique étrangère menée depuis vingt ans par le Qatar, qui s’est efforcé de s’affirmer en négociateur de paix, souvent lors de conflits dans des pays musulmans.

La liste compilée par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), l’Égypte et Bahreïn inclue en outre la fermeture d’une base militaire turque, a déclaré la source à Reuters.

La demande a depuis été rejetée par la Turquie. « Le renforcement de la base turque serait une étape positive pour la sécurité du Golfe, a déclaré le ministre turc de la Défense, Fikri Isik. « Réévaluer l’accord de base avec le Qatar n’est pas à l’ordre du jour. »

Le Qatar doit selon la source mettre également fin à ses relations avec des organisations « terroristes », idéologiques et sectaires dont les Frères musulmans, l’État islamique, al-Qaïda, le Hezbollah et Jabhat Fatah al-Sham, l’ancienne branche d’al-Qaïda en Syrie, en plus de livrer tous les terroristes désignés qui se trouvent sur son territoire.

La politique indépendante de Doha, qui a une position plutôt pacifiste à l’égard de l’Iran et apporte son soutien à certains groupes islamistes, et plus particulièrement aux Frères musulmans, a révolté certains de ses voisins, qui considèrent l’islam politique comme une menace pour leur règne dynastique.

L’Arabie saoudite, Bahreïn, les EAU et l’Égypte ont imposé un blocus sur Doha début juin, fermant leur espace aérien et leurs eaux territoriales aux avions et navires qataris. Ils ont également mis fin à leurs relations diplomatiques avec le petit État du Golfe.

Tandis que la crise entre dans sa troisième semaine, le Département d’État des États-Unis a appelé mardi les États alliés contre Doha à rendre leurs doléances publiques et à détailler leurs accusations contre le Qatar.

Le ministre des Affaires étrangères des EAU, Anwar Gargash, a fait une liste ce jeudi de toutes les demandes des alliés du Golfe lors d’une interview avec le journal Al Hayat, qui appartient à l’Arabie saoudite. Il a déclaré que les États-Unis avaient fait une erreur en demandant aux nations du Golfe de publier leurs demandes. Il a ajouté que la liste avait déjà été donnée à Washington, qui, selon lui, avait promis de corriger sa déclaration de mardi.

L’Associated Press (AP) a ajouté que la liste stipule que le Qatar mette fin à ses relations diplomatiques avec l’Iran et rembourse une somme d’argent non définie aux pays qui mènent le boycott. Le document spécifie par ailleurs que les demandes doivent être satisfaites dans les dix jours.

Selon l’AP, les auteurs de la liste demandent au Qatar d’arrêter de financer d’autres médias, dont Middle East Eye. Un porte-parole du média britannique a déclaré que Middle East Eye n’était pas financé par le Qatar.

Selon la liste, le Qatar doit également refuser de naturaliser des citoyens provenant des quatre pays et expulser ceux qui se trouvent actuellement au Qatar dans l’objectif d’empêcher, selon ces pays, que le Qatar ne s’ingère dans leurs affaires intérieures.

Bien que la liste n’ait pas été officiellement confirmée, l’AP a déclaré qu’elle provenait « de l’un des pays impliqués dans la dispute ».

Lors de son interview, Anwar Gargash a réitéré des accusations ambiguës contre les autorités qataries, affirmant que celles-ci soutiennent le terrorisme. Le ministre émirati des Affaires étrangères a également mentionné des groupes spécifiques en Libye, dont Shura Benghazi – une coalition de milices islamistes qui comprend des factions inscrites sur la liste noire des États-Unis.

Doha nie tout soutien à des groupes terroristes.

Gargash a appelé le Qatar à arrêter d’héberger des individus qui font face à des sanctions régionales et internationales pour terrorisme, selon ses propres mots. Il a cité une liste de 59 individus et groupes liés au Qatar qui incluent des associations caritatives basées à Doha.

Gargash a décrit Doha comme étant un « refuge » pour le terrorisme.

Il a également critiqué le soutien du Qatar au groupe palestinien islamiste Hamas. « Les demandes sont également liées au fait que le Golfe a été entraîné dans des politiques radicales avec le Hamas et le soutien aux Frères musulmans », a-t-il déclaré à Al Hayat. « La préoccupation majeure derrière ces demandes est que le Qatar mette fin à son soutien au terrorisme. »

Le ministre émirati a fait référence à l’approche plus ferme adoptée par la communauté internationale à l’encontre du terrorisme, et a ajouté que le combat contre l’extrémisme était devenu une priorité pour les États-Unis. 

Bien que le département d’État des États-Unis et le Pentagone aient appelé à une fin rapide de la crise, le président américain Donald Trump a affirmé son soutien aux sanctions menées par l’Arabie saoudite contre le Qatar, accusant Doha de financer le terrorisme « à un très haut niveau ».

De hauts fonctionnaires du Golfe ont également accusé des médias basés au Qatar, dont Al Jazeera, de promouvoir l’extrémisme et de s’ingérer dans les affaires internes de l’Égypte et de Bahreïn, entre autres.

Gargash a dénoncé Al Jazeera, sans préciser toutefois si la fermeture de la chaîne de télévision satellitaire qatarie faisait partie des exigences visant à mettre fin à l’impasse diplomatique.

« C’est un média [servant de relai aux] Frères musulmans. Ce n’est plus ce que c’était il y a dix ans », a-t-il déclaré. « C’est une caisse de résonnance de l’extrémisme. Ce média a blanchi des personnalités qui sont devenues des symboles du terrorisme. »

Le ministre des Affaires étrangères des EAU a décrit le déploiement des troupes turques au Qatar, suite à la mise en place du blocus, comme « une évolution dangereuse », affirmant qu’Ankara essayait de profiter de la crise pour étendre son influence régionale, tout en souhaitant maintenir ses relations avec l’Arabie saoudite.

Les autorités qataries n’ont pas encore répondu aux demandes de commentaires. Le ministre des Affaires étrangères du Qatar Sheikh Mohammed ben Abdulrahman al-Thani a toutefois déclaré lundi que son pays ne négocierait pas avec les quatre États s’ils ne mettaient pas fin à leur boycott.

Traduit de l’anglais (original).