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Sanglant dimanche des Rameaux pour les coptes d’Égypte

À moins de trois semaines de la visite du pape en Égypte, deux attentats revendiqués par l’EI ont visé deux églises coptes du pays, faisant 44 morts, dans une des attaques les plus meurtrières contre cette minorité chrétienne
Scène de carnage dans l'église copte de Saint-George, à Tanta, en Égypte, après un attentat revendiqué par l'EI (AFP)
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La communauté copte n'avait pas connu d'attentat aussi meurtrier depuis l'attaque suicide ayant fait plus d'une vingtaine de morts le 1er janvier 2011 à la sortie d'une église à Alexandrie, dans le nord de l'Égypte.

En ce dimanche des Rameaux, dernier dimanche avant Pâques, deux attaques ont visé deux églises coptes en Égypte où de nombreux fidèles étaient rassemblés pour l’occasion.

La première a touché l’Église Saint-Georges à Tanta, dans le delta du Nil, à 120 kilomètres au nord du Caire. Le bilan s’élève à 27 morts et 78 blessés.

Quelques heures plus tard, un kamikaze s'est fait exploser à l’entrée de la cathédrale Saint-Marc à Alexandrie, siège du pape copte Théodore II, faisant dix-sept morts et une quarantaine de blessés.  

Traduction : « Une bombe explose à l’église Saint-George pendant la célébration du dimanche des Rameaux »

Ces attentats ont été revendiqués par le groupe État islamique (EI). « Des équipes de l'État islamique ont mené les attaques contre deux églises, à Tanta et à Alexandrie », a indiqué Amaq, l'agence de propagande de l’organisation, dans un communiqué partagé sur les réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, des photos montrent des morts et des blessés au milieu de bancs pulvérisés à Tanta. Peu après l’explosion, des milliers de personnes se sont rassemblées à l’extérieur de l’église, certains habillés de noir, pleuraient et décrivaient la scène une scène de carnage.

« Il y avait du sang partout sur le sol et des morceaux de corps dispersés », témoigne une femme qui se trouvait à l’intérieur de l’église. 

Traduction : « Alors que nous pleurons la perte tragique et déchirante d’Égyptiens, encore d’une tentative ratée contre notre unité #united_on_palm_day »

Le pape François, qui doit se rendre en Égypte pour une visite de deux jours, les 27 et 28 avril, a exprimé ses condoléances après l’attaque de Tanta.

« Prions pour les victimes de l'attentat commis malheureusement aujourd'hui, ce matin, au Caire dans une église copte. J'exprime mes profondes condoléances à mon cher frère, sa sainteté le pape Théodore II, à l'Eglise copte et à toute la chère nation égyptienne », a-t-il déclaré lors de la prière de l'Angélus. 

« Je prie pour les défunts et les blessés, je suis proche des familles et de l'entière communauté. Que le Seigneur convertisse les cœurs de ceux qui sèment la terreur, la violence et la mort et aussi le cœur de ceux qui fabriquent les armes et en font commerce. »

Le pape François doit se rendre en Égypte les 27 et 28 avril (AFP)

Le dimanche des Rameaux est une des fêtes saintes du calendrier chrétien : elle marque l’entrée de Jésus à Jérusalem, acclamé par la foule qui a tapissé le sol de manteaux et de rameaux verts. C’est en mémoire de ce jour que les catholiques portent des rameaux de buis, d’olivier, de laurier ou de palmier, selon les régions. Ces rameaux, une fois bénis, sont tenus en main par les fidèles qui se mettent en marche, en procession.

Les coptes d'Égypte représentent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l'une des plus anciennes.

Près de 10 % des 90 millions d'Égyptiens appartiendraient à la communauté copte dans un pays où les musulmans sunnites représentent une immense majorité. 

Ces dernières années, avec l’ascension de l’EI, de nombreuses attaques ont visé des lieux de culte des chrétiens d'Orient.

« Bien sûr que nous nous sentons visés. Il y a une semaine environ, une bombe a été désamorcée. Il n’y a pas de sécurité », témoigne une autre femme à Tanta, chrétienne, en faisant référence à l’attaque plus tôt au début du mois près d’un centre d’entraînement de la police dans laquelle un policier a été tué et quinze personnes blessées.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le pape copte d’Égypte Théodore II, en 2015 (AFP)

Depuis l'été 2013, plus de 40 églises ont été incendiées ou endommagées, ainsi que des dizaines d'écoles, de maisons et de commerces appartenant à des coptes, selon Human Rights Watch (HRW), qui accuse les forces de l'ordre d'avoir été absentes lors de ces attaques confessionnelles.

Une série d’attaques au Sinaï, dont le meurtre d’un copte à el-Arish, dont la maison a été brûlée, a conduit plusieurs familles coptes à fuir leurs maisons.

À LIRE : Le « triangle de la terreur » du Sinaï : les chrétiens attaqués

Environ 250 coptes ont trouvé refuge à Ismaïlia après la diffusion d’une vidéo par l’EI en février appelant à des attaques sur les minorités religieuses.

La minorité chrétienne a subi les représailles d'islamistes radicaux qui lui ont reproché d'avoir soutenu l'éviction en juillet 2013 de l'islamiste Mohamed Morsi, le seul président élu démocratiquement d'Égypte, un an tout juste après son accession au pouvoir.

L’armée égyptienne mène une campagne contre les combattants affiliés à l’EI au Sinaï, qui a aussi revendiqué plusieurs attaques contre la police et les positions de l’armée.

Après les deux attaques de ce dimanche, Abdel Fattah al-Sissi a réclamé « le déploiement immédiat d'unités de protection de l'armée pour aider la police à sécuriser les infrastructures vitales et importantes dans toutes les provinces du pays » et proclamé l'état d'urgence pour trois mois.