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Terrifiés, les habitants d’Aden craignent de nouvelles attaques après le retour du gouvernement yéménite

Beaucoup de Yéménites ont exprimé leur pessimisme à la suite des attaques meurtrières qui ont fait 25 morts et plus de 100 blessés mercredi
De nombreux habitants d’Aden affirment qu’ils ne peuvent pas croire les promesses du gouvernement (AFP)
Par
ADEN, Yémen

De nombreux habitants d’Aden se sont réveillés avec un sentiment d’effroi jeudi matin.

Des postes de contrôle militaires avaient été érigés autour de la ville et les forces de sécurité étaient stationnées dans les rues, à la suite des attaques meurtrières de la veille.

Tout en tentant de reprendre une vie normale, beaucoup d’habitants ont exprimé leurs craintes pour l’avenir, s’attendant à de nouvelles attaques.

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La tension dans le pays est de nouveau montée d’un cran après les attaques de mercredi contre l’aéroport international d’Aden et le palais présidentiel – une réalité qui est devenue trop familière pour une population fatiguée par plus de cinq années de guerre.

Alors que les membres du gouvernement nouvellement formé atterrissaient à Aden mercredi vers midi, des missiles ont frappé l’aéroport dans une attaque visant manifestement à saper la stabilité que pourrait apporter un accord récemment conclu entre des autorités rivales.

L’assaut a fait au moins 25 morts et 110 blessés, dont des enfants, des travailleurs humanitaires, des journalistes et des membres du Comité international de la Croix-Rouge.

Jeudi, le Premier ministre Maïn Abdelmalek Saïd a rendu visite aux blessés dans le but d’envoyer à la population le message qu’Aden était toujours une ville sûre et que les membres du gouvernement pouvaient se déplacer dans la ville.

Certains habitants qui se sont entretenus avec Middle East Eye ont toutefois indiqué que cela ne suffisait pas à atténuer leurs craintes ou à les aider à comprendre qui était derrière les attaques, lesquelles n’ont pas encore été revendiquées.

Des années de scepticisme

Un comité d’investigation formé par le président Abdrabbo Mansour Hadi a commencé à enquêter sur l’attaque, mais certains habitants sont sceptiques quant à ses résultats.

« Ce n’est pas la première attaque contre Aden, beaucoup ont eu lieu au cours des cinq dernières années, et nous avons déjà entendu parler de comités d’enquête auparavant, sans jamais voir de résultats », déclare à MEE Mohammed Gamal, un habitant d’Aden.

« Former des comités d’enquête n’est qu’un moyen d’absorber la colère contre le gouvernement et une manière pour le président de tenter de calmer la situation, nous savons qu’il n’y aura aucun résultat. »

« Au cours de l’année écoulée, lorsque le gouvernement travaillait depuis l’Arabie saoudite, Aden était en sécurité et nous ne subissions pas d’attaques de ce genre »

- Mohammed Gamal, habitant d’Aden

Mohammed Gamal affirme que les habitants d’Aden sont inquiets et qu’ils ne sont plus en sécurité dans leur ville.

« Au cours de l’année écoulée, lorsque le gouvernement travaillait depuis l’Arabie saoudite, Aden était en sécurité et nous ne subissions pas d’attaques de ce genre », fait-il observer.

« Mais les attaques sont revenues nous terrifier dès que le gouvernement est rentré à Aden. »

Le nouveau gouvernement conjoint est le résultat d’un accord parrainé par l’Arabie saoudite entre le Conseil de transition du Sud (CTS) et Hadi, dans le but de mettre fin aux luttes intestines dans ce camp anti-Houthis.

« La sécurité est une priorité pour [les] habitants d’Aden et si le retour du gouvernement ramène les attaques contre la ville, nous espérons qu’il partira et nous laissera jouir de la paix », déclare Gamal.

Échaudés par des années de déceptions et d’instabilité, les habitants d’Aden disent avoir du mal à croire les promesses faites par le gouvernement et d’autres acteurs puissants.

« Nous avons entendu les promesses de protéger Aden et d’en faire un endroit sûr, mais le gouvernement ne peut rien faire pour arrêter les missiles ou même les affrontements. »

Qui a attaqué l’aéroport ?

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a accusé le mouvement houthi, qu’il combat depuis son intervention au Yémen au nom du gouvernement yéménite en 2015, d’être derrière l’attaque d’Aden.

« Les informations dont nous disposons indiquent que la milice houthie, soutenue par l’Iran, a tenté d’attaquer le gouvernement », a déclaré le ministre yéménite des Affaires étrangères, Ahmed Awad ben Moubarak.

Le CTS a également publié une déclaration accusant les Houthis des attaques.

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Le Conseil politique des Houthis a toutefois rejeté ces accusations, affirmant que les partis rivaux d’Aden essayaient de les impliquer dans leurs problèmes internes.

En réponse à l’assaut, la coalition a lancé jeudi une attaque aérienne contre l’aéroport de la capitale Sanaa et plusieurs autres sites dans et autour de la ville contrôlée par les Houthis.

« La commission d’enquête travaille sur l’attaque et nous ne devons accuser aucune partie tant qu’elle n’a pas terminé », déclare à MEE une source policière d’Aden sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisée à parler aux médias.

« Nous n’avons aucune preuve nous permettant d’accuser qui que ce soit. Même si nous convenons que les Houthis sont le principal ennemi et que ce groupe a détruit le pays, nous ne pouvons pas les accuser et devrions à la place attendre les résultats. »

La source affirme qu’Aden est actuellement un endroit plus sûr, les forces de sécurité et la police faisant de leur mieux pour sécuriser la ville et aider le gouvernement à y travailler.

« Nous espérons qu’Aden ne sera plus témoin d’attaques et nous ferons tout notre possible pour aider le gouvernement à commencer à travailler, construire et réaliser les travaux de développement, car cela devrait être une priorité. »

Gouvernement conjoint

La source estime que bien que les attaques aient terrifié les civils, elles ne devraient pas être considérées comme le signe d’une mauvaise période à venir, étant donné que les membres du gouvernement continuent de se rendre au palais présidentiel.

« Ce comportement indique que le nouveau gouvernement est différent et que ses ministres travailleront dur pour le bien du Yémen. »

Pour le journaliste yéménite chevronné Mohammed Ali, il ne s’agit cependant ni de la première attaque contre Aden, ni de la dernière. Néanmoins, le nouveau gouvernement lui a donné quelques raisons d’être optimiste, dit-il

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« Ces dernières années, le gouvernement avait l’habitude de fuir Aden après une attaque, mais cette fois-ci, il est toujours à Aden : c’est un message clair que ce gouvernement conjoint travaillera même si [la ville est] attaquée », déclare-t-il à MEE.

Le journaliste souligne que les membres du gouvernement doivent surmonter le défi de fonctionner dans un pays en guerre, où les attaques sont monnaie courante.

« Ce gouvernement a accepté de travailler en temps de guerre et il comprend très bien ce que cela signifie. S’il continue à travailler depuis le Yémen, de nombreux problèmes seront résolus », estime-t-il.

Il se dit heureux que le gouvernement conjoint soit composé à la fois du CTS et d’alliés du président Hadi, car ainsi, aucun des deux camps n’accusera l’autre de créer le chaos.

« Par le passé, après une attaque, le CTS et [l’ancien] gouvernement s’échangeaient des accusations, mais aujourd’hui, personne n’a accusé l’autre. À la place, ils attendent les résultats de l’enquête.

« Il est vrai qu’ils ont accusé les Houthis – mais ils ne se sont pas accusés mutuellement. »

Traduit de l’anglais (original).