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L’Algérie proche d’un accord avec la Turquie pour l’achat de drones Anka

Alger n’a pas caché sa colère lorsqu’un Bayraktar TB2 acheté par le Maroc a été soupçonné d’avoir tué trois Algériens au Sahara occidental : la Turquie a donc également proposé à l’Algérie de lui vendre des drones
Le drone TAI Anka, exposé lors de l’édition 2021 du Teknofest à Istanbul (Reuters)
Le drone TAI Anka, exposé lors de l’édition 2021 du Teknofest à Istanbul (Reuters)
Par
ANKARA, Turquie

Lorsqu’une frappe de drone marocaine présumée a tué trois Algériens en novembre 2021 près de la ville de Bir Lahlou, au Sahara occidental, Alger n’a pas caché sa colère et a, en coulisses, fustigé la Turquie.

En dépit de l’absence de preuves concrètes, les responsables algériens estimaient que le Maroc, qui combattait alors depuis un an les séparatistes du Front Polisario sur ce territoire, avait utilisé des drones Bayraktar TB2 de fabrication turque pour frapper un convoi de camions.

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Des officiels algériens ont ainsi reproché à la Turquie, auprès d’officiels turcs, de prendre parti entre les deux pays du Maghreb. La Turquie entretient des relations amicales de longue avec chacun des deux pays.  

En septembre 2021, le Maroc a reçu le premier de ses treize drones armés achetés pour un montant de 70 millions de dollars à la société privée turque Baykar.

Des frappes de drones marocaines contre des cibles du Front Polisario ont rapidement suivi, même si le mouvement indépendantiste sahraoui indiquait alors que des drones de fabrication chinoise et israélienne avaient également été utilisés à son encontre. 

En réponse, les diplomates turcs ont adopté une approche plus équilibrée, selon plusieurs sources interrogées par Middle East Eye.

En ce qui concerne l’épineuse question du Sahara occidental, contrôlé à 80 % par le Maroc mais revendiqué par le Front Polisario – soutenu par l’Algérie – en tant que pays indépendant, Ankara opte pour une posture équivoque. Si elle n’a jamais reconnu l’indépendance du Sahara occidental, la Turquie soutient les efforts menés par l’ONU pour résoudre la question.

Un accord finalisé la semaine dernière

Lors d’échanges ultérieurs, Ankara a transmis à Alger un message simple par l’intermédiaire de son ambassadrice : nous sommes également ouverts aux affaires avec vous.

Au cours de négociations qui ont duré des mois, l’Algérie a inspecté tous les drones de combat turcs disponibles. Les pourparlers ont progressé avec l’aide de l’ambassadrice turque Mahinur Özdemir, une francophone nommée par les hautes sphères politiques, qui dispose d’un canal de communication direct avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan en cas de problème.

En fin de compte, les Algériens n’ont pas jeté leur dévolu sur les Bayraktar TB2, des drones de combat de grande taille et renommés dont les performances ont été éprouvées en Ukraine, mais aussi en Syrie, en Libye et dans le Haut-Karabakh.

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À la place, Alger a acheté dix exemplaires de drones Anka-S, produits par la société publique Turkish Aerospace Industries, indiquent à MEE deux sources au fait des négociations.

L’Anka-S est un drone MALE (moyenne altitude longue endurance) capable de voler pendant 30 heures d’affilée. Grâce à sa liaison satellite, il peut couvrir une zone beaucoup plus étendue que les autres options, ce qui le rend utile dans des endroits comme l’Afrique du Nord et ses milliers de kilomètres de désert. 

Selon des sources, l’accord a été finalisé la semaine dernière et l’Algérie devrait l’approuver officiellement dans les semaines à venir. Il est difficile de savoir dans l’immédiat quelle sera la réaction du Maroc.

Rabat entretient des relations ombrageuses avec Ankara, considérant le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir en Turquie comme une force islamiste qui a trouvé un écho au Maroc lorsque le parti marocain éponyme était au gouvernement de 2011 à 2021.

Le nouveau gouvernement marocain n’hésite pas à critiquer Ankara par le biais de ses relais médiatiques lorsque la Turquie est désaccord avec l’Arabie saoudite.

Une demande de commentaires a été adressée au gouvernement algérien, qui, au moment de la publication de cet article, n’a toujours pas répondu.

Les relations entre l’Algérie et le Maroc sont au plus bas : Alger a coupé tous ses liens diplomatiques avec Rabat en 2021, dénonçant des « actes hostiles ».

L’Algérie soutient le Front Polisario dans sa lutte pour l’indépendance du Sahara occidental, qui a dégénéré en conflit après la rupture d’un cessez-le-feu de trois décennies en novembre 2020.

Accusé d’avoir piraté des téléphones de représentants algériens avec le logiciel espion israélien Pegasus, le Maroc exprime en parallèle son soutien à un mouvement séparatiste en Algérie, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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