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Le prince héritier saoudien s’est vanté de pouvoir tuer le roi Abdallah, selon un ancien chef des renseignements

Saad al-Jabri qualifie Mohammed ben Salmane de « tueur psychopathe » et affirme qu’il a envoyé un escadron de la mort à ses trousses au Canada
L’ancien chef des renseignements saoudiens Saad al-Jabri s’est exprimé dimanche dans une interview dans le cadre de l’émission « 60 Minutes » (capture d’écran)
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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) s’est vanté en 2014 qu’il pouvait tuer le roi de l’époque, Abdallah, avec une bague empoisonnée provenant de Russie, a affirmé un ancien responsable des renseignements saoudiens dans l’émission « 60 Minutes » de la chaîne américaine CBS diffusée dimanche.

Selon Saad al Jabri, ben Salmane aurait déclaré à lui et son patron (le ministre de l’Intérieur Mohammed ben Nayef) en 2014 qu’il pouvait assassiner le roi pour ouvrir la voie vers le trône à son père, le roi Salmane. 

« Je suis ici pour tirer la sonnette d’alarme à propos d’un tueur psychopathe au Moyen-Orient disposant de ressources infinies »

- Saad al-Jabri, ancien chef des renseignements

« Il me suffit de lui serrer la main et c’en sera fait de lui », aurait expliqué le jeune prince aux deux hommes.

Dans cette longue interview, Jabri indique également avoir refusé d’aider le prince à mettre sur pied l’escadron de la mort (connu sous le nom d’« Escadron du tigre ») qui allait tenter de s’en prendre à lui trois ans plus tard, quelques jours après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

« Je suis ici pour tirer la sonnette d’alarme à propos d’un tueur psychopathe au Moyen-Orient disposant de ressources infinies qui constitue une menace pour son peuple, pour les Américains et pour la planète », assène Jabri.

C’est la première interview accordée par Jabri depuis qu’on sait, comme Middle East Eye avait été le premier média à le signaler, que l’escadron a tenté de le kidnapper au Canada en 2018.

« Le sale boulot »

Jabri était le numéro deux du ministère de l’Intérieur avant de fuir en 2017, peu avant que ben Nayef ne soit assigné à résidence et remplacé par son cousin, le prince héritier.

Cet ancien haut conseiller serait l’une des personnalités saoudiennes, parmi lesquelles des princes et des dissidents, visées par l’escadron dont MEE avait le premier révélé l’existence.

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Plus tôt cette année, il est apparu que plusieurs membres de cette équipe avaient été formés par une société militaire privée américaine avec l’approbation du département d’État américain.

« Il a été créé pour faire le sale boulot pour MBS », précise Jabri à propos de cet escadron. « Au début, il s’est adressé à nous lorsqu’il a eu quelques princes contre lui en Europe. On était aux alentours de 2015. »

« Il s’est adressé à moi en tant que représentant de la sécurité et a déclaré : “Nous devons les ramener. Les kidnapper ou autre.” J’ai répondu : ‘’Non, on est un pays. On ne peut pas faire ça”. »

Le journaliste Scott Pelley a pointé l’« amateurisme » de cet escadron, qui a laissé des indices après le meurtre de Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul. 

« Ce sont des criminels. Ils veulent remplir leur objectif sans professionnalisme. S’ils veulent tuer quelqu’un, ils auraient pu le faire facilement d’une autre façon. C’est simplement MBS et son style. » 

Retenus en otage

Les enfants de Jabri, Omar et Sarah, ainsi que son gendre Salem Almuzaini sont actuellement emprisonnés en Arabie saoudite.

Omar et Sarah, qui prévoyaient d’étudier aux États-Unis, ont eu l’interdiction de quitter le royaume en 2017.

Almuzaini a été enlevé à Dubaï et renvoyé au royaume, selon des documents juridiques.

Une fois en Arabie saoudite, ce dernier a été fouetté plus d’une centaine de fois et on lui a dit qu’il était torturé « en tant qu’intermédiaire pour son beau-père », rapporte Khalid al-Jabri, le fils aîné de Saad, dans l’émission.

« Ils lui ont même demandé : “À ton avis, qui pourrions-nous arrêter et torturer pour que le docteur Saad rentre au royaume ?” », affirme-t-il.

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Jabri et le gouvernement saoudien sont actuellement engagés dans des batailles juridiques aux États-Unis et au Canada.

Jabri allègue que l’Escadron du tigre a tenté de s’en prendre à lui dans son exil et tient les membres de sa famille en otage, le gouvernement soutient quant à lui que Jabri a volé et détourné 10 milliards de dollars du fonds saoudien de lutte contre le terrorisme.

Dans un communiqué, le gouvernement saoudien a assuré à « 60 Minutes » que « Jabri est un ancien membre du gouvernement tombé en disgrâce qui a un long passif d’invention et de création de diversions pour dissimuler les crimes financiers qu’il a commis et qui s’élèvent à plusieurs milliards de dollars pour s’offrir, à lui et à sa famille, un train de vie fastueux ».

Jabri dément tout vol. Interrogé sur sa fortune par « 60 Minutes », il a répondu : « J’ai servi étroitement une monarchie pendant vingt ans. Trois rois, quatre princes héritiers. »

« Ils ont été bons avec moi. Ils ont été très généreux. C’est une tradition de la famille royale d’Arabie saoudite. Ils prennent soin de leur entourage. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.