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Mona Eltahawy, pour en finir avec le patriarcat

Fuck le patriarcat ! Les 7 péchés pour prendre le pouvoir est le dernier ouvrage de Mona Eltahawy, célèbre militante féministe égyptienne. Un essai irrévérencieux pour faire éclater les inégalités de genre
Dans son nouvel essai, la journaliste militante développe les sept péchés – ou vertus féministes – que les femmes doivent commettre pour faire éclater le règne du patriarcat (éditions Massot)

Mona Eltahawy est une figure incontournable du féminisme arabe et de la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette journaliste américano-égyptienne a notamment écrit pour Reuters, le Guardian ou le New-York Times.

En 2011, au Caire, place Tahrir, elle est en train de couvrir la révolution quand elle se fait agresser physiquement et sexuellement par des policiers. Un épisode traumatique qui va bouleverser sa vie : elle se teint les cheveux en rouge pour devenir visible et décide de ne plus tolérer les violences masculines.

Se libérer de l’image de la gentille petite fille sage

Son premier livre, Foulards et hymens (2015), préconisait une révolution sexuelle et sociale au Moyen-Orient, notamment par la mise en place de cours d’éducation sexuelle à l’école, et par la lutte contre des pratiques traditionnelles comme l’excision.

Dans son nouvel essai qui vient de sortir en français aux éditions Massot, Fuck le patriarcat ! Les 7 péchés pour prendre le pouvoir, la journaliste militante développe les sept péchés – ou vertus féministes – que les femmes doivent commettre pour faire éclater le règne du patriarcat.

« J’ai écrit ce livre comme j’aurais tiré un missile. Avec rage. » Les premiers mots de l’ouvrage donnent le ton. L’auteure nous invite à nous libérer de l’image de la « gentille petite fille sage » et nous donne des moyens pour le faire : la colère, l’attention, l’obscénité, l’ambition, le pouvoir, la violence et la luxure.

Mona Eltahawy s’exprime sur scène lors de la remise du prix Women’s Media Center 2015, à New York, le 5 novembre 2015 (AFP)
Mona Eltahawy s’exprime sur scène lors de la remise du prix Women’s Media Center 2015, à New York, le 5 novembre 2015 (AFP)

Son appel à l’action est illustré par des histoires de militantes célèbres (bell hooks, June Jordan…) et par celles de femmes ordinaires du monde entier – comme Nthabiseng Nooe, qui parle de sexualité féminine en Afrique du Sud, Zheng Churan, détenue pendant 37 jours pour avoir prévu de distribuer des autocollants contre le harcèlement sexuel en Chine, ou encore Nidzara Ahmetasevic, qui revient sur les histoires d’esclavage sexuel des femmes et fillettes musulmanes par les troupes serbes pendant la guerre en Bosnie.

Dénoncer les violences

Les violences faites aux femmes sont le point de départ de sa réflexion. En 1982, elle a 15 ans quand elle est agressée sexuellement, à deux reprises, sur le site le plus sacré de l’islam, La Mecque, en Arabie saoudite, tandis qu’elle accomplit le hadj, cinquième pilier de l’islam.

« Le féminisme devrait terrifier le patriarcat. Lui faire comprendre que nous n’exigeons rien de moins que sa destruction »

- Mona Eltahawy, auteure

Des années plus tard, en 2018, dans le sillage du mouvement #MeToo, elle lance le hashtag #MosqueMeToo, qui libère la parole des musulmanes victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle.

C’est elle aussi qui lance le hashtag #IBeatMyAssaulter après s’être défendue contre son agresseur en boîte de nuit. Mona Eltahawy revendique en effet le droit de lutter physiquement contre les violences du patriarcat, comme le harcèlement et les agressions sexuelles, même si la violence physique reste un grand tabou pour les femmes.

« Je suis lasse de donner aux femmes des moyens de survivre plutôt que des outils pour se défendre. Féminisme et résistance doivent inspirer le danger et la peur. Le féminisme devrait terrifier le patriarcat. Lui faire comprendre que nous n’exigeons rien de moins que sa destruction », peut-on lire dans son ouvrage.

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Selon elle, le patriarcat est une idéologie et un système d’oppression qui privilégient la domination masculine, et qui peut être soutenu par toute personne qui en bénéficie pour asseoir un pouvoir.

Dans ce manifeste, Mona Eltahawy souligne également l’importance de donner la parole à toutes les personnes discriminées. « Il faut s’opposer à toutes les formes de discriminations avec lesquelles le patriarcat est imbriqué : racisme, sectarisme, homophobie, transphobie, capacitisme [discrimination contre les personnes ayant un handicap] et âgisme. »

Si le média culturel Maze remet en question l’aspect universaliste de la pensée de l’auteure, la célèbre féministe américaine Gloria Steinem l’encense : « Choquant, courageux, glorieusement non féminin et actuel. […] Lire son livre vous libérera et agir en conséquence nous libérera toutes. »