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De l’Afghanistan à l’Irak, l’héritage controversé de Donald Rumsfeld

Tout comme l’ancien vice-président Dick Cheney, l’ex-secrétaire américain à la Défense décédé mercredi à 88 ans est resté l’un des visages les plus impopulaires de la présidence Bush
L’ex-secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld à Washington, le 8 octobre 2001 (AFP/Luc Frazza)
L’ex-secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld à Washington, le 8 octobre 2001 (AFP/Luc Frazza)
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WASHINGTON, États-Unis

Donald Rumsfeld, ancien faucon et chef du Pentagone sous George W. Bush, architecte controversé de la guerre d’Afghanistan et de l’invasion de l’Irak, un conflit dont l’enlisement lui a finalement coûté son poste, est décédé à 88 ans.

Ancien pilote de l’aéronavale, Donald Rumsfeld a été le ministre de la Défense de deux présidents ­­— Gerald  Ford et George W. Bush — à deux époques très contrastées : la guerre froide et les années de la « guerre contre le terrorisme » lancée par Bush.

Donald Rumsfeld a conduit la guerre en Afghanistan à l’automne 2001, après les attentats du 11-septembre, et a supervisé l’invasion de l’Irak en 2003.

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Son image est aussi restée associée au scandale de la prison d’Abou Ghraib, révélé en avril 2004. Des photos de prisonniers irakiens torturés et humiliés par des militaires américains avaient provoqué une indignation mondiale.

Donald Rumsfeld avait alors offert une première fois sa démission à George W. Bush, qui l’avait refusée.

« Il restera peut-être dans l’histoire pour ses réalisations extraordinaires au cours de six décennies de service public » mais « ceux qui le connaissaient le mieux » se souviendront « de son amour indéfectible pour sa femme Joyce, sa famille et ses amis et de l’intégrité qu’il a apportée à une vie dédiée à son pays », ont déclaré mercredi ses proches dans un communiqué, sans indiquer les causes de sa mort.

L’ancien secrétaire à la Défense est décédé à Taos, dans l’État du Nouveau-Mexique.

« Les États-Unis sont plus sûrs » grâce à Donald Rumsfeld, a salué l’ancien président George W. Bush. « Nous pleurons un fonctionnaire exemplaire, un homme très bon », a-t-il ajouté.

Une assurance qui confinait parfois à l’arrogance

Avocat d’une Amérique forte et sans état d’âme face aux risques terroristes, le rapide renversement du régime des talibans en Afghanistan lui avait donné une forte stature au sein de l’administration Bush et relégué dans l’ombre le département d’État et son responsable Colin Powell. 

Mais sa réputation avait été ternie par l’enlisement de l’armée américaine en Irak, qui lui coûtera finalement son poste en 2006, à l’âge de 74 ans.

Il était notamment critiqué pour ne pas avoir prévu de plan pour l’après-guerre et avoir mal évalué le nombre de troupes américaines nécessaires pour occuper l’Irak.

Au final, tout comme l’ancien vice-président Dick Cheney, dont il était très proche, Donald Rumsfeld est resté l’un des visages les plus impopulaires de la présidence Bush.

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Connu pour sa combativité mais aussi ses nombreuses gaffes, il affichait une assurance qui confinait parfois à l’arrogance et qui l’avait rendu impopulaire parmi les militaires et dans le monde politique.

Il avait ainsi suscité des grincements de dents en rangeant l’Allemagne et France dans « la vieille Europe » et avait embarrassé le Premier ministre Tony Blair en envisageant de combattre en Irak sans les Britanniques.

Avant de diriger le Pentagone de 2001 à 2006, Donald Rumsfeld avait occupé ce poste de 1975 à 1977. La première fois, il était le plus jeune ministre de la Défense, et à son retour en 2001, il était devenu le plus âgé.

Riche industriel, il avait été rappelé par George W. Bush pour notamment doter les États-Unis d’un système de défense antimissile.

« Ces six ans, cela représente un certain temps. Cela me rappelle la déclaration de Winston Churchill : ‘’J’ai profité grandement des critiques et à aucun moment je n’en ai manqué’’ », avait-il déclaré en 2006.

Champion de lutte, il fut jeune représentant au Congrès, puis ambassadeur américain à l’OTAN (1973-1974), avant d’être secrétaire général de la Maison-Blanche sous Gerald Ford (1974-75) et candidat à l’investiture du parti républicain pour la présidentielle de 1988.

Par Lea Dauple.