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L’Irak ouvre une fosse commune à Ninive pour identifier les victimes de l’EI

Cette fosse commune, située dans le village de Badouche, accueille les restes de prisonniers irakiens tués par le groupe État islamique en 2014
Cette photo aérienne prise le 13 juin 2021 montre des restes humains appartenant probablement aux victimes du massacre de la prison de Badouche perpétré par l’EI en 2014. Ils ont été exhumés d’une fosse commune à Badouche, un village du nord de l’Irak (AFP)
Cette photo aérienne prise le 13 juin 2021 montre des restes humains appartenant probablement aux victimes du massacre de la prison de Badouche perpétré par l’EI en 2014. Ils ont été exhumés d’une fosse commune à Badouche, un village du nord de l’Irak (AFP)

Les autorités irakiennes ont annoncé dimanche que les restes de 123 personnes tuées par les combattants du groupe État islamique (EI) avaient été exhumés d’une fosse commune située dans le gouvernorat de Ninive afin de commencer le processus d’identification. 

L’EI a perpétré un massacre à la prison de Badouche en juin 2014 après s’être emparé d’un tiers de l’Irak dans une offensive éclair la même année. Il s’agit de l’un de ses pires crimes en Irak.

Les militants de l’EI avaient attaqué la prison dans le village de Badouche, au nord-ouest de la ville de Mossoul, afin de libérer les détenus sunnites et ont contraint 583 prisonniers (principalement chiites) à monter dans un camion, avant de les conduire dans un ravin et de les abattre.

En Irak, l’impossibilité d’exhumer les fosses communes empêche les yézidis de faire leur deuil
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Cette fosse commune a été découverte après la prise de contrôle de la zone par les forces irakiennes en mars 2017. 

Ces dernières semaines, des dizaines de familles ont donné des échantillons de sang pour les comparer à l’ADN des restes.

« Des milliers de familles attendent de savoir ce qui est arrivé à leurs proches », rapporte à l’AFP le gouverneur de Ninive, Najm al-Jubburi.

Cette fosse commune est l’une des plus de 200 fosses laissées par l’EI dans son déchaînement de violence, selon l’ONU.

Jusqu’à 12 000 personnes auraient été enterrées dans ces fosses communes, affirme l’ONU, qui accuse l’EI d’avoir commis un génocide en Irak.

Les familles des victimes se battent depuis des années pour retrouver les leurs sans pouvoir faire leur deuil.  

« Depuis seize ans, je ne sais pas si mon fils est vivant ou mort, j’ai besoin d’une réponse », confie à l’AFP Abbas Mohamed, dont le fils avait été emprisonné à Badouche après son arrestation par les forces américaines en 2005.

Histoire macabre

Saleh Ahmed, membre de la commission gouvernementale chargée d’identifier les « martyrs », indique que le travail se fait dans des conditions difficiles. 

« La chaleur est accablante. Certains restes sont emmêlés, il y a des serpents et des scorpions partout », explique-t-il, tandis qu’une trentaine d’ouvriers extraient les corps de la fosse.

L’Irak cherche à identifier les restes provenant de plusieurs épisodes violents de son histoire récente, et continue de découvrir des fosses communes remontant au régime du dictateur exécuté Saddam Hussein

« La chaleur est accablante. Certains restes sont emmêlés,  il y a des serpents et des scorpions partout »

- Saleh Ahmed, membre de la commission gouvernementale 

En février, les dépouilles de 104 Yézidis assassinés par les combattants de l’EI en août 2014 ont été rendues à leur village de Kojo, dans le district de Sinjar (gouvernorat de Ninive), afin d’y être inhumés.

Les corps revenaient de Bagdad après examen et procédures d’identification.

Les hommes de l’EI avaient bloqué la route entre Kojo et le mont Sinjar, et assiégé le village pendant onze jours avant d’y faire irruption et d’y perpétrer des exécutions de masse d’hommes et de femmes âgées yézidis qui avaient refusé de se convertir à l’islam, selon les témoignages des survivants.

Au 15 août cette année-là, au moins 2 700 Yézidis avaient été tués, plus de 6 400 femmes et enfants kidnappés, 350 000 déplacés et plus de 80 fosses communes creusées pour enterrer les victimes yézidies.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.