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De plus en plus frustrés par Netanyahou, les Émirats arabes unis suspendent le sommet d’Abou Dabi avec Israël

Les responsables émiratis sont particulièrement mécontents des annonces faites en grande pompe par le Premier ministre israélien au sujet d’un fonds d’investissement émirati de 10 milliards de dollars
Un Émirati porte un masque avec les drapeaux des États-Unis, d’Israël et des Émirats arabes unis lors de l’arrivée du premier vol commercial en provenance d’Israël, le 31 août 2020 (AFP)

Les Émirats arabes unis (EAU) ont suspendu les préparatifs d’un sommet sans précédent avec Israël, dans un contexte de frustration croissante suscité par l’emploi abusif par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de l’accord de normalisation entre les deux pays pour booster sa campagne électorale, a révélé Yediot Aharonot.

Le sommet devait se tenir en avril à Abou Dabi, en présence du secrétaire d’État américain Antony Blinken. Des représentants du Soudan et d’Israël devaient également prendre part à une cérémonie officielle de signature pour marquer la reprise de leurs relations diplomatiques.

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Les responsables émiratis sont particulièrement mécontents des annonces faites en grande pompe par Netanyahou lors d’interviews et de meetings électoraux au sujet d’un accord israélo-émirati visant à établir un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars destiné à des secteurs stratégiques en Israël.

Les Émirats ont déclaré la semaine dernière que le fonds « investir[ait] en Israël et à ses côtés, dans des secteurs tels que la production d’énergie, l’eau, l’espace, les soins de santé et l’agrotechnologie ».

Le ton a cependant changé du côté émirati après la déclaration de Netanyahou selon laquelle le prince héritier d’Abou Dabi Mohammed ben Zayed (MBZ) avait « proposé » d’investir l’argent dans l’économie israélienne.

Sultan al-Jaber, ministre émirati de l’Industrie et des Technologies avancées, a déclaré à The National que le fonds d’investissement n’en était qu’à ses débuts et qu’il était « orienté vers le commerce et non associé à des considérations politiques ».

« Nous n’en sommes qu’à un stade très précoce de l’étude des lois et des politiques en Israël », a déclaré al-Jaber.

Selon l’ancien ministre d’État émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash, son pays ne se laissera pas entraîner dans les affaires politiques internes israéliennes et les campagnes électorales.

« Du point de vue des Émirats arabes unis, l’objectif des accords d’Abraham [les accords de normalisation] est de fournir une base stratégique solide pour favoriser la paix et la prospérité avec l’État d’Israël et dans la région au sens large. Les Émirats arabes unis ne prendront part à aucune campagne électorale interne en Israël, que ce soit maintenant ou plus tard », a tweeté Anwar Gargash.

Une manœuvre diplomatique médiocre

En Israël, Amos Malka, ancien chef de la direction israélienne du renseignement militaire (Aman) et investisseur actif dans le système de surveillance civile émirati, a fustigé Netanyahou dans un tweet, sans mentionner son nom.

Amos Malka a accusé Netanyahou de pratiquer une diplomatie médiocre. « Il n’a pas de limites, il n’a pas d’intégrité, il n’entretient pas les manœuvres diplomatiques », a-t-il lancé.

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« Mais… C’est comme ça quand on se bat pour sa survie, on perd toutes ses limites. Tout est permis ! », a tweeté Amos Malka.

Son tweet fait référence aux accusations de corruption qui pèsent sur le Premier ministre israélien et qui pourraient lui valoir une peine de prison pouvant aller jusqu’à dix ans. Netanyahou, qui dément tout acte répréhensible et dénonce une « chasse aux sorcières », participe le 23 mars à un quatrième scrutin en deux ans, face à plusieurs rivaux qui tentent de le déloger du pouvoir.

Netanyahou avait prévu plusieurs visites aux Émirats arabes unis pour poser aux côtés de MBZ et exploiter les photos dans le cadre de sa campagne électorale, mais il n’en a pas eu l’occasion. 

La semaine dernière, après une querelle entre Israël et la Jordanie, le royaume hachémite a refusé à l’hélicoptère de Netanyahou l’accès à son espace aérien alors que le dirigeant devait s’envoler pour Abou Dabi.

Cet incident faisait suite à la décision d’Israël d’annuler la visite prévue par le prince héritier jordanien à la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem-Est occupée. Bien qu’Amman ait ouvert son espace aérien à Netanyahou au bout de plusieurs heures, ce dernier a tout de même décidé de ne pas se rendre aux Émirats arabes unis.

Sur Walla! News, le journaliste israélien Barak Ravid a rapporté que le chef du Mossad Yossi Cohen avait passé trois jours à Abou Dabi pour organiser la visite de Netanyahou avant son annulation.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.