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Pegasus : la police israélienne « a utilisé le logiciel espion pour pirater les téléphones de citoyens, d’activistes et de maires »

La police israélienne a acquis le logiciel développé par NSO Group en 2013 et s’en sert contre les citoyens, selon un article
« Personne n’est à l’abri du logiciel espion Pegasus », résume Amnesty International après la publication d’un article selon lequel la police a utilisé Pegasus pour espionner illégalement les citoyens israéliens (AFP)
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La police israélienne se sert du célèbre logiciel espion Pegasus pour pirater les téléphones d’activistes politiques, de maires, de cadres d’une société publique, d’un proche d’un membre de la Knesset et de criminels, sans décision de justice, selon un article du quotidien israélien Calcalist.

Calcalist, qui avait déjà révélé l’utilisation de Pegasus contre des citoyens israéliens, estime qu’il s’agit de la plus vaste exploitation de cette technologie d’espionnage et que la législation israélienne est à la traîne.

L’utilisation par les cadres de la police du logiciel espion Pegasus de NSO Group a été autorisée ces dernières années et a été gérée par l’unité de police Signet. La police israélienne, sous la direction d’un ancien officier du Shin Bet, a acquis le logiciel espion en 2013 et l’utilise depuis.

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Elle a ciblé des activistes politiques qui ont manifesté contre l’ancien Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, réclamant sa démission face aux accusations de corruption et d’abus de confiance le concernant.

Calcalist a titré l’une de ses enquêtes « La société NSO au service de la police israélienne : les téléphones de citoyens cambriolés sans supervision ni contrôle. »

En novembre, les États-Unis ont blacklisté NSO Group au motif que ses activités étaient contraires à leurs intérêts en matière de sécurité nationale.

Pegasus, le logiciel espion du groupe, peut pirater les smartphones sans que leur propriétaire ne le sache, utilisant une technique « zéro-clic », collectant les données du téléphone, photos, emails, messages vocaux et transformant le téléphone en appareil de traçage et de surveillance.

La police israélienne aurait utilisé Pegasus sans décision judiciaire et sans contrôle pour pirater le téléphone d’un maire afin de collecter des preuves qu’il recevait des pots-de-vin, lesquelles ont été utilisées contre lui plus tard, selon Calcalist.

Elle a également déployé Pegasus pour espionner l’associé d’un membre de la Knesset afin de tenter de collecter des preuves de corruption, ainsi que des cadres d’une société publique pour prouver des délits financiers, rapporte l’article sans révéler les noms des cibles.

« Une solution de facilité »

Mais parfois, la police israélienne s’est servie de Pegasus pour pirater les téléphones de citoyens israéliens, qui n’étaient soupçonnés de rien, afin d’aider les policiers à collecter des éléments susceptibles d’être utilisés pour faire pression sur des personnes faisant l’objet d’une enquête. 

Calcalist estime qu’aux yeux de la police israélienne, Pegasus était « une solution de facilité » pour collecter des éléments de preuve.

Pendant le mandat de Netanyahou en tant que Premier ministre, lequel a pris fin en juin 2020, Pegasus faisait partie de l’initiative israélienne de « cyber diplomatie » visant à forger des liens plus étroits avec des pays d’Afrique et du Golfe.

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Le logiciel Pegasus est utilisé par des gouvernements, notamment le Maroc, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pour accéder illégalement aux données de téléphones appartenant à des activistes et des journalistes à travers le monde.

Lundi, l’avocate et activiste jordanienne des droits de l’homme Hala Ahed a annoncé que son téléphone avait été piraté par Pegasus, accusant les organismes officiels jordaniens d’en être responsables.

Amnesty International a déclaré que l’article de Calcalist constituait « d’importantes révélations, si avérées, qui doivent susciter une réaction sérieuse, à la fois en Israël et à travers le monde ».

« Personne n’est à l’abri du logiciel espion Pegasus. Ces révélations sont une preuve de plus que les journalistes, les politiciens, les avocats, les activistes et les défenseurs des droits de l’homme risquent tous d’être secrètement surveillés », a souligné l’ONG internationale de défense des droits de l’homme.

« L’ensemble du secteur de la cybersurveillance doit être contrôlé de près, tout comme l’ensemble du secteur israélien de la sécurité. »

La police israélienne a fermement démenti les accusations de Calcalist, mais le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Bar-lev, a réagi de manière plus nuancée : « Il n’y a pas eu d’écoutes téléphoniques ou de piratage de la part de la police sans l’accord préalable d'un juge ». Le ministère de la Justice a promis mercredi une enquête approfondie.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.