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Israël prévoit d’étendre un parc national sur des lieux saints chrétiens de Jérusalem-Est

Les nouvelles limites du parc national des Murs de Jérusalem engloberaient une grande partie du mont des Oliviers ainsi que des pans des vallées du Cédron et de Ben Hinnom
Un drapeau israélien flotte près de l’église orthodoxe russe Marie-Madeleine au sommet du mont des Oliviers, à Jérusalem-Est occupée (AFP)
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Les responsables israéliens se préparent à présenter des plans controversés le mois prochain ; ceux-ci veulent étendre un parc national sur des terres appartenant à des Églises et des lieux saints chrétiens à Jérusalem-Est occupée, selon le Times of Israel.

Ce projet, qui doit être soumis au comité local d’urbanisme de la municipalité israélienne de Jérusalem pour approbation préliminaire le 2 mars, étendrait les limites du parc national des Murs de Jérusalem pour y inclure une grande partie du mont des Oliviers ainsi que d’autres pans des vallées du Cédron et de Ben Hinnom.

Le Times of Israel rapporte que les principaux responsables des Églises et les organisations de défense des droits de l’homme estiment qu’il s’agit d’une prise de pouvoir et d’une menace pour la présence chrétienne en Terre Sainte.

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Les opposants à cette initiative soulignent également les liens entre la Direction de la nature et des parcs (INPA), promotrice du projet, et les groupes nationalistes qui s’efforcent d’accroître la présence des colons à Jérusalem-Est, y compris dans le quartier de Sheikh Jarrah.

Jeudi, des démocrates américains en visite ont fait part de leurs préoccupations au Premier ministre israélien Naftali Bennett, lequel, selon deux sources du Congrès qui se sont confiées au Times of Israel, ne semblait pas au fait de ce projet qui n’avait pas encore été rendu public.

Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Théophile III, le custode de Terre Sainte de l’Église catholique Francesco Patton et le patriarche arménien de Jérusalem Nourhan Ier Manougian ont envoyé vendredi une lettre à la ministre israélienne de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, dont le bureau supervise l’INPA, l’appelant à remiser ces plans d’expansion.

Après l’annonce du projet, Danny Seidemann, expert de Jérusalem et fondateur de l’organisme de surveillance de gauche Terrestrial Jerusalem, a tweeté : « Il ne faut pas sous-estimer [son] importance.

« Si je ne me trompe pas, cela crée un fossé et la plus grave crise entre Israël et les grandes Églises mondiales à Jérusalem depuis 1948. »

« Beaux coins »

Le parc national des Murs de Jérusalem a été inauguré dans les années 1970. 

En délimitant le projet, l’État a soigneusement évité une grande partie du mont des Oliviers regroupant plus d’une douzaine de lieux saints chrétiens historiques, notamment le monastère des sœurs Bridgettine, l’église de Viri Galilaei, la grotte de Gethsémani et le jardin des Apôtres.

Traduction : « Flash info. Il ne faut pas sous-estimer son importance. Si je ne me trompe pas, cela crée un fossé et la plus grave crise entre Israël et les grandes Églises mondiales à Jérusalem depuis 1948. »

Un projet d’agrandissement du parc était envisagé par les autorités à l’époque, mais fut finalement abandonné en raison de la sensibilité des terres qu’elles cherchaient à incorporer.

Une porte-parole de l’INPA explique au Times of Israel que le fait de déclarer des parcs nationaux a permis de lancer des projets visant à embellir la région.

« Dans le cadre de nos activités, nous gérons une coentreprise avec la Fondation de la Cité de David [dans laquelle] les écoles et les jeunes œuvrent, entre autres, à nettoyer, restaurer les terrasses et planter des arbres », énumère-t-elle. 

« Les résultats de ces projets parlent d’eux-mêmes : les endroits négligés deviennent de beaux coins au service des habitants de la région d’abord et avant tout. »

Fondation pro-colons

Cependant, la Fondation de la Cité de David, communément appelée Elad, a été créée en 1986 dans le but d’utiliser le système juridique israélien afin d’expulser les Palestiniens de Jérusalem-Est et « judaïser » la ville. 

Autrefois considérée comme une organisation extrémiste par les politiciens israéliens, Elad s’est désormais fermement établie au cœur de l’establishment.

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Si le tourisme et l’archéologie constituent l’essentiel des efforts d’Elad, l’organisation ne cache pas le fait que les colonies israéliennes illégales sont son objectif principal. 

« Nous sommes une fondation dont l’un des objectifs est de loger des familles juives dans la Cité de David », déclarait le fondateur et directeur d’Elad, David Be’eri, devant un tribunal en 2020 lors d’une procédure judiciaire visant à expulser de force un Palestinien de 82 ans de Silwan

« Voilà l’un des objectifs déclarés de la fondation dans le registre des associations pour lequel nous recevons des dons. C’est l’un des principaux objectifs de la fondation. »

L’expansion du parc national des Murs de Jérusalem selon ce dernier plan donnerait également aux responsables israéliens la possibilité de réaliser des projets au-dessus des propriétés de l’Église sur le mont des Oliviers, tels que le projet controversé de téléphérique, soutenu par la municipalité israélienne de Jérusalem et Elad, pour transporter des passagers entre Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest.

« Vandalisées et profanées »

En décembre, les patriarches et les chefs des Églises de Jérusalem ont publié une déclaration avertissant que « les chrétiens [étaient] devenus la cible d’attaques fréquentes et nourries de la part de groupes radicaux marginaux », faisant référence aux militants israéliens d’extrême droite.

Ils indiquaient que depuis 2012, « d’innombrables incidents » d’agressions verbales et physiques avaient été recensés contre des prêtres et que certaines églises avaient été « vandalisées et profanées », renforçant les craintes des chrétiens palestiniens quant à leur sécurité.

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« Ces tactiques sont utilisées par de tels groupes radicaux dans une tentative systématique de chasser la communauté chrétienne de Jérusalem et d’autres régions de Terre Sainte », selon le communiqué, faisant référence à la Palestine et à Israël.

Dans un éditorial conjoint dans le journal britannique Sunday Times, également publié en décembre, Justin Welby, archevêque de Canterbury, et Hosam Naoum, archevêque anglican de Jérusalem, avaient mis en garde contre le déclin de la présence chrétienne en Palestine causé par les tentatives des groupes d’extrême droite israéliens de les chasser. 

Ils notaient qu’il y a un siècle, on dénombrait environ 73 000 chrétiens palestiniens dans ce qui était alors la Palestine mandataire, soit 10 % de la population. En revanche, disaient-ils, en 2019, seuls 2 % de la population d’Israël et de la Palestine étaient de confession chrétienne et seulement 2 000 chrétiens palestiniens vivaient dans la vieille ville de Jérusalem.

« C’est pour cette raison que lorsque vous parlez avec des chrétiens palestiniens à Jérusalem aujourd’hui, vous entendrez souvent ce cri “dans quinze ans, il ne restera aucun d’entre nous !” », écrivaient-ils. 

« D’énormes machinations »

En octobre, Middle East Eye signalait des affrontements entre les forces israéliennes, la municipalité israélienne de Jérusalem et le personnel de l’INPA avec des Palestiniens au sujet des derniers projets de construction d’un parc à thème biblique au sommet du cimetière musulman d’al-Youssoufia, adjacent à l’un des murs historiques de la vieille ville de Jérusalem.

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Hamza Quttaineh, un avocat hiérosolymitain défendant les Palestiniens devant les tribunaux israéliens, affirmait à MEE : « Il y a d’énormes machinations mises en place par la municipalité d’occupation ainsi que l’INPA et le système judiciaire, qui fournissent la couverture légale nécessaire au projet de judaïsation englobant le mur historique de la vieille ville de Jérusalem. »

Dans son article de dimanche, le Times of Israel a écrit qu’« en amenant progressivement des familles juives dans les quartiers de Sheikh Jarrah et Silwan au nord et au sud de la vieille ville et en élargissant le parc national des Murs de Jérusalem pour inclure le mont des Oliviers à l’est de la vieille ville, la Fondation de la Cité de David sera en mesure d’encercler la zone avec des résidences et des projets archéologiques et environnementaux juifs, craignent les observateurs. » 

Dans une déclaration commune au journal, les organisations de gauche Bimkom, Emek Shaveh, Ir Amim et Peace Now estiment qu’« il existe un lien direct entre ce qui se passe à Sheikh Jarrah et le projet d’expansion ».

« Nous nous opposons au détournement cynique du patrimoine et de la protection de l’environnement comme outil par les autorités israéliennes pour justifier l’expansion des colonies, remodeler le récit historique et déterminer la propriété du bassin historique. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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