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EXCLUSIF : Israël cesse de délivrer des visas à l’agence des droits de l’homme de l’ONU

Alors qu’Israël avait annoncé en février la suspension de ses relations avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les demandes de nouveaux visas restent sans réponse et les passeports envoyés pour renouvellement reviennent vierges
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) rédige régulièrement des rapports mettant en exergue les atteintes d’Israël aux droits de l’homme en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza assiégée (Reuters/archive)
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) rédige régulièrement des rapports mettant en exergue les atteintes d’Israël aux droits de l’homme en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza assiégée (Reuters/archive)
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Selon les informations recueillies par Middle East Eye, Israël a cessé de délivrer des visas aux employés du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), contraignant les cadres de l’agence à partir.

En février, Israël avait annoncé la suspension de ses relations avec l’agence des droits de l’homme de l’ONU après la publication d’une liste de plus d’une centaine d’entreprises opérant dans les colonies israéliennes en Cisjordanie.

Depuis le mois de juin, toutes les demandes de nouveaux visas restent sans réponse et les passeports envoyés pour renouvellement reviennent vierges.

« L’expulsion des organes de surveillance des droits de l’homme de l’ONU constitue une nouvelle tentative du gouvernement israélien d’entraver la documentation de sa répression systématique des Palestiniens »

- Omar Shakir, HRW

Neuf membres étrangers sur les douze de l’organisation ont déjà quitté Israël et les territoires palestiniens par crainte de se trouver en situation d’illégalité, a confirmé le HCDH. Parmi eux, le directeur James Heenan.

Les trois autres verront leurs visas expirer dans les mois à venir. Par ailleurs, trois employés qui devaient arriver en Israël pour commencer à travailler n’ont pas été en mesure de le faire.

Le personnel israélien et palestinien continue toutefois à travailler et les bureaux de l’organisation ne sont pas fermés.

« L’absence de personnel international dans les territoires occupés est une situation particulièrement irrégulière et aura un impact négatif sur notre capacité à exercer notre mandat », affirme un porte-parole du HCDH à MEE.

« Nous continuons à espérer que cette situation sera bientôt résolue et nous coopérons activement avec les différentes parties concernées pour y mettre un terme. »

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Tous les accès au territoire palestinien sont contrôlés par Israël et ce dernier est accusé, ces dernières années, de restreindre l’accès aux humanitaires.

L’an dernier, Israël a expulsé le directeur de Human Rights Watch (HRW) Omar Shakir, après l’avoir accusé de soutenir les appels au boycott, ce qu’il nie. 

Toujours l’année dernière, le gouvernement israélien a refusé de renouveler le mandat d’une force internationale qui surveillait les atteintes aux droits de l’homme dans la ville de Hébron en Cisjordanie occupée.

Pour Omar Shakir, « l’expulsion des organes de surveillance des droits de l’homme de l’ONU constitue une nouvelle tentative du gouvernement israélien d’entraver la documentation de sa répression systématique des Palestiniens ».

« Refuser des visas afin de sanctionner les critiques est désormais un instrument central de l’offensive israélienne sur les mouvements des droits de l’homme », explique-t-il MEE.

Une liste de 112 sociétés

Le HCDH rédige régulièrement des rapports mettant en exergue les atteintes israéliennes aux droits de l’homme à Jérusalem-Est occupée, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza assiégée.

En février, l’agence a publié une liste de 112 sociétés travaillant dans les colonies israéliennes, lesquelles sont illégales au regard du droit international. Ce rapport, qui a pointé du doigt TripAdvisor, Airbnb et le fabricant de camions et d’excavatrices JCB, entre autres, a été salué par les Palestiniens mais a suscité la colère des Israéliens.

En représailles, le ministre israélien des Affaires étrangères de l’époque Israel Katz a suspendu les liens avec l’organisation, ce qu’il avait salué comme « une mesure dure et exceptionnelle ». Les implications pratiques de cette mesure n’étaient alors pas claires.

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Les employés de l’ONU à travers le monde sont supposés avoir un accès automatique aux visas pour remplir leur mission.

Épaulé par le fervent soutien du président américain Donald Trump, Israël a connu une série de succès diplomatiques dans le monde ces dernières années, notamment les accords de paix signés dernièrement avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Pour Martin Konečný, le directeur du think-tank European Middle East Project, les restrictions s’appliquant au HCDH s’inscrivent dans une tendance plus globale.

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Avec le soutien des États-Unis, Israël a enchaîné les victoires sur la scène internationale (tels que les accords avec les Émirats arabes unis et Bahreïn). L’examen des droits de l’homme est une sorte de nuisance qui gâte ce triomphe », déclare-t-il.

« Je pense qu’Israël se sent enhardi, ne serait-ce que par le soutien de l’administration Trump, pour agir contre les organisations qui s’intéressent aux droits de l’homme. »

Il constate que, si les gouvernements européens critiquent les politiques israéliennes à cet égard, peu de mesures ont été prises pour contraindre Israël à s’amender.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien a affirmé n’avoir rien à ajouter aux communiqués de février suspendant les relations.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.