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La mosquée al-Aqsa, un des sites les plus saints de l’islam

Middle East Eye se penche sur l’histoire et l’importance d’al-Aqsa ainsi que les tensions qui l’entourent
Une femme se dirige vers le dôme du Rocher, lieu particulièrement vénéré de l’islam (Reuters)
Une femme se dirige vers le dôme du Rocher, lieu particulièrement vénéré de l’islam (Reuters)

La mosquée al-Aqsa de Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam et attire chaque année des dizaines de milliers de pèlerins de toute la Palestine et du monde musulman.

C’est aussi un symbole de la résistance palestinienne et une cible régulière des raids des forces israéliennes et des groupes extrémistes qui souhaitent reconstruire un temple à sa place.

D’une superficie de 14 hectares, la mosquée al-Aqsa englobe les dorures du dôme du Rocher, sans doute l’un des monuments les plus emblématiques de Jérusalem, ainsi que la vénérable mosquée al-Qibli, toutes deux considérées comme sacrées.

L’immense site, également connu sous le nom de « Haram al-Charif » (« noble sanctuaire » en arabe) ou esplanade des Mosquées, comportait autrefois quinze portes permettant aux fidèles d’affluer sur l’esplanade depuis la vieille ville environnante de Jérusalem.

Aujourd’hui, seules dix d’entre elles sont encore utilisées et elles sont contrôlées par des soldats et policiers israéliens lourdement armés.

Dans cet article, Middle East Eye fournit un guide complet du lieu saint et revient sur son importance religieuse et culturelle.

Où se trouve al-Aqsa et d’où vient son nom ?

Situé dans le sud-est de la vieille ville de Jérusalem, le dôme du Rocher d’al-Aqsa est visible de l’autre côté de la ville.

L’ensemble du complexe délimité par les murs extérieurs fait 144 000 mètres carrés et comprend des mosquées, des salles de prière, des cours et des monuments religieux. 

Carte montrant les points clés d’al-Aqsa (illustration de MEE)

En arabe, « al-Aqsa » a deux significations : « le plus éloigné », en référence à sa distance de La Mecque, comme mentionné dans le Coran, livre saint de l’islam, et « le suprême », en référence à son statut parmi les musulmans.

Pour les musulmans, c’est aussi l’endroit où le prophète Mohammed a conduit ses compagnons prophètes dans la prière au cours d’un voyage nocturne miraculeux, connu sous le nom de Miraj.

Pourquoi ce site est-il si important ?

Outre son importance religieuse, al-Aqsa est un symbole de la culture et de la nation du peuple palestinien.  

Les dorures du scintillant dôme du Rocher sont familières aux musulmans du monde entier, et prier sur le site est considéré comme un grand privilège.

Avant l’établissement des frontières modernes, les pèlerinages dans les villes saintes musulmanes de La Mecque et de Médine incluaient une escale à Jérusalem.

Les vastes cours d’al-Aqsa attirent encore des dizaines de milliers de fidèles qui se rassemblent tous les vendredis pour les prières en assemblée.

Une vue aérienne montre al-Aqsa, avec le dôme du Rocher au centre, un lieu particulièrement vénéré par les musulmans et chargé d’histoire (AFP)
Une vue aérienne montre al-Aqsa, avec le dôme du Rocher au centre, un lieu particulièrement vénéré par les musulmans et chargé d’histoire (AFP)

Pendant le mois sacré du Ramadan, l’endroit est bondé de fidèles, qui se rendent à la mosquée pour les tarawih (prières nocturnes).

À l’occasion de l’Aïd al-Fitr, qui marque la fin du Ramadan, l’ambiance devient plus festive : il y a des chants, des processions et des bonbons sont offerts aux passants. 

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Les juifs appellent ce lieu le mont du Temple, beaucoup croient que deux anciens temples juifs s’y dressaient autrefois : le temple construit par le roi Salomon (Suleiman en arabe), qui a été détruit par les Babyloniens, et le second temple, détruit par les Romains.

Le site abrite le « rocher de la Fondation », où aurait débuté la création du monde selon les juifs pratiquants.

Depuis le début de l’occupation israélienne de Jérusalem-Est en 1967, le site a fait l’objet de controverses entre les fidèles musulmans et les groupes qui veulent rétablir le contrôle juif total sur cette zone.

Quels sont les principaux monuments d’al-Aqsa ?

Al-Aqsa abrite plusieurs monuments associés à la ville de Jérusalem et présente certains éléments architecturaux parmi les mieux préservés du début de la période islamique.

Outre les structures et édifices religieux, on dénombre 32 sources d’eau sur le site, y compris des puits utilisés pour les ablutions.

Plusieurs minbars (chaires) et des écoles historiques se trouvent également entre les murs d’al-Aqsa, certains datant des époques mamelouke et ayyoubide.

Le dôme du Rocher

Selon la croyance islamique, le dôme du Rocher contenait la première Qibla, la direction vers laquelle les musulmans priaient.

Selon l’islam, al-Aqsa est l’une des premières mosquées, après la Kaaba, le cube noir de La Mecque, où les musulmans effectuent les pèlerinages du hadj et de la oumra et vers lequel ils dirigent leurs prières.

La mosquée joue un rôle clé dans le voyage nocturne miraculeux du prophète Mohammed vers les cieux, connu en arabe sous le nom d’« al-Isra wa al-Miraj ». 

Selon les musulmans, le prophète Mohammed a rencontré les 124 000 prophètes qui l’ont précédé et les a conduits dans la prière à la mosquée al-Aqsa.

En arabe, le dôme du Rocher est appelé « qubbat al-Sakhra », et a une portée religieuse et historique.

Le dôme du Rocher à travers l’histoire

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Depuis sa construction, le dôme du Rocher a connu bien des régimes et des transformations.

La mosquée a été érigée sous la dynastie omeyyade entre 688 et 691, puis rénovée plusieurs fois sous les Abbassides et les Fatimides. 

Cependant, l’un des tournants historiques majeurs pour al-Aqsa a été l’occupation de Jérusalem par les croisés en 1099, lesquels ont fait du dôme du Rocher leur quartier général. Peu après, l’iconographie chrétienne a recouvert le bâtiment. Toutefois, lorsque Saladin (Salah ad-Din) a reconquis Jérusalem en 1187, celui-ci a recouvré sa fonction première. 

Photo non datée d’une perspective de la vieille ville de Jérusalem avec le dôme du Rocher en arrière-plan (AFP)
Photo non datée d’une perspective de la vieille ville de Jérusalem avec le dôme du Rocher en arrière-plan (AFP)

Toute trace des croisés a été effacée du dôme du Rocher et celui-ci a été rénové de fond en comble sous les Ayyoubides, qui ont ajouté les structures en bois entourant le rocher de l’Ascension et ont renforcé les murs du bâtiment. 

En raison de l’importance des lieux, les Mamelouks ont prêté une attention particulière à la restauration de la mosquée, en particulier les mosaïques. De même, les Ottomans ont ramené des mosaïques fabriquées à Istanbul, les assemblant dans la mosquée, et ont ajouté de nouvelles fenêtres

D’autres importantes rénovations ont été effectuées par les Hachémites, qui ont couvert le dôme de feuilles d’aluminium dorées et ont restauré les inscriptions islamiques. 

La structure a été commandée par le calife omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan entre 691 et 692, sur le rocher d’où le prophète serait monté au ciel.

La croyance islamique affirme qu’une échelle divine est descendue du plus haut du paradis jusqu’au rocher de l’Ascension. Le rocher se dresse à environ un mètre et demi au-dessus du sol, dans un endroit appelé « la chapelle du Prophète ».

Le dôme du Rocher est l’un des premiers exemples de l’architecture islamique et forme la structure archétypale des mosquées et des structures islamiques ultérieures. Sa structure octogonale comporte quatre entrées et son intérieur est décoré de versets de la sourate al-Isra dans le Coran. Ces inscriptions sont également parmi les premiers exemplaires survivants du texte du Coran.

À l’intérieur de la mosquée, les fidèles sont accueillis par de grands vitraux, finement décorés de motifs islamiques et de texte.

La mosquée abrite également l’un des plus anciens mihrabs ayant survécu au temps, il s’agit d’une niche dans le mur de la mosquée montrant la direction de la prière vers La Mecque.

Le mur des Lamentations

L’un des sites majeurs d’al-Aqsa est le Mur occidental, également connu sous le nom de mur des Lamentations ou mur d’al-Buraq, sur le bord sud-ouest de la mosquée.

Le mur se trouve entre la porte du Prophète et la porte du Maroc, et la zone comporte également une petite mosquée, qui a été construite entre 1307 et 1336. 

Des fidèles juifs se rassemblent au mur des Lamentations, ce qui peut souvent susciter des tensions (AFP)
Des fidèles juifs se rassemblent au mur des Lamentations, ce qui peut souvent susciter des tensions (AFP)

D’une hauteur d’une vingtaine de mètres et d’une longueur de 50 mètres, le mur serait l’endroit où le prophète Mohammed aurait attaché une créature ailée ressemblant à un cheval, connue sous le nom d’al-Buraq, avant qu’il ne monte au ciel.

Le Mur occidental est sacré pour les juifs, qui croient qu’il s’agit de la dernière structure restante du temple d’Hérode, détruit par les Romains en 70. 

Chaque année, des dizaines de milliers de juifs se rassemblent et prient sur le site, fichant des prières dans les interstices du mur. 

Mosquée al-Qibli 

La structure en forme de dôme d’argent se trouve vers le mur sud d’al-Aqsa. Il s’agit du premier bâtiment construit par les musulmans sur le site. Elle est considérée comme l’une des structures les plus importantes du complexe et c’est là que l’imam se tient pour guider les fidèles dans la prière. 

Lorsque les musulmans sont entrés à Jérusalem en 638, le deuxième calife de l’islam, Omar bin al-Khattab, et ses compagnons ont ordonné la construction de la mosquée, dans ce qui était à l’époque une zone stérile et négligée. 

À l’origine, la mosquée était un bâtiment simple qui reposait sur des fermes en bois, mais la structure que l’on voit aujourd’hui a été construite par le calife omeyyade Walid ben Abd al-Malik ibn Marwan au début du VIIIe siècle.

Tout au long de l’histoire, la mosquée a connu de nombreux tremblements de terre et attaques, qui ont marqué la structure d’origine.

Sa dernière rénovation majeure a eu lieu pendant la période ottomane, au cours de laquelle le sultan Soliman le Magnifique a restauré un certain nombre de sites dans la zone de la mosquée, installant des tapis et des lanternes.

La mosquée al-Qibli est particulièrement vénérée parmi les musulmans et est connue pour son emblématique dôme d’argent (AFP)
La mosquée al-Qibli est particulièrement vénérée parmi les musulmans et est connue pour son emblématique dôme d’argent (AFP)

Aujourd’hui, la mosquée al-Qibli compte neuf entrées. L’entrée principale se trouve au milieu de la façade nord du bâtiment. À l’intérieur s’élèvent des colonnes de pierre et de marbre, soutenant la structure.

Les colonnes en pierre sont anciennes, tandis que celles en marbre faisaient partie des rénovations au début du XXe siècle. 

Suffisamment grande pour accueillir environ 5 500 fidèles, la mosquée mesure 80 mètres sur 55 mètres.

À l’intérieur, le dôme de la mosquée est en bois et les colonnes sont décorées de mosaïques de verre, qui présentent des illustrations de plantes, des motifs géométriques et des versets du Coran. 

Comment le site est-il devenu un symbole de la résistance palestinienne ?

Pour les Palestiniens, al-Aqsa a plus qu’une fonction religieuse : c’est le centre de la vie culturelle, ils s’y rendent pour les célébrations, les rassemblements et les deuils. 

De nombreux Palestiniens qui fréquentent la mosquée le font depuis leur plus jeune âge et, pour eux, al-Aqsa est le symbole le plus largement reconnu de leur pays. 

Al-Aqsa est devenu un symbole de la résistance palestinienne et est souvent un point de rencontre pour des rassemblements, des manifestations et des célébrations (AFP)
Al-Aqsa est devenu un symbole de la résistance palestinienne et est souvent un point de rencontre pour des rassemblements, des manifestations et des célébrations (AFP)

Beaucoup rompent également leur jeûne à la mosquée pendant le Ramadan et vont y prier le vendredi, en fonction des restrictions mises en place par les forces d’occupation israéliennes. 

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Autre raison de l’attachement des Palestiniens à la mosquée : la menace existentielle des groupes extrémistes qui veulent y voir un nouveau temple à la place.

Malgré l’opposition des chefs religieux juifs traditionnels, les appels à reconstruire le temple se sont fait entendre au cours des dernières décennies et ont attiré un soutien religieux et politique.

Le site abrite ce que l’on croit être le premier musée de Palestine, le Musée islamique, qui a été créé en 1923 et contient de rares collections archéologiques et artistiques, ainsi que des manuscrits du Coran.

Histoire des tensions à al-Aqsa

La mosquée al-Aqsa, ainsi que le reste de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie, a été capturée par les Israéliens pendant la guerre de 1967.

Après la conquête et l’occupation qui a suivi, les autorités israéliennes ont autorisé les juifs à prier au mur des Lamentations, mais pas à l’intérieur d’al-Aqsa.

En raison de ces restrictions, les juifs et les touristes étrangers ne peuvent entrer sur le site que par la porte des Maghrébins. 

Une photo d’archive montre un véhicule militaire israélien se dirigeant vers le dôme du Rocher en juin 1967 (AFP)
Une photo d’archive montre un véhicule militaire israélien se dirigeant vers le dôme du Rocher en juin 1967 (AFP)

Néanmoins, il y a eu d’innombrables attaques contre al-Aqsa, principalement de la part de groupes sionistes, mais les autorités israéliennes ont également été critiquées pour avoir mené des fouilles et des démolitions dans les environs.

Au cours de la première Intifada palestinienne en 1988, les forces israéliennes ont attaqué les fidèles musulmans qui se trouvaient dans la cour à l’extérieur du dôme du Rocher, utilisant des gaz lacrymogènes et des balles en acier recouvertes de caoutchouc, faisant de nombreux blessés. 

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L’un des incidents récents les plus notables s’est produit en septembre 2000, lorsque le chef de l’opposition israélienne de l’époque, Ariel Sharon, a visité al-Aqsa entouré de soldats israéliens lourdement armés.

Son acte a été considéré comme une provocation majeure et a attisé les tensions ; beaucoup lui imputent le début de la deuxième Intifada

En 2015, des nationalistes sont entrés sur le site pour marquer l’anniversaire de l’occupation israélienne de Jérusalem-Est, provoquant des manifestations palestiniennes et la répression militaire israélienne de toute dissidence. Connu sous le nom de « Journée de Jérusalem », le 17 mai est une date qui voit généralement un pic d’agression. 

Les musulmans sont souvent confrontés à des difficultés pour entrer al-Aqsa en raison des mesures de sécurité israéliennes ; les jeunes hommes, en particulier, ne peuvent y entrer pendant les périodes de tensions accrues.

Les forces israéliennes font irruption à al-Aqsa en mai 2021, tirant des balles en acier recouvertes de caoutchouc et des gaz lacrymogènes sur les fidèles (AFP)
Les forces israéliennes font irruption à al-Aqsa en mai 2021, tirant des balles en acier recouvertes de caoutchouc et des gaz lacrymogènes sur les fidèles (AFP)

Les musulmans de Cisjordanie ne peuvent entrer sur le site qu’avec une autorisation : les restrictions varient, il peut même y avoir une interdiction totale certains jours.

L’atmosphère est particulièrement tendue pendant le Ramadan, lorsque les autorités israéliennes peuvent interdire l’accès aux fidèles palestiniens qui veulent prier sur le site, ou lorsque des membres de la Knesset le visitent.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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