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Libye : le gouvernement rival se retire de Tripoli après des combats

Appuyés par le maréchal Haftar, les membres du gouvernement parallèle de Fathi Bachagha ont été contraints de quitter Tripoli après de violents combats
Les forces fidèles au Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, présentes dans la capitale Tripoli, le 17 mai 2022 (AFP/Mahmud Turkia)
Les forces fidèles au Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, présentes dans la capitale Tripoli, le 17 mai 2022 (AFP/Mahmud Turkia)
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TRIPOLI, Libye

Le gouvernement libyen désigné par le Parlement, soutenu par le puissant maréchal Khalifa Haftar, a annoncé mardi qu’il se retirait de la capitale Tripoli, siège du pouvoir exécutif rival, après plusieurs heures de combats déclenchés par son arrivée. 

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Dotée des réserves les plus abondantes d’Afrique, la Libye est en proie depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 à une série de crises politiques et de violences qui sapent le processus de transition censé tourner la page des années de dictature.

En milieu de matinée, le service de presse du gouvernement désigné par le Parlement a indiqué dans un communiqué que son Premier ministre Fathi Bachagha ainsi que plusieurs de ses ministres, avaient « quitté Tripoli pour préserver la sécurité […] des citoyens ». 

Plus tôt dans la nuit, il avait annoncé l’arrivée à Tripoli de M. Bachagha et des ministres « pour y débuter les travaux » du gouvernement, mais celle-ci avait entraîné des combats pendant plusieurs heures en pleine ville entre groupes armés selon un correspondant de l’AFP.

Le journaliste de l’AFP n’a pas été en mesure d’identifier précisément ces factions.

Bachagha « très bien accueilli » à Tripoli

La Tripolitaine est contrôlée par un Gouvernement d’entente nationale (GNA) légal et légitime, mais les réels preneurs de décisions sont des figures politiques (Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah, président Mohammed al-Manfi, président du Haut-Conseil d’État Khaled al-Mishri) qui dépendent à leur tour de logiques de type militaire et sécuritaire, comme en témoigne le rôle des milices armées à Tripoli et dans la ville de Misrata.

Al Nawasi, une importante milice de la capitale, s’est notamment félicitée de l’entrée de Fathi Bachagha dans la nuit de lundi à mardi, avant son retrait.

Traduction : « Fathi Bashagha est maintenant escorté hors de Tripoli par la route. Les combats locaux devraient s’essouffler dans les prochaines heures, avec des négociations en cours entre les groupes armés. Dans l’ensemble, une tentative ratée de fait accompli qui aurait pu faire beaucoup plus de dégâts. »

De son côté, le gouvernement siégeant à Tripoli, né début 2020 d’un processus politique parrainé par l’ONU, n’a pas réagi aux événements survenus ces dernières heures.

La conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Stephanie Williams, a, pour sa part, appelé sur Twitter à la « retenue », en insistant « sur la nécessité absolue de s’abstenir de toute action provocatrice ».

Dans une vidéo diffusée par des médias locaux, M. Bachagha avait affirmé en matinée avoir été « très bien accueilli » à Tripoli, et annoncé la tenue d’une conférence de presse en soirée durant laquelle il ferait « un discours d’unité au peuple libyen ».

Traduction : « Le Premier ministre Fathi Bachagha prend la parole après son arrivée à Tripoli. »

Et le ministre de l’Intérieur du gouvernement Bachagha, Issam Abu Zariba, avait assuré, avant le retrait, que l’équipe gouvernementale prendrait ses fonctions « pacifiquement » et « dans le respect de la loi ». Pour faciliter la transition, il a appelé « toutes les forces de sécurité […] à coopérer ». 

En février, le Parlement siégeant dans l’Est avait désigné à l’unanimité M. Bachagha, un ancien ministre de l’Intérieur, comme nouveau Premier ministre.

Il avait promis de former un nouveau gouvernement d’unité dans un délai maximal de deux semaines et de veiller à ce que des élections nationales soient organisées sous quatorze mois.

Querelles entre les caciques politiques

En parallèle, l’actuel Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah avait refusé de se retirer, jugeant le vote du 10 février illégitime. Il avait comparé l’arrivée de Bachagha à Tripoli à une « invasion ».

Le Parlement libyen est soutenue par le puissant maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, dont les forces avaient tenté de conquérir la capitale en 2019.

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Fathi Bachagha n’avait jusque-là pas réussi à évincer l’exécutif en place à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah. Ce dernier a affirmé à maintes reprises qu’il ne remettrait le pouvoir qu’à un gouvernement formé à l’issue d’élections.

Le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah avait en effet comme principale mission l’organisation d’élections législatives et présidentielle, initialement prévue en décembre dernier.

Cependant, des querelles entre les caciques politiques locaux, notamment sur la base juridique du scrutin, ont entraîné le report sine die de ces élections sur lesquelles la communauté internationale fondait de grands espoirs pour enfin stabiliser le vaste pays d’Afrique du Nord. 

Les rivaux politiques d’Abdelhamid Dbeibah estiment que son mandat a pris fin avec ce report.

La production pétrolière a depuis baissé d’environ 600 000 barils par jour, soit la moitié de la production quotidienne moyenne, entraînant un manque à gagner de « 60 millions de dollars »

Depuis 2011, la Libye, vaste pays de sept millions d’habitants, reste miné par le chaos politique, les divisions entre institutions concurrentes dans l’Est et l’Ouest et par l’insécurité. 

La production pétrolière, principale source de revenus du pays, est otage des divisions politiques, avec une vague de fermetures forcées de sites pétroliers ces dernières semaines.

Considérés comme proches du camp de l’Est, les groupes à l’origine des blocages réclamaient le transfert du pouvoir à M. Bachagha ainsi qu’une meilleure répartition des revenus pétroliers.

La production a depuis baissé d’environ 600 000 barils par jour, soit la moitié de la production quotidienne moyenne, entraînant un manque à gagner de « 60 millions de dollars » par jour au moment où les prix flambent sous l’impact de la guerre en Ukraine, avait déploré fin avril le ministre du Pétrole et du Gaz dans un entretien à l’AFP.