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Ramy ou la chronique révolutionnaire d’un musulman américain (banal)

Après une première saison réussie, la comédie Ramy est de retour pour une saison 2, poursuivant son exploration sensible, intime et politique de la communauté musulmane américaine
Dans la saison 2, toujours diffusée sur le site de streaming américain Hulu, Ramy Youssef (au premier plan) demande conseil à un cheikh interprété par Mahershala Ali (capture d’écran)

Une série sur l’islam sans dangereux terroristes barbus tout droit sortis d’un lointain et fantasmé Moyen-Orient ? C’est le pari, salutaire, de la série Ramy, créée par l’humoriste américain Ramy Youssef et inspirée de son propre vécu.

Le personnage principal de cette comédie hilarante, Ramy, est un musulman d’origine égyptienne, en plein questionnement sur son identité et ses pratiques religieuses. Entre les injonctions familiales à rester fidèle aux traditions et les sirènes tentatrices de la modernité américaine, Ramy peine à trouver sa place.

Une crise identitaire

Comme bon nombre de jeunes descendants d’immigrés qui vivent en Occident, Ramy est en proie à de violents questionnements identitaires. « Je veux être un bon musulman », assène-t-il à longueur de journée.

Mais comment trouver le chemin de la foi quand, à l’anxiété du millénial en perte de sens, s’ajoutent les dissonances cognitives entre les valeurs parentales et celles de la société américaine du XXIe siècle ?

Ramy tâtonne et trébuche. Il prie parfois, ne boit jamais, mais commet l’adultère dès que l’occasion se présente et en ressent des remords jusque dans sa chair. Il ne mange pas de porc, jeûne durant le mois de Ramadan, mais fume un joint de cannabis et s’en va, défoncé, chercher la rédemption dans une mosquée au milieu de la nuit pour y nettoyer le sol comme si cela purifiait son cœur.

Ramy se sent seul, mais ne l’est pas. Il est accompagné de trois amis désopilants – Stevie, Ahmed et Mo – et d’une famille attachante, mais exigeante et conservatrice.

Sous leur regard, Ramy affronte le tiraillement identitaire et, à travers lui, c’est toute une jeunesse dont la série dresse le portrait. De nombreux jeunes musulmans se reconnaîtront dans l’égarement de ce personnage, mais aussi dans sa banalité.

Il travaille dans une start-up au projet incompréhensible, possède un iPhone greffé à sa main droite, sort avec ses amis et dîne le soir avec sa famille. Une bouffé d’air frais dans un paysage audiovisuel ou les problématiques liées à la communauté musulmane ne sont évoquées que sous l’angle du radicalisme.

Une Amérique éclatée

 Sur le chemin qui mène à la foi, Ramy rencontre le racisme. Être musulman aux États-Unis n’est pas une chose aisée. L’être juste après les attentats du 11 septembre 2001 l’est encore moins. Sans se départir de sa légèreté, Ramy aborde sans tabou l’islamophobie et le racisme qui touchent de plein fouet la communauté musulmane américaine.

Lors de l’iconique épisode 4 de la saison 1, qui traite du 11 septembre, Ramy découvre qu’il est musulman. Et que cela compte dans le regard des autres. Il comprend qu’il est devenu l’autre, l’altérité dans les yeux de ses camarades de classe américains. Cette découverte le changera à tout jamais.

Entre allégeance forcée au drapeau américain, fétichisation et stéréotype, la série agit comme un miroir réfléchissant à qui peut s’y voir.

On apprécie également la diversité des profils des personnages de la série. Outre son héros, celle-ci laisse la part belle à d’autres personnages, à l’instar de Deena, petite sœur de Ramy, révoltée par la misogynie crasse qu’elle expérimente dans sa famille mais également à l’extérieur, ou encore la mère, Mayssa, jouée par Hiam Abass, désillusionnée par un rêve américain qui n’en est pas un et des enfants un peu ingrats.

Hiam Abass
L’actrice palestinienne Hiam Abass interprète la mère de Ramy dans la série (capture d’écran)

Dans cette saison 2, plus sombre mais à l’écriture mieux assurée, Ramy entame un nouveau voyage spirituel. Accompagné d’un cheikh, brillamment interprété par Mahershala Ali, le personnage de Ramy se confronte à de nouvelles questions : sa quête d’islam n’est-elle qu’un alibi pour servir sa bonne conscience ? Comment interagir avec autrui lorsque la foi prend encore plus de place ?

Toujours innovante, la série continue d’explorer la communauté musulmane dans toute sa banalité. Paradoxalement, cela en fait une série révolutionnaire.

Ramy Youssef a remporté le prix du meilleur acteur dans une série comique lors de la 77e cérémonie annuelle des Golden Globe Awards le 5 janvier 2020 (AFP)
Ramy Youssef a remporté le prix du meilleur acteur dans une série comique lors de la 77e cérémonie annuelle des Golden Globe Awards le 5 janvier 2020 (AFP)

Le jeune musulman qui la découvre aujourd’hui se sent comme un trentenaire new-yorkais devant la série Master of None de Aziz Ansari qui relate le quotidien de Dev, acteur d’origine indienne à New-York : compris dans ses paradoxes et ses inquiétudes.

Ramy est coincé entre deux mondes, n’appartient à aucun. Et nous sommes des millions comme lui.

La saison 1 de Ramy est disponible en français sur la plateforme Starzplay.