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Sahara occidental : « peu probable » que Biden revienne sur la décision de Trump

Dans son dernier compte-rendu sur la situation au Sahara occidental, le think tank International Crisis Group estime que la nouvelle administration Biden devrait envisager d’autres façons de rassurer le Polisario
L’ICG estime que « les États-Unis pourraient renouveler leur soutien d’antan à des mandats de six mois reconductibles pour la MINURSO » (AFP)
L’ICG estime que « les États-Unis pourraient renouveler leur soutien d’antan à des mandats de six mois reconductibles pour la MINURSO » (AFP)
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« La reconnaissance par l’administration Trump de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, sur laquelle le nouveau président des États-Unis Joe Biden pourrait ne pas revenir, complique encore la situation. »

Alors que le Front Polisario, notamment par la voix de son représentant à Washington, a clairement exprimé son souhait de voir l’administration Biden « défaire une violation historique du droit international », l’ONG International Crisis Group (ICG) s’inquiète de voir les affrontements récents au Sahara occidental dégénérer en une « nouvelle escalade » en l’absence de geste de la part du nouveau président américain.

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Après une nouvelle opération militaire marocaine en novembre dans la zone tampon sous contrôle de l’ONU pour mettre un terme au blocage de la route stratégique de Guerguerat, le Maroc et le Front Polisario, après avoir respecté le cessez-le-feu de 1991 pendant près de 30 ans, ont rouvert les hostilités.

Le Polisario s’est retiré du cessez-le-feu et a renouvelé ses attaques contre les unités militaires marocaines. « Les réactions internationales à cette escalade des tensions ont été, pour la plupart, favorables au Maroc », note l’ICG.

« Parallèlement, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est abstenu de commenter cette flambée de violence, empêchant ainsi le Polisario d’obtenir l’attention internationale qu’il recherchait. » 

Le 10 décembre, nouveau coup dur pour le Front Polisario : par une série de tweets, Donald Trump a annoncé que le Maroc s’était engagé à normaliser ses relations avec Israël et qu’il avait signé une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

« Cet acte de l’administration Trump n’a fait que durcir la position des Sahraouis indépendantistes, et en particulier de la jeunesse sahraouie, qui a déjà perdu depuis longtemps l’espoir d’une résolution diplomatique du conflit », relève encore l’ICG.

« Trop complexe »

Les partisans de l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental rappellent que le conflit doit se régler « conformément au droit international » : le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, est considéré comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif sur la question de son statut.

Le Maroc, qui contrôle plus des deux tiers du territoire, propose pour sa part un plan d’autonomie sous sa souveraineté.

« Nous demandons aux Nations unies d’exécuter urgemment leur promesse : celle de débarrasser le Sahara occidental de la colonisation [marocaine], en conformité avec sa Charte et ses résolutions », a plaidé le chef du Polisario, Brahim Ghali, à l’occasion du 45e anniversaire de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

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L’ONU, qui compte sur place une mission aux prérogatives limitées, la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), a indiqué que sa position restait « inchangée ».

Néanmoins, « la faible intensité du conflit ne peut pas justifier l’inaction », relève l’ICG, qui conseille à l’ONU et aux États-Unis d’intensifier leurs efforts en vue de sa résolution.

« Bien que des voix s’élèvent au sein des deux parties pour que la décision [de Trump] soit annulée, il est possible que l’administration Biden estime trop complexe, d’un point de vue politique, de revenir sur la reconnaissance annoncée par Trump », peut-on lire dans le compte-rendu.

« Elle pourrait néanmoins chercher à rassurer le Polisario sur la possibilité d’une résolution et à convaincre les responsables qui refusent la trêve et veulent négocier en continuant les combats en parallèle. Les États-Unis pourraient, par exemple, renouveler leur soutien d’antan à des mandats de six mois reconductibles pour la MINURSO ».

Autre option : modifier, dans les prochaines résolutions du Conseil de sécurité, la formulation portant sur « une solution politique réaliste, pragmatique et durable », qui, pour le Polisario, s’assimile à l’approbation du Plan d’autonomie marocain de 2006, et ce en vue de gagner l’adhésion du Polisario.

« Pour éviter de braquer le Maroc, ces changements pourraient s’accompagner de références explicites à la nécessité d’assurer la sécurité sur la route de Guerguerat », indique le think tank.

Enfin, l’administration Biden devrait se coordonner « de manière plus étroite et plus transparente avec les autres membres du Groupe des amis pour le Sahara occidental, à savoir la France, la Russie et l’Algérie. Seule une pression internationale conjointe peut pousser le Maroc et le Front Polisario à revenir à la table des négociations ».