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France : polémique sur la venue d’un chanteur syrien, soutien de Bachar al-Assad, en concert à Lyon

Considéré comme un ferveur défenseur de Bachar al-Assad, Houssam Juneid est attendu le 24 décembre à Lyon pour un concert à la veille de Noël, ce qui a déclenché une vague de protestation au sein de la communauté syrienne de France
Dans plusieurs de ses clips vidéo disponibles en ligne, Houssam Juneid glorifie le régime syrien de Bachar al-Assad (capture d’écran Youtube)

« On l’attend avec impatience pour une grande fête. » Au bout du fil, l’organisatrice du concert de Houssam Juneid est très fière de confirmer à Middle East Eye que le chanteur syrien sera bien présent à Lyon, dans le quart sud-est de la France, le 24 décembre. « On cherche encore une salle pour l’accueillir mais croyez-moi, on va tout faire pour le recevoir dans les meilleures conditions. C’est un excellent chanteur vous savez. » 

Un excellent chanteur peut-être, mais qui est surtout connu pour être un soutien sans faille à Bachar al-Assad, plus de onze ans après le début de la révolution syrienne

Houssam Juneid, 36 ans, est né à Idleb, dans le Nord-Ouest de la Syrie. Dès le début de la révolution en 2011, alors qu’Idleb est l’une des plus importantes villes syriennes à se révolter contre Assad, il écrit des textes à la gloire du président syrien et de son armée.

Au cœur de l’une de ses chansons, intitulée « Ils veulent que vous partiez », il clame que « les enfants et les femmes de Syrie sont prêts à mourir pour Assad ». Dans l’un des clips vidéo disponibles en ligne, Houssam Juneid, en tenue militaire, glorifie l’armée syrienne de Bachar al-Assad et ses supposées victoires contre les ennemis. 

Sur les réseaux sociaux, l’annonce de sa venue a immédiatement déclenché l’indignation de la communauté syrienne, et plus particulièrement à Lyon, où de nombreux réfugiés se sont installés.

« Je suis choquée de voir comment la France accepte d’accueillir quelqu’un comme lui ! », confie Nawar, une jeune étudiante, à MEE. Elle vit à Lyon depuis 2012, après avoir dû fuir la Syrie avec sa famille.

Agacée, elle ajoute : « Il y a ceux qui vont dire qu’il faut séparer l’art de la politique. Mais lui, il ne sépare pas la politique de l’art. C’est totalement contradictoire d’accueillir des Syriens qui fuient un régime pour après laisser venir un chanteur qui vient avec des textes en soutien à leur assassin… C’est inacceptable. »

Un visa pour un criminel de guerre

Houssam Juneid a-t-il obtenu un visa pour la France ou peut-il venir à Lyon grâce à un visa délivré par un autre pays de l’Union européenne ? Contacté par MEE, le ministère français de l’Intérieur n’a pas répondu à la question.

Zaid al-Azem, un avocat syrien installé à Paris, a directement saisi ce même ministère pour lui demander d’empêcher la tenue du concert.

« Il y a ceux qui vont dire qu’il faut séparer l’art de la politique. Mais lui, il ne sépare pas la politique de l’art. C’est totalement contradictoire d’accueillir des Syriens qui fuient un régime pour après laisser venir un chanteur qui vient avec des textes en soutien à leur assassin… C’est inacceptable »

- Nawar, jeune Syrienne réfugiée en France

Il explique à MEE : « Les paroles de ce chanteur ne sont pas seulement un soutien politique, ses chansons encouragent les tueries commises par l’armée du régime de Damas contre les Syriens. Nous parlons donc bien d’incitation à poursuivre les bombardements, les massacres et les kidnappings. »

Dans l’un de ses clips vidéo filmé dans plusieurs villes syriennes détruites par l’armée, le chanteur menace de « faire du mal à quiconque est hostile à Assad ou qui s’oppose à lui ».

Indigné par cette venue, l’avocat syrien a fait traduire en français les textes de Houssam Juneid. « Nous les avons envoyés au ministère de l’Intérieur pour qu’il enquête et comprenne que cette personne est coupable d’incitation à des crimes. Des Syriens se sont également rendus à la mairie de Lyon pour réclamer une interdiction du concert de ce chanteur “shabeeh” [dérivé de l’arabe signifiant ‘’fantôme’’ et désignant les partisans du président syrien], ce pro-Assad. »

Zaid al-Azem s’interroge aussi sur les organisateurs de ce concert. Un couple de syrien installé à Lyon. « Selon la convention de Genève [de 1951 relative au statut des réfugiés], il est interdit aux réfugiés dans un pays de communiquer avec les autorités des pays qu’ils ont fuis, alors comment peut-on trouver des réfugiés qui communiquent avec un régime criminel comme celui d’Assad et qui tentent de faire venir un des criminels de ce régime alors qu’ils ont obtenu le statut de réfugiés ?! » 

En mars 2022, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, le représentant permanent pour la France qualifiait Bachar al-Assad de criminel de guerre, assurant que les autorités françaises continuaient leur combat « contre l’impunité » et que « les responsables de tous les crimes devr[aient] répondre de leurs actes ».

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, près de 307 000 civils ont été tués depuis le déclenchement de la révolution syrienne en mars 2011. 


 

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