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Tunisie : cent personnalités arabes solidaires avec Moncef Marzouki

L’ancien président tunisien est menacé de poursuites judiciaires et a été privé de son passeport diplomatique en raison de ses critiques ciblant Kais Saied
Moncef Marzouki s’est dit « fier » d’avoir provoqué l’annulation du sommet de la Francophonie prévu en novembre à Djerba (AFP/Philippe Desmazes)
Moncef Marzouki s’est dit « fier » d’avoir provoqué l’annulation du sommet de la Francophonie prévu en novembre à Djerba (AFP/Philippe Desmazes)
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Cent personnalités arabes ont cosigné un communiqué pour exprimer leur « totale solidarité » avec l’ex-président tunisien Moncef Marzouki, dénonçant la décision de retrait de son passeport diplomatique, la qualifiant d’« illégale ».

Depuis le coup de force du président tunisien Kais Saied le 25 juillet, Moncef Marzouki, qui vit à Paris, est sorti de sa réserve, multipliant les intervention sur les chaînes de télévision, notamment Al Jazeera, et sur les réseaux sociaux, pour appeler à la destitution d’un homme qu’il qualifie de « putschiste » et « dictateur » et accuse d’avoir trahi la Constitution.

VIDÉO : L’ancien président tunisien Moncef Marzouki fustige Kais Saied et réclame sa destitution
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Opposant historique à la dictature de Ben Ali puis premier président de l’après-révolution (2011-2014), Moncef Marzouki, 76 ans, a longtemps symbolisé le combat pour la démocratie en Tunisie, même si son image s'est brouillée du fait notamment de son alliance controversée avec le parti islamo-conservateur Ennahdha.

Le 9 octobre, alors que le président tunisien rencontrait à Tunis la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, pour évoquer la question du dix-huitième sommet de la Francophonie que devait accueillir la Tunisie –  finalement annulé le 12 octobre –, Moncef Marzouki proposait, lors d’une manifestation contre Kais Saied à Paris, de se servir de ce sommet comme moyen de pression contre le « coup d’État ».

« J’appelle nos amis français à faire ce qui est en leur pouvoir pour que cette parenthèse soit fermée et pour que la Constitution soit remise en selle et que le Parlement revienne à la charge. J’en appelle ici, à partir de Paris, au gouvernement français et à l’ensemble de la classe politique française […] pour que, dans le cadre de l’indépendance de notre décision nationale, [ils viennent] en appui à la démocratie en Tunisie pour qu’on en finisse le plus rapidement possible avec cette malheureuse parenthèse », avait déclaré Moncef Marzouki lors du sit-in du 9 octobre, place de la République à Paris.

« Pas surpris » 

Le chef de l’État tunisien a réagi lors de la prestation de serment du gouvernement Bouden en menaçant Moncef Marzouki : « Fais attention ! ».

Kais Saied a critiqué les Tunisiens qui, selon lui, ont contacté des capitales étrangères pour faire échouer la tenue du sommet de la Francophonie et a appelé la ministre de la Justice à ouvrir une enquête sur « cette affaire », tout en ordonnant le retrait du passeport diplomatique de celui qui figure à ses yeux « parmi les ennemis de la Tunisie », une allusion à Marzouki.

Moncef Marzouki a assumé sa position, le 12 octobre sur France 24, disant être « fier » d’avoir provoqué l’annulation du sommet de la Francophonie prévu en novembre à Djerba.

Parmi les 100 signataires figurent l’opposant égyptien Ayman Nour, le prix Nobel yéménite Tawakkol Karaman, le penseur palestinien Azzam Tamimi et l’intellectuelle saoudienne Madawi al-Rasheed

« Depuis le coup d’État du 25 juillet, je n’ai cessé de répéter aux ennemis et aux amis de la Tunisie de ne pas interférer dans nos affaires en soutenant, directement ou non, le coup d’État », a écrit Moncef Marzouki sur sa page Facebook, ajoutant qu’il n’était pas « surpris par les procédures contre [lui] décidées par le putschiste ». « De toute manière, je ne reconnais pas M. Kais Saied président légitime de la Tunisie », a-t-il poursuivi.

Pour les 100 signataires du communiqué de soutien, « l’annonce par le président Kais Saied de traîner M. Marzouki dans des procès ridicules » est motivée par « la vengeance [de Kais] et le rôle que joue M. Marzouki pour affronter le coup d’État et sa défense du peuple et de la Constitution tunisienne ».      

Parmi les 100 signataires figurent l’opposant égyptien Ayman Nour, la lauréate du prix Nobel yéménite Tawakkol Karaman, le penseur palestinien Azzam Tamimi et l’intellectuelle saoudienne Madawi al-Rasheed.