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Tunisie : Zine el-Abidine Ben Ali est décédé à l’âge de 83 ans

Ben Ali, qui a passé les huit dernières années de sa vie en exil en Arabie saoudite, fut le premier dirigeant autoritaire à être chassé par les manifestations du Printemps arabe
Zine el-Abidine Ben Ali, photographié ici le 12 novembre 2009 à Tunis avant d’être investi pour un cinquième mandat de président, avait 83 ans (AFP)

Zine el-Abidine Ben Ali, pendant longtemps président tunisien et premier autocrate chassé du pouvoir par la vague de manifestations connues sous le nom de Printemps arabe, est décédé ce jeudi 19 septembre, à l’âge de 83 ans.

Son avocat Mounir ben Salha l’a annoncé sur Facebook en précisant que le président serait enterré vendredi à La Mecque selon ses propres vœux et qu’il avait laissé un message audio à diffuser après son décès. Le ministère tunisien des Affaires étrangères l’a ensuite confirmé à l’AFP.

Le 13 septembre, son avocat avait déjà déclaré qu’il se trouvait « dans un état critique » mais avait démenti les rumeurs de décès. 

Le président Habib Bourguiba (à droite) serre la main de son Premier ministre, Zine el-Abidine Ben Ali (à gauche), à Tunis, en 1986 (AFP)

Zine el-Abidine Ben Ali vivait en exil dans le royaume du Golfe depuis le 14 janvier 2011, un mois après le début des manifestations contre ses 24 années au pouvoir.

Il laisse une veuve, Leïla, et trois enfants – Nesrine, Halima et Mohamed – ainsi que trois autres filles nées d’un précédent mariage – Ghazoua, Dorsaf et Cyrine.

Ben Ali n’a jamais été emprisonné malgré sa condamnation par contumace par les tribunaux tunisiens pour abus de pouvoir, corruption et homicide involontaire.

Ben Ali avait largement disparu de la sphère publique après avoir été évincé. Pourtant il s’était promis en mai 2019 de retourner en Tunisie. « Soyez sûrs, je reviendrai, si Dieu le veut », écrivait-il dans une lettre à cette époque.

Ben Ali n’a jamais été emprisonné malgré sa condamnation par contumace par les tribunaux tunisiens pour abus de pouvoir, corruption et homicide involontaire

Tandis que les informations de mai suggéraient que Ben Ali souhaitait être enterré en Arabie saoudite, le Premier ministre tunisien Youssef Chahed a déclaré la semaine dernière qu’il donnerait son « feu-vert » pour que l’ancien autocrate soit enterré dans son pays natal.

Né le 3 septembre 1936 dans la ville côtière de Hammam Sousse, Ben Ali a grandi dans un foyer de la classe moyenne sous le protectorat colonial français.

Comme d’autres jeunes Tunisiens de l’époque, il était impliqué dans la résistance armée contre la France et aurait passé du temps en prison. Suite à l’indépendance de la Tunisie en 1956, il a rejoint l’armée nouvellement formée et au cours des décennies suivantes, il en a grimpé les échelons, occupant les fonctions de chef des renseignements militaires et de directeur général de la sécurité nationale.

Un quart de siècle d’autoritarisme

Dans les années 1980, il a été nommé ministre de la Défense, ministère de l’Intérieur et finalement Premier ministre par Habib Bourguiba, le « père fondateur » de la Tunisie indépendante.

Mais en novembre 1987, un an à peine après être devenu Premier ministre, Ben Ali a renversé Bourguiba par un coup d’État après que des médecins eurent déclaré le président dans l’incapacité d’assumer ses fonctions, à un moment où l’économie du pays affrontait une inflation et une dette élevées.

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Au cours des vingt années suivantes, Ben Ali a conservé une forte emprise sur la présidence, malgré son engagement initial de démocratiser davantage le système politique du pays.

Bien qu’il ait symboliquement accordé plus de liberté à l’opposition politique du pays, dans les faits, les règles électorales garantissaient à son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de rester au pouvoir. Au cours des cinq élections présidentielles, Ben Ali a remporté entre 89 % et 99,4 % des voix – jetant de sérieux doutes sur la légitimité des résultats.

Dans le même temps, les libertés de la presse étaient inexistantes, avec de strictes règles de censure imposées à la presse locale et des journalistes étaient arrêtés et emprisonnés pour avoir critiqué le président.

En 1992, les chaînes d’informations françaises ont été interdites de diffusion dans le pays lorsque le frère de Ben Ali, Habib, a été jugé par contumace pour blanchiment d’argent.

En conséquence, la Tunisie sous Ben Ali était constamment mal classée par les baromètres des droits de l’homme, de la démocratie et des libertés de la presse. En 2010, Reporters sans frontières (RSF) a critiqué la Tunisie pour sa « politique de répression systématique mise en œuvre par les dirigeants du gouvernement à Tunis contre toute personne qui exprime une idée contraire à celles du régime ».

L’économie tunisienne était peut-être florissante au regard de certains indicateurs sous Ben Ali, la jeunesse du pays, particulièrement dans les zones pauvres et rurales, souffrait d’un taux de chômage élevé

L’économie tunisienne était peut-être florissante au regard de certains indicateurs sous Ben Ali, la jeunesse du pays, particulièrement dans les zones pauvres et rurales, souffrait d’un taux de chômage élevé.

L’immolation par le feu du vendeur de rue Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 en raison de difficultés économiques fut l’étincelle qui a déclenché la révolte contre le règne autoritaire de Ben Ali et a inspiré d’autres mouvements populaires à travers la région et le monde.

Près de neuf ans après la chute de Ben Ali, la Tunisie a bien changé.

Des employés des services du Premier ministre enlèvent des portraits de Ben Ali le 17 janvier 2011, trois jours après sa fuite du pays à la suite d’un mois de manifestations (AFP)

Des efforts concrets – bien qu’incertains – pour faire rendre des comptes pour les crimes et méfaits perpétrés par l’État tunisien sous Ben Ali.

Pendant ce temps-là, Ben Ali et un certain nombre de ses acolytes ont été poursuivis pour corruption, ainsi que pour le recours à la violence meurtrière contre les manifestants, même si certaines sentences ont été critiquées et qualifiées de trop clémentes.

En 2011, Ben Ali et sa femme ont été condamnés à 35 ans de prison et à des amendes s’élevant à plusieurs dizaines de millions de dollars pour vol et détention illicite de stupéfiants, d’armes, d’artéfacts archéologiques et devises étrangères.

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Un an plus tard, Ben Ali était condamné à perpétuité – une fois encore par contumace – pour la mort de 43 manifestants pendant le soulèvement. Il n’a pas passé un seul jour en prison pour ses crimes en tant que président.

Même si le pays rencontre encore aujourd’hui des problèmes économiques et en matière de sécurité, il est généralement considéré comme ayant connu la transition démocratique la plus réussie suite au Printemps arabe.

Des informations faisant état de la santé déclinante de Ben Ali sont parues quelques jours à peine avant le premier tour des élections présidentielles organisées après le décès du président Béji Caïd Essebsi en juillet.

Quel que soit le vainqueur des élections, il deviendra le second chef d’État élu librement en Tunisie depuis l’indépendance du pays.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.