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Tunisie : les autorités en appellent aux forces de sécurité face aux manifestations

Les protestataires bloquent des routes et des lieux de production d’énergie ou de ressources naturelles, réclamant des investissements et des emplois
Des manifestants tunisiens bloquent un site de production de pétrole à El Kamour, dans le sud du pays, le 16 juillet 2020 (AFP)
Des manifestants tunisiens bloquent un site de production de pétrole à El Kamour, dans le sud du pays, le 16 juillet 2020 (AFP)

Le chef du gouvernement tunisien a appelé les forces de sécurité à intervenir « immédiatement » pour repousser les manifestants qui bloquent les sites de production industrielle, après une série de mobilisations sociales à travers le pays.

Le Premier ministre Hichem Mechichi a souligné « la nécessité d’agir immédiatement pour ouvrir les routes et relancer les sites de production », après une rencontre avec le ministre de la Défense Ibrahim Bartagi, le ministre de la Justice Mohamed Boussetta, et le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine. 

Alors que la Tunisie s’apprête à marquer le 17 décembre le dixième anniversaire d’une révolution réclamant travail et liberté, qui a démarré dans une région marginalisée, des mobilisations se sont multipliées ces dernières semaines dans des régions défavorisées du sud et du centre. 

Les protestataires bloquent des routes, des lieux de production d’énergie ou des sites de ressources naturelles, réclamant des investissements et des emplois. 

Une grève dans l’usine d’embouteillage de gaz à Gabès (centre-est), a déclenché une pénurie dans une large zone, touchant l’importante ville portuaire de Sfax, et des tensions au moment où le froid arrive.

Selon le site Tunisie numérique, le porte-parole du sit-in à Gabès a toutefois annoncé mercredi que l’unité de remplissage des bonbonnes de gaz pouvait reprendre reprendre son activité de façon provisoire, jusqu’au 8 décembre, date à laquelle un conseil ministériel doit se tenir sur la situation dans la région de Gabès.

Dans la région voisine de Gafsa (centre-ouest), l’extraction de phosphate, l’une des rares ressources naturelles de la Tunisie, est à l’arrêt depuis plusieurs jours, en raison de manifestations. 

Plusieurs mois de blocage

Les installations de phosphate sont visées par des mobilisations récurrentes notamment pour réclamer des emplois pour les jeunes de la région dans cette entreprise publique.

La Compagnie des phosphates de Gafsa a produit moins de 4 millions de tonnes par an depuis la révolution de 2011, contre plus de 8 millions de tonnes en 2010. En 2020, elle ne devrait produire que trois millions de tonnes de phosphate, contre 3,850 millions l’année précédente selon la CPG. 

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Ces mouvements interviennent après que des habitants de Tataouine (sud) sont parvenus, à l’issue de plusieurs mois de blocage de la production pétrolière dans le Sahara, à un accord avec le gouvernement qui leur a promis le 7 novembre des emplois et un fonds pour financer des projets dans ce gouvernorat.

Lors de sa rencontre avec Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le président Kais Saied a déclaré que « l’État tunisien est indivisible et ses services publics doivent fonctionner normalement ». 

« Il y a ceux qui cherchent à perturber le fonctionnement des services publics, non pour servir les revendications du peuple tunisien, mais complètement à contrario de celles-ci », a ajouté le chef de l’État, qui s’est attaché « à répondre aux demandes légitimes du peuple tunisien, loin du chaos que certains veulent répandre pour en tirer profit ».

La Tunisie, dont les difficultés ont été exacerbées par la pandémie, fait face à un recul historique du PIB à - 7 %, et table sur un déficit budgétaire record en 2020.