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Tunisie : peine de prison ferme alourdie pour Ghannouchi, son entourage conteste « une accusation invalide »

Le jugement en appel vient « illustrer une fois de plus la subordination d’une partie du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif et à sa volonté de harceler ses opposants politiques », a commenté Ennahdha
Rached Ghannouchi est la plus importante figure de l’opposition au président Kais Saied depuis que ce dernier, élu démocratiquement en 2019, s’est emparé des pleins pouvoirs lors d’un coup de force le 25 juillet 2021 (AFP/Fethi Belaid)
Rached Ghannouchi est la plus importante figure de l’opposition au président Kais Saied depuis que ce dernier, élu démocratiquement en 2019, s’est emparé des pleins pouvoirs lors d’un coup de force le 25 juillet 2021 (AFP/Fethi Belaid)

Un tribunal tunisien a durci en appel à quinze mois de prison ferme une condamnation pour « apologie du terrorisme » prononcée à l’encontre de Rached Ghannouchi, chef emprisonné du parti Ennahdha et principal opposant, a annoncé son mouvement islamo-conservateur mardi 31 octobre.

Sa famille et son équipe de campagne ont condamné le verdict mardi soir, déclarant à Middle East Eye que « l’accusation était invalide et dépourvue de tout fondement légal ».

Rached Ghannouchi, en détention depuis avril dans un autre dossier, avait écopé en mai 2023 d’une peine d’un an de prison et d’une amende d’environ 300 euros, confirmée en appel.

Rached Ghannouchi est écroué depuis le 17 avril après avoir évoqué en public un risque de « guerre civile » en Tunisie si les partis de gauche ou ceux issus de l’islam politique comme Ennahdha, y étaient éliminés

Le dirigeant de 82 ans a été condamné en vertu d’une plainte d’un syndicat de policiers dénonçant des propos qu’il avait tenus début 2022 lors de funérailles d’un responsable d’Ennahdha dont il avait assuré qu’il « ne craignait ni les puissants ni les tyrans », ce mot désignant les policiers, selon le dossier d’accusation.

Le jugement en appel vient « illustrer une fois de plus la subordination d’une partie du pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif et à sa volonté de harceler ses opposants politiques », a ajouté Ennahdha.

Rached Ghannouchi est écroué depuis le 17 avril après avoir évoqué en public un risque de « guerre civile » en Tunisie si les partis de gauche ou ceux issus de l’islam politique comme Ennahdha, y étaient éliminés.

Depuis février, plus d’une vingtaine d’opposants, d’hommes d’affaires et d’autres personnalités, qualifiées de « terroristes » par Kais Saied, sont emprisonnés sous l’accusation de « complot contre la sécurité intérieure ».

Kais Saied, un ancien professeur de droit constitutionnel, a été démocratiquement élu président en 2019 sur la promesse de combattre la corruption et de mettre fin au chaos politique. Mais en 2021, il s’est arrogé tous les pouvoirs puis a dissous le Parlement dont Rached Ghannouchi était président. Depuis, il a arrêté des journalistes, des militants et des opposants politiques dans ce qu’Amnesty International a qualifié de « chasse aux sorcières à motivation politique ».

« Absurde »

La dernière arrestation en date, le 5 octobre, est celle de l’opposante Abir Moussi, cheffe du Parti destourien libre (PDL), nostalgique des dictatures du héros de l’indépendance Habib Bourguiba et de son successeur Zine el- Abidine Ben Ali, renversé en 2011 lors de la révolution qui a marqué le début du Printemps arabe.

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Rached Ghannouchi est la plus importante figure de l’opposition au président Kais Saied depuis que ce dernier, élu démocratiquement en 2019, s’est emparé des pleins pouvoirs lors d’un coup de force le 25 juillet 2021 puis a fait réviser la Constitution pour instaurer un régime ultra-présidentiel.

Chef d’un parti qui a dominé la vie politique sur la dernière décennie, il a été interrogé dans plusieurs enquêtes en particulier, sur l’« envoi de jihadistes » vers la Syrie et l’Irak, ou des soupçons de « blanchiment d’argent sale ».

« La longue carrière intellectuelle et politique de M. Ghannouchi, qui s’étend sur plusieurs décennies, montre clairement qu’il a été l’une des voix les plus éminentes condamnant le takfeer [qualifiant les autres d’apostats] et l’extrémisme à travers tous ses écrits et discours », a déclaré la campagne en ligne « Libérez Ghannouchi ». « Il est absurde qu’il soit accusé et reconnu coupable de takfeer et que la peine de prison soit confirmée par la Cour d’appel. »

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