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Turquie : une figure de l’opposition emprisonnée puis libérée pour insulte envers Erdoğan

Canan Kaftancıoğlu, présidente du CHP, a été condamnée à près de cinq ans de prison pour insulte envers le président et d’autres responsables. Elle ne pourra pas se présenter aux élections l’année prochaine
Canan Kaftancıoğlu arrive au siège du CHP à Istanbul, le 12 mai 2022, après la confirmation de sa peine de prison en dernière instance (AFP)
Canan Kaftancıoğlu arrive au siège du CHP à Istanbul, le 12 mai 2022, après la confirmation de sa peine de prison en dernière instance (AFP)

Une cadre du principal parti d’opposition turc a été libérée mardi 1er juin, le jour même de son incarcération, après sa condamnation pour insulte envers le président Recep Tayyip Erdoğan et d’autres agents publics.

La peine prononcée contre Canan Kaftancıoğlu, qui dirige le parti républicain du peuple (CHP) à Istanbul, lui interdit de se présenter aux élections présidentielle et législatives de l’année prochaine. 

Le 12 mai, la cour d’appel a confirmé en dernière instance la condamnation sur les trois chefs d’inculpation retenus contre Kaftancıoğlu, notamment concernant un tweet contre Erdoğan.

Bien que sa peine fût de quatre ans, onze mois et vingt jours, les cadres du parti avaient indiqué plus tôt à l’AFP qu’elle pourrait être libérée à tout moment, comme cela arrive parfois pour les peines de moins de cinq ans.

En 2019, Kaftancıoğlu avait été condamnée à près de dix ans de prison pour plusieurs chefs d’inculpation notamment « propagande terroriste » et insulte envers Erdoğan

En 2019, Kaftancıoğlu avait été condamnée à près de dix ans de prison pour plusieurs chefs d’inculpation notamment « propagande terroriste » et insulte envers Erdoğan. 

Les accusations reposaient principalement sur des tweets publiés entre 2012 et 2017. Dans l’attente d’un jugement en appel, elle demeurait libre. 

Parmi les écrits utilisés par le ministère public contre Kaftancıoğlu figurait un tweet dans lequel elle dénonçait la mort d’un garçon de 14 ans, touché par une grenade de gaz lacrymogène lors des importantes manifestations du parc de Gezi en 2013. 

Des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées à Istanbul au début du mois de mai pour lui exprimer leur soutien après le verdict de la cour.

« Imbéciles »

Médecin de profession, Kaftancıoğlu a joué un rôle clé dans la victoire surprise du candidat du CHP à Istanbul Ekrem İmamoğlu en 2019, première défaite en 25 ans du parti d’Erdoğan dans la plus grande ville de Turquie.

Canan Kaftancıoğlu « est ma camarade, avec laquelle nous combattons pour changer Istanbul », a déclaré İmamoğlu sur Twitter. « J’estime que c’est une décision politique et je la condamne. Je soutiens notre présidente. »

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Ekrem İmamoğlu comparaîtra lui-même au tribunal ce mercredi pour insulte envers des agents publics.

S’il est condamné, il encourt jusqu’à quatre ans de prison.

İmamoğlu est accusé d’avoir insulté un agent public dans un discours prononcé à propos des élections municipales de 2019 où il avait fallu revoter. Le candidat du CHP avait gagné de peu l’élection sur son rival du parti AKP et, après l’annulation des résultats, avait remporté le nouveau scrutin avec une marge confortable.

Dans son discours, İmamoğlu estimait : « Ceux qui ont annulé les élections du 31 mars sont des imbéciles. »

Le service de presse de la municipalité d’Istanbul fait valoir qu’il répondait au ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu, qui aurait qualifié İmamoğlu d’imbécile.

Il précise aussi qu’İmamoğlu ne critiquait pas le Conseil électoral supérieur (YSK) mais les politiciens à l’origine de l’annulation du scrutin.

Les opposants politiques d’Erdoğan accusent son administration de faire pression sur l’opposition avant les élections présidentielles de l’an prochain.

Les opposants politiques d’Erdoğan accusent son administration de faire pression sur l’opposition avant les élections présidentielles de l’an prochain

Les organisations de défense des droits de l’homme accusent régulièrement Erdoğan d’utiliser la justice comme outil politique, en particulier après la purge de milliers de juges au lendemain de la tentative de coup d’État en 2016.

« Erdoğan passe à la vitesse supérieure en matière de répression à mesure qu’[il] perd du terrain à cause de la pression économique croissante dans le pays », commentait en mai Seren Cevise Korkmaz, d’IstanPol Institute dont le siège est à Istanbul.

« Kaftancıoğlu est une figure montante au sein du CHP et une cible fréquente du gouvernement… L’[AKP au pouvoir] tente de se venger de la perte d’Istanbul en l’envoyant en prison. »

Le dernier jugement en date intervient après la condamnation à vie d’un autre critique d’Erdoğan et activiste, Osman Kavala, décidée par un tribunal d’Istanbul le mois dernier. 

Importante personnalité de la société civile turque, le sexagénaire était accusé d’avoir tenté de renverser le gouvernement d’Erdoğan en finançant les manifestations de 2013.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.