Aller au contenu principal

Confinement : les immigrés ont représenté un quart des travailleurs essentiels en Île-de-France

Selon deux nouvelles études, les immigrés forment aussi un tiers des travailleurs de première ligne dans le secteur de la santé. Leurs activités sont néanmoins précaires et peu rémunérées
Un livreur d’Uber Eat passe devant une boutique fermée à Paris, le 3 novembre 2020, au cinquième jour d’un confinement général en France visant à contenir la propagation du nouveau coronavirus (AFP/Joel Saget )

Deux études sur les travailleurs essentiels ayant continué leur activité sur leur lieu de travail dans la région Île-de-France (qui englobe Paris et une bonne partie du centre-nord du pays) pendant la crise sanitaire du coronavirus rendent compte, chiffres à l’appui, de la présence importante des immigrés dans les emplois de première ligne qui ont permis à la France de garder la tête hors de l’eau et de répondre aux besoins fondamentaux de la population, en particulier en matière de soins.

« Un vrai parcours du combattant » : le statut inégalitaire des médecins étrangers en France
Lire

Selon une liste indicative du ministère de l’Intérieur, les métiers concernés sont notamment ceux d’éboueur, agent d’entretien, agent de sécurité, aide à domicile, assistant maternel, personnel de santé et de soin, personnel d’opérateur funéraire, personnel d’éducation et d’enseignement, postier, livreur, personnel de caisse ou encore travailleur des secteurs agricole et agroalimentaire.

Ces enquêtes publiées le 1er juillet 2021 ont été menées par l’Observatoire régional de la santé (ORS) d’Île-de-France en partenariat avec l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), l’Atelier parisien d’urbanisme (l’APUR) et l’Institut Paris Région (agence d’urbanisme et d’aménagement du territoire de la région Île-de-France).

Elles révèlent qu’un quart des 1,8 million de travailleurs ayant exercé une activité professionnelle dite « essentielle au quotidien » durant le premier confinement (entre la mi-mars et la mi-mai 2020) sont des immigrés, définis comme des personnes nées étrangères à l’étranger résidant en France, qu’elles aient ou non acquis la nationalité française.

Des tâches subalternes

Dans le secteur de la santé, où se concentrent les emplois de première ligne, les immigrés constituaient, au cours de la même période, 30 % des actifs. Mais ils étaient plutôt affectés à des tâches subalternes comme l’entretien, l’aide aux soins et l’accompagnement des personnes âgées dans les EPHAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

France : les discriminations favorisent la surmortalité des descendants de l’immigration nord-africaine
Lire

Les études démontrent également que la proportion d’immigrés employés en tant qu’ouvriers était également importante durant le premier confinement. Ils représentaient 41% de l’ensemble des actifs, dont des milliers de caristes, de manutentionnaires, de magasiniers et de personnels d’emballage qui ont joué un rôle central dans le maintien de l’approvisionnement alors que le pays était quasiment à l’arrêt.

« Dans certaines professions, la proportion d’immigrés est particulièrement importante, notamment pour les agents de propreté (76 %), ainsi que les aides à domicile et les aides ménagères (54 %). En revanche, elle est relativement faible dans les métiers de l’éducation (11 %) et des forces de l’ordre (5 %) », relèvent par ailleurs les statistiques de l’Observatoire régional de la santé d’Île-de-France et de ses partenaires.

Selon les mêmes chiffres, les immigrés étaient en revanche peu présents dans « les services publics du quotidien », à peine 19 %, et dans les professions libérales (15%).

Des salaires très bas

En plus de la précarité de leurs activités, ces populations travaillent beaucoup moins que les autres. Ce qui se répercute sur le niveau de leurs revenus.

Les travailleurs « essentiels » ont plus souvent que les autres salariés des contrats de travail à temps partiel ou à durée déterminée.

En France, la communauté musulmane multiplie les actions solidaires pendant le confinement
Lire

Certaines professions, les plus féminisées, sont en effet fréquemment exercées à temps partiel, notamment les métiers de caissiers et vendeurs des commerces essentiels du quotidien (28 % de contrats de travail à temps partiel), les agents de propreté (41 %) et les aides à domicile et aides ménagères (46 %), explique l’ORS dans son compte-rendu, en précisant que « 10 % des travailleurs ‘’essentiels’’ perçoivent moins de 8 100 euros brut par an contre 9 200 euros pour l’ensemble des actifs ».

Certains actifs ont gagné moins de 7 000 euros brut par an. Les plus grandes inégalités salariales ont été constatées dans la métropole du Grand Paris et dans l’est des Yvelines, troisième département le plus riche de France en 2019.

Avec des salaires aussi bas, les immigrés n’ont qu’une possibilité, se rabattre sur le parc locatif public pour se loger à moindre coût, surtout à Paris et en proche couronne, où les prix de l’immobilier sont inabordables.

« 19 % d’entre eux vivent dans un logement sur-occupé. 10 % dans une situation de sur-occupation accentuée engendrant des conditions de vie difficiles pouvant être préjudiciables pour leur santé », soulignent les deux études.

Un actif sur dix en France est un immigré

Ces publications interviennent en même temps qu’une autre enquête presque de même type dévoilée le 2 juillet dernier par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère français du Travail.

La longue marche pour l’égalité des enfants de l’immigration maghrébine en France 
Lire

Dressant le profil des travailleurs immigrés, celle-ci précise qu’en 2017, un emploi sur dix en France était occupé par une personne née à l’étranger. Les secteurs d’activité concernés sont les plus pénibles et se caractérisent globalement, selon l’enquête, « par des conditions de travail plus contraignantes que la moyenne ».

Les travailleurs immigrés représentent notamment 39 % des employés de maison, 28 % des agents de gardiennage et de sécurité, 27 % des ouvriers non qualifiés du gros œuvre du BTP (construction du corps du bâtiment). Ils sont également majoritaires dans les métiers de l’hôtellerie, de la restauration, du transport et de la logistique.

Ce sont aussi les plus menacés par le chômage. Les catégories d’immigrés qui occupent des professions d’ingénieurs en informatique ou d’ouvriers qualifiés dans le bâtiment risquent plus que les autres de perdre leurs emplois, selon l’étude de la DARES.