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L’Arabie saoudite a secrètement acheté à la Chine une technologie de missile balistique 

Selon la chaîne américaine CNN, Riyad serait en train d’étendre son programme de missiles balistiques avec la complicité de Donald Trump et à l’insu du Congrès où la contestation grandit face à la politique du président américain envers Riyad
Le président américain Donald Trump et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en 2017 (AFP)
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Le gouvernement américain a obtenu des informations selon lesquelles l’Arabie saoudite a « considérablement » intensifié son programme de missiles balistiques avec l’aide de la Chine, a rapporté mercredi CNN, ce qui menace des décennies d’efforts américains pour limiter la prolifération des missiles au Moyen-Orient.

Les achats ont permis d’élargir à la fois l’infrastructure et la technologie des missiles, a indiqué la chaîne, citant trois sources non identifiées en lien direct avec le dossier. 

Des démocrates parmi les plus importants du Congrès ont découvert le programme d’expansion des armes en dehors des « canaux réguliers du gouvernement américain », a également rapporté CNN.

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Les législateurs ont déclaré en avoir conclu que l’administration Trump était au courant de ces développements et avait délibérément laissé le Congrès à l’écart d’une série de réunions au cours desquelles ils auraient été informés des achats.

L’Arabie saoudite est le principal acheteur d’armes des États-Unis, mais il lui est interdit d’acheter des missiles balistiques par Washington en vertu d’une réglementation de 1987 interdisant la vente de roquettes capables de transporter des armes de destruction massive.

Ces achats inquiètent particulièrement le Congrès qui tente de limiter les capacités d’armes de l’Arabie saoudite depuis des mois, alors que la guerre dévastatrice dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen suscite de plus en plus d’inquiétudes.

Mercredi, des sénateurs américains importants des deux principaux partis ont présenté 22 résolutions distinctes dans le but de bloquer les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (EAU).

Les résolutions visent à mettre fin à la vente d’armes à l’Arabie saoudite, pour un montant de 8 milliards de dollars, poussées par l’administration Trump sans surveillance du Congrès, le mois dernier. 

La vente a été avancée par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a déclaré l’état d’urgence le 24 mai, citant les tensions avec l’Iran comme un moyen de dépouiller le Congrès de son pouvoir d’interrompre les ventes.

Riyad, premier importateur d’armes au monde

« Même si je comprends que l’Arabie saoudite est un allié stratégique, on ne peut pas ignorer le comportement de Mohammed ben Salmane. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était avec l’Arabie saoudite », a déclaré le républicain Lindsey Graham, un des plus fidèles soutiens du milliardaire, qui figure ainsi parmi les sept sénateurs ayant introduit les résolutions visant à bloquer ces ventes d’armes. 

Aucune date n’a encore été fixée pour un vote. Et même si ces résolutions venaient à être adoptées, le président pourrait imposer son veto. Il faudrait alors aux deux chambres du Congrès une majorité des deux tiers pour outrepasser ce blocage.

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Mais cette initiative au Sénat – contrôlé par les républicains – signale la fronde persistante, y compris dans le parti présidentiel, depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi. 

Depuis le meurtre de l’intellectuel saoudien tué et démembré le 2 octobre par un commando d’agents saoudiens venu de Riyad, dans le consulat de son pays à Istanbul où il effectuait des démarches administratives pour se marier, le Congrès a adopté une série de mesures visant à dénoncer le prince héritier Mohammed ben Salmane, au mépris du président américain Donald Trump.

Le Congrès a également adopté une résolution visant à mettre fin au soutien de Washington aux forces de la coalition saoudienne au Yémen, mais Trump a opposé son veto à cette mesure.

En mars, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) a publié un rapport faisant état d’une augmentation de 87 % des flux d’armes vers le Moyen-Orient au cours des cinq dernières années.

L’enquête annuelle du groupe de réflexion sur la défense a révélé que l’Arabie saoudite est devenue le premier importateur d’armes au monde entre 2014 et 2018, avec une augmentation de 192 % par rapport aux cinq années précédentes.